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Histoire · Histoire de France

L’affaire Dreyfus

L’affaire Dreyfus est un scandale judiciaire et politique qui divise la France de 1894 à 1906 : le capitaine Alfred Dreyfus, officier juif, est condamné à tort pour espionnage au profit de l’Allemagne, puis réhabilité.

Mis à jour le 5 min de lecture

L'affaire Dreyfus commence en 1894 avec l’arrestation du capitaine Alfred Dreyfus (1859-1935), officier d’artillerie alsacien et juif, accusé d’avoir livré des documents militaires à l’Allemagne. Condamné à la déportation à vie sur la base de preuves fragiles puis fabriquées, il est innocent : le véritable traître est le commandant Esterhazy. La bataille pour la révision du procès, relancée par l’article « J’accuse… ! » d'Émile Zola (1898), divise la France en deux camps, dreyfusards et antidreyfusards. Dreyfus est gracié en 1899, puis réhabilité par la Cour de cassation le 12 juillet 1906. L’Affaire révèle la force de l’antisémitisme et marque l’entrée des intellectuels dans le débat public.

Chronologie

DateÉvénement
Septembre 1894Le service de renseignement récupère le « bordereau » à l’ambassade d’Allemagne
15 octobre 1894Arrestation du capitaine Dreyfus
22 décembre 1894Condamnation par le conseil de guerre à la déportation à vie
5 janvier 1895Dégradation militaire dans la cour de l’École militaire
1895-1899Détention à l’île du Diable (Guyane)
1896Le lieutenant-colonel Picquart découvre la culpabilité d’Esterhazy
Novembre 1896Bernard Lazare publie Une erreur judiciaire
11 janvier 1898Acquittement d’Esterhazy
13 janvier 1898« J’accuse… ! » de Zola dans L’Aurore
23 février 1898Condamnation de Zola pour diffamation
Juin 1898Fondation de la Ligue des droits de l’homme
Juillet 1898Zola, de nouveau condamné, s’exile en Angleterre
Août 1898Aveux du colonel Henry, auteur d’un faux ; il se suicide
3 juin 1899La Cour de cassation annule le jugement de 1894
9 septembre 1899Second conseil de guerre à Rennes : nouvelle condamnation, « avec circonstances atténuantes »
19 septembre 1899Grâce présidentielle d’Émile Loubet
12 juillet 1906La Cour de cassation annule le jugement de Rennes sans renvoi
21 juillet 1906Dreyfus réintégré et décoré de la Légion d’honneur

Les origines de l’Affaire

Le bordereau

En septembre 1894, le service de renseignement de l’armée (la « Section de statistique ») obtient d’une femme de ménage de l’ambassade d’Allemagne un document déchiré, le bordereau, qui annonce la livraison de documents militaires secrets à l’attaché militaire allemand, Schwartzkoppen. Les soupçons se portent sur Alfred Dreyfus, stagiaire à l’état-major, en raison d’une ressemblance d’écriture contestée par certains experts. Dreyfus est juif et alsacien, dans une armée où l’antisémitisme est répandu.

Le contexte

La France de la IIIe République vit dans l’obsession de la revanche contre l’Allemagne et de l’espionnage. L'antisémitisme se diffuse depuis la parution de La France juive d’Édouard Drumont (1886) et de son journal La Libre Parole (1892), qui révèle l’arrestation de Dreyfus.

Un procès inique

Le 22 décembre 1894, le conseil de guerre condamne Dreyfus à l’unanimité, à huis clos. Les juges ont reçu un dossier secret, que la défense n’a pas pu consulter, en violation des droits de la défense. Le 5 janvier 1895, Dreyfus est dégradé publiquement : il crie son innocence pendant que la foule réclame sa mort. Il est envoyé à l'île du Diable, au large de la Guyane, où il est soumis à un isolement très dur.

La découverte de la vérité

En 1896, le lieutenant-colonel Georges Picquart, nouveau chef du renseignement, découvre que l’écriture du bordereau est celle du commandant Ferdinand Walsin Esterhazy, officier criblé de dettes. Ses supérieurs refusent de revenir sur la chose jugée et l’éloignent en Tunisie. Pour renforcer le dossier, le commandant Henry fabrique un faux document accusant Dreyfus. La famille du condamné, notamment son frère Mathieu Dreyfus, et le journaliste Bernard Lazare mènent campagne. Le vice-président du Sénat Auguste Scheurer-Kestner se convainc de l’innocence de Dreyfus.

« J’accuse… ! » et la France coupée en deux

Le 11 janvier 1898, Esterhazy est acquitté par un conseil de guerre. Deux jours plus tard, le 13 janvier 1898, Émile Zola publie dans L’Aurore, le journal de Georges Clemenceau, une lettre ouverte au président Félix Faure, titrée « J’accuse… ! ». Il y accuse nommément les officiers et les experts responsables de l’erreur judiciaire et de sa dissimulation. Poursuivi pour diffamation, Zola est condamné en février à un an de prison ; condamné de nouveau en juillet, il s’exile en Angleterre.

DreyfusardsAntidreyfusards
ValeursJustice, vérité, droits de l’individuHonneur de l’armée, raison d’État, nation
FiguresZola, Clemenceau, Jaurès, Anatole France, Charles Péguy, Lucien Herr, Bernard LazareDrumont, Maurice Barrès, Charles Maurras, Paul Déroulède, François Coppée
OrganisationsLigue des droits de l’homme (1898)Ligue de la patrie française (1898-1899), Action française (1899)
PresseL’Aurore, Le SiècleLa Libre Parole, La Croix, L’Intransigeant

Le mot intellectuel, au sens moderne, se diffuse à cette occasion, avec le « manifeste des intellectuels » publié en janvier 1898 par des écrivains, savants et universitaires dreyfusards. L’Affaire divise les familles et les amitiés, comme l’illustre la célèbre caricature de Caran d’Ache « Un dîner en famille » (« Ils en ont parlé »).

Révision et réhabilitation

En août 1898, le commandant Henry avoue avoir fabriqué un faux ; il se suicide en prison. Esterhazy s’enfuit en Angleterre. La Cour de cassation ordonne un nouveau procès. Le conseil de guerre de Rennes recondamne pourtant Dreyfus, le 9 septembre 1899, à dix ans de détention « avec circonstances atténuantes ». Pour apaiser le pays, le président Émile Loubet le gracie le 19 septembre 1899, ce que Dreyfus, épuisé, accepte. Une loi d’amnistie est votée en 1900.

Le 12 juillet 1906, la Cour de cassation casse le jugement de Rennes sans renvoi : Dreyfus est réhabilité. Il est réintégré dans l’armée avec le grade de chef d’escadron et reçoit la Légion d’honneur. Picquart devient général, puis ministre de la Guerre. Dreyfus sert pendant la Première Guerre mondiale et meurt en 1935. Les cendres de Zola, mort en 1902, entrent au Panthéon en 1908.

Les conséquences

  • Victoire des républicains : le gouvernement de « défense républicaine » de Waldeck-Rousseau (1899) puis le Bloc des gauches renforcent la République face à l’armée et à l’Église.
  • Anticléricalisme : l’engagement d’une partie de la presse catholique dans le camp antidreyfusard contribue au vote de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État.
  • Recomposition politique : la gauche s’unit dans la défense des droits ; une nouvelle droite nationaliste et antisémite apparaît (Action française).
  • Droits de l’homme : naissance de la Ligue des droits de l’homme, toujours active.
  • Sionisme : le journaliste Theodor Herzl, présent à Paris lors de la dégradation, publie en 1896 L’État des Juifs.

Questions fréquentes

Pourquoi Dreyfus a-t-il été accusé ?

Parce que son écriture ressemblait à celle du bordereau et qu’il avait accès à des informations de l’état-major. Son origine juive et alsacienne, dans un climat d’antisémitisme, a fait de lui un coupable idéal.

Qui était le vrai coupable ?

Le commandant Ferdinand Walsin Esterhazy, auteur du bordereau, acquitté en 1898 puis réfugié en Angleterre, où il est mort en 1923.

Que signifie « J’accuse… ! » ?

C’est le titre de la lettre ouverte d’Émile Zola au président de la République, publiée le 13 janvier 1898 dans L’Aurore. Zola y accuse les responsables de l’injustice et relance l’Affaire.

Quand Dreyfus a-t-il été innocenté ?

Le 12 juillet 1906, par un arrêt de la Cour de cassation qui annule sans renvoi le jugement de Rennes. Il avait été gracié dès 1899.

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