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Droit et institutions · Citoyenneté

La tolérance

La tolérance est l’attitude qui consiste à admettre chez autrui des opinions, des croyances ou des modes de vie différents des siens, sans chercher à les interdire. Elle a des limites : l’intolérable.

Mis à jour le 3 min de lecture

La tolérance est une notion centrale de l’EMC : elle est la condition du vivre-ensemble dans une société pluraliste. Le mot vient du latin tolerare, « supporter ». À l’origine, tolérer, c’est supporter ce qu’on désapprouve ; aujourd’hui, la notion s’est enrichie du respect de l’autre comme égal.

Une idée née des guerres de religion

DateRepère
1562-1598Guerres de religion entre catholiques et protestants en France
1598Édit de Nantes : Henri IV accorde aux protestants une liberté de culte limitée
1685Révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV (édit de Fontainebleau)
1689John Locke publie la Lettre sur la tolérance : l’État ne doit pas contraindre les consciences
1763Voltaire publie le Traité sur la tolérance après l’affaire Calas
1787Édit de tolérance de Louis XVI : état civil accordé aux non-catholiques
1789Article 10 de la Déclaration : nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses
1995Déclaration de principes de l’UNESCO sur la tolérance ; Journée internationale de la tolérance le 16 novembre

L’affaire Calas

En 1761, à Toulouse, le protestant Jean Calas est accusé d’avoir tué son fils pour l’empêcher de se convertir au catholicisme. Il est condamné sans preuve et exécuté en 1762. Voltaire mène une campagne pour le réhabiliter et dénonce le fanatisme ; Calas est réhabilité en 1765. L’affaire est un exemple classique d’engagement d’un intellectuel contre l’intolérance, comme plus tard l'affaire Dreyfus.

Les arguments en faveur de la tolérance

  • Argument politique (Locke) : le rôle de l’État est de protéger la vie, la liberté et les biens, pas le salut des âmes ; la contrainte ne produit pas de vraie croyance.
  • Argument de la faillibilité : personne ne peut être absolument certain de détenir la vérité ; il faut donc laisser les autres penser.
  • Argument de la paix : l’intolérance mène à la violence et à la guerre civile.
  • Argument du respect : chaque personne a une égale dignité et le droit de conduire sa vie selon ses convictions.

Tolérance, respect, laïcité : les nuances

NotionSens
ToléranceAccepter ce qu’on n’approuve pas forcément
RespectReconnaître l’autre comme un égal, digne de considération
IndifférenceNe pas se soucier de l’autre ; ce n’est pas de la tolérance
LaïcitéPrincipe juridique qui organise la coexistence des convictions en garantissant la neutralité de l’État
RelativismeIdée que toutes les opinions se valent ; la tolérance ne l’implique pas

Être tolérant ne signifie pas renoncer à ses convictions ni à la discussion : on peut critiquer une idée tout en respectant la personne qui la défend. C’est ce qu’organise la liberté d’expression.

Les limites : peut-on tout tolérer ?

Non. La tolérance s’arrête là où commence l’atteinte aux droits d’autrui : la violence, le harcèlement, les discriminations, l’appel à la haine ne sont pas des opinions à tolérer mais des actes sanctionnés par la loi. Le philosophe Karl Popper a formulé en 1945 le paradoxe de la tolérance : une tolérance illimitée envers ceux qui veulent détruire la tolérance conduirait à sa disparition. Une société tolérante a donc le droit de se défendre contre l’intolérance, d’abord par l’argumentation, ensuite par la loi si nécessaire.

Exercice corrigé

Tolérance, indifférence ou intolérance ?

  1. Accepter qu’un camarade ait une autre religion et en discuter avec lui.
  2. Se moquer d’un élève à cause de son accent.
  3. Ne jamais adresser la parole à un voisin, sans hostilité.
  4. Refuser une insulte raciste dans le groupe de discussion de la classe.

Corrigé : 1 tolérance et respect ; 2 intolérance (et possiblement harcèlement) ; 3 indifférence ; 4 refus de l’intolérable, qui est une limite de la tolérance.

Questions fréquentes

Quel est le contraire de la tolérance ?

L’intolérance, qui peut aller jusqu’au fanatisme : la volonté d’imposer ses croyances aux autres, parfois par la force.

La tolérance est-elle une valeur de la République ?

Elle n’est pas dans la devise, mais elle découle de la liberté de conscience, de la laïcité et de la fraternité.

Quelle est la phrase célèbre attribuée à Voltaire sur la tolérance ?

La formule « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire » n’est pas de Voltaire : elle a été écrite en 1906 par sa biographe Evelyn Beatrice Hall pour résumer sa pensée.

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