Histoire · Histoire de France
Charles de Gaulle
Charles de Gaulle (1890-1970) est le chef de la France libre après l’appel du 18 juin 1940, le chef du Gouvernement provisoire à la Libération, puis le fondateur et premier président de la Ve République.
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Charles de Gaulle, né le 22 novembre 1890 à Lille et mort le 9 novembre 1970 à Colombey-les-Deux-Églises (Haute-Marne), est un officier, écrivain et homme d’État français. Général de brigade à titre temporaire en 1940, il refuse l’armistice et lance de Londres l'appel du 18 juin 1940, qui fait de lui le chef de la France libre. Il dirige le Gouvernement provisoire à la Libération (1944-1946), puis revient au pouvoir pendant la crise algérienne de 1958 pour fonder la Ve République, dont il est le premier président de 1959 à 1969. Il met fin à la guerre d’Algérie, dote la France de l’arme nucléaire et mène une politique d’indépendance nationale.
Charles de Gaulle en dates
| Date | Événement |
|---|---|
| 22 novembre 1890 | Naissance à Lille |
| 1912 | Sortie de Saint-Cyr ; affecté au régiment commandé par le colonel Pétain |
| 2 mars 1916 | Blessé et fait prisonnier à Verdun ; cinq tentatives d’évasion |
| 1921 | Mariage avec Yvonne Vendroux |
| 1934 | Vers l’armée de métier, plaidoyer pour les divisions blindées |
| Mai 1940 | Commande la 4e division cuirassée (Montcornet, Abbeville) |
| 6 juin 1940 | Sous-secrétaire d’État à la Guerre |
| 18 juin 1940 | Appel à la BBC |
| 2 août 1940 | Condamné à mort par contumace par un tribunal militaire de Vichy |
| Juin 1943 | Coprésident puis président du CFLN à Alger |
| 26 août 1944 | Descente des Champs-Élysées dans Paris libéré |
| 1944-1946 | Président du Gouvernement provisoire |
| 20 janvier 1946 | Démission |
| 1947 | Fondation du Rassemblement du peuple français (RPF) |
| 1954-1959 | Mémoires de guerre |
| 1er juin 1958 | Investi président du Conseil |
| 21 décembre 1958 | Élu président de la République |
| 8 janvier 1959 | Prise de fonctions |
| 16 septembre 1959 | Discours sur l’autodétermination de l’Algérie |
| 13 février 1960 | Première bombe atomique française |
| Avril 1961 | Échec du putsch des généraux à Alger |
| 18 mars 1962 | Accords d’Évian |
| 22 août 1962 | Attentat du Petit-Clamart |
| 28 octobre 1962 | Référendum sur l’élection du président au suffrage universel |
| 22 janvier 1963 | Traité de l’Élysée avec l’Allemagne |
| 19 décembre 1965 | Réélu face à François Mitterrand |
| 1966 | Retrait du commandement intégré de l’OTAN |
| 24 juillet 1967 | « Vive le Québec libre ! » à Montréal |
| Mai 1968 | Crise de Mai 68 |
| 27 avril 1969 | Échec du référendum sur la régionalisation et le Sénat |
| 28 avril 1969 | Démission |
| 9 novembre 1970 | Mort à Colombey-les-Deux-Églises |
Un officier hors normes (1890-1940)
Issu d’une famille catholique et patriote, de Gaulle choisit la carrière militaire. Blessé trois fois pendant la Première Guerre mondiale, il est fait prisonnier à Douaumont en 1916 et passe le reste de la guerre en captivité. Dans l’entre-deux-guerres, il est un temps proche de Pétain, puis s’en éloigne. Il publie plusieurs ouvrages, dont Le Fil de l’épée (1932) et Vers l’armée de métier (1934), où il défend, contre la doctrine officielle défensive, la création d’un corps de blindés professionnel. En mai 1940, il commande la 4e division cuirassée, puis entre le 6 juin au gouvernement de Paul Reynaud.
Le chef de la France libre (1940-1944)
Refusant l’armistice demandé par Pétain, il gagne Londres le 17 juin et lance le 18 juin 1940 son appel sur la BBC. Reconnu par Churchill comme chef des Français libres, il construit à partir de rien une armée (les Forces françaises libres), un territoire (le ralliement de l’Afrique-Équatoriale française), puis un gouvernement. Il s’impose face aux Alliés, souvent méfiants, notamment Roosevelt, et face au général Giraud à Alger en 1943. Par l’intermédiaire de Jean Moulin, il obtient la reconnaissance de la Résistance intérieure. Voir la fiche Résistance française.
Le Gouvernement provisoire (1944-1946)
Après le débarquement, de Gaulle impose l’autorité de son Gouvernement provisoire, évitant l’administration militaire alliée. Le 26 août 1944, il descend les Champs-Élysées acclamé par la foule. Il rétablit la légalité républicaine, et son gouvernement, qui associe gaullistes, communistes, socialistes et démocrates-chrétiens, réalise une partie du programme du CNR :
- droit de vote des femmes (ordonnance du 21 avril 1944) ;
- Sécurité sociale (ordonnances d’octobre 1945) ;
- nationalisations : Renault, houillères, électricité et gaz, grandes banques ;
- création de l'ENA et du Commissariat au Plan (1945).
En désaccord avec les partis sur les institutions, qu’il veut dotées d’un exécutif fort, il démissionne le 20 janvier 1946. Il expose ses idées constitutionnelles dans le discours de Bayeux (16 juin 1946), mais la IVe République adopte un régime parlementaire.
La traversée du désert (1946-1958)
De Gaulle fonde en 1947 le Rassemblement du peuple français (RPF), qui connaît des succès électoraux puis décline ; il s’en retire en 1953. Retiré à La Boisserie, sa maison de Colombey-les-Deux-Églises, il rédige ses Mémoires de guerre.
Le retour au pouvoir et la Ve République
La guerre d’Algérie paralyse la IVe République. Le 13 mai 1958, une émeute à Alger, soutenue par l’armée, porte au pouvoir un « Comité de salut public » qui réclame le retour de De Gaulle. Le président René Coty fait appel à lui ; il est investi président du Conseil le 1er juin 1958 avec les pleins pouvoirs pour six mois et la charge de rédiger une nouvelle constitution. Approuvée par référendum le 28 septembre 1958, la Constitution de la Ve République renforce le pouvoir exécutif. De Gaulle est élu président le 21 décembre 1958 par un collège de grands électeurs.
Le président (1959-1969)
La fin de la guerre d’Algérie
Après avoir laissé espérer l'« Algérie française » (« Je vous ai compris », Alger, 4 juin 1958), il évolue vers l'autodétermination (septembre 1959). Il fait face à la semaine des barricades (1960), au putsch des généraux (avril 1961) et aux attentats de l'OAS, dont celui du Petit-Clamart (22 août 1962), auquel il échappe. Les accords d’Évian (18 mars 1962) mènent à l’indépendance de l’Algérie le 5 juillet 1962.
Les institutions
Par le référendum du 28 octobre 1962, il fait adopter l’élection du président de la République au suffrage universel direct. Il est réélu en décembre 1965, au second tour, face à François Mitterrand, avec 55,2 % des voix. Il recourt souvent au référendum, qu’il conçoit comme un lien direct avec le peuple.
La politique de grandeur
- Indépendance nationale : force de dissuasion nucléaire (bombe A en 1960, bombe H en 1968) ; retrait du commandement intégré de l'OTAN (1966) ; reconnaissance de la Chine populaire (1964) ; discours de Phnom Penh critiquant la guerre américaine au Vietnam (1966).
- Europe : réconciliation franco-allemande avec le chancelier Adenauer (traité de l’Élysée, 1963) ; conception d’une « Europe des nations » ; refus de l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE (1963 et 1967). Voir construction européenne.
- Décolonisation de l’Afrique subsaharienne (1960) et coopération.
- Monde : voyages en Amérique latine, discours de Montréal (« Vive le Québec libre ! », 1967), voir histoire du Québec.
Mai 68 et le départ
La crise de Mai 68 ébranle le régime. De Gaulle reprend la main le 30 mai en dissolvant l’Assemblée ; les élections de juin donnent une majorité écrasante aux gaullistes. Mais en avril 1969, il soumet à référendum un projet de régionalisation et de réforme du Sénat, en annonçant qu’il partira en cas d’échec. Le non l’emporte (52,4 %) le 27 avril : il démissionne le lendemain à midi. Il meurt le 9 novembre 1970 à Colombey, où il est inhumé dans la simplicité, selon ses volontés.
L’héritage
De Gaulle a laissé des institutions toujours en vigueur, une politique étrangère d’indépendance dont ses successeurs se sont largement réclamés, et l’image d’un homme qui a refusé la défaite en 1940. Le gaullisme, qui associe souveraineté nationale, État fort, rassemblement au-delà des partis et lien direct avec le peuple, reste une référence. Ses détracteurs lui ont reproché son exercice personnel du pouvoir, sa gestion des débuts de la guerre d’Algérie et le sort des harkis.
Questions fréquentes
Pourquoi de Gaulle est-il appelé « le Général » ?
Il est promu général de brigade à titre temporaire le 1er juin 1940. Il ne prendra jamais d’autre grade et refusera toute promotion, si bien qu’il reste « le général de Gaulle ».
Quand de Gaulle a-t-il été président ?
Du 8 janvier 1959 au 28 avril 1969. Il avait auparavant été président du Gouvernement provisoire de 1944 à 1946, puis dernier président du Conseil de la IVe République en 1958.
Pourquoi de Gaulle a-t-il démissionné en 1969 ?
Parce que les Français ont rejeté par référendum, le 27 avril 1969, son projet de réforme du Sénat et de régionalisation. Il avait engagé sa responsabilité sur ce vote.
Où est enterré Charles de Gaulle ?
Dans le cimetière de Colombey-les-Deux-Églises (Haute-Marne), auprès de sa fille Anne. Il avait refusé des funérailles nationales.