Histoire · Histoire de France
Mai 68
Mai 68 désigne la crise qui secoue la France en mai-juin 1968 : révolte étudiante, puis grève générale de plusieurs millions de salariés et crise politique, jusqu’à la victoire des gaullistes aux élections de juin.
Mis à jour le 6 min de lecture
Mai 68 est une crise à la fois étudiante, sociale et politique qui paralyse la France pendant plusieurs semaines. Partie de l’université de Nanterre en mars 1968, la contestation étudiante gagne la Sorbonne et le Quartier latin début mai, où les nuits de barricades et la répression policière provoquent un mouvement de solidarité. À partir du 13 mai, une grève générale s’étend à tout le pays : on compte selon les estimations de 7 à 10 millions de grévistes, la plus grande grève de l’histoire de France. Après les accords de Grenelle et la dissolution de l’Assemblée nationale annoncée par le général de Gaulle le 30 mai, le mouvement reflue ; les élections de juin 1968 donnent une majorité écrasante aux gaullistes. Mai 68 laisse pourtant une empreinte durable sur la société française.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 22 mars 1968 | Occupation de la tour administrative de Nanterre : naissance du Mouvement du 22-Mars |
| 2 mai | Fermeture de la faculté de Nanterre |
| 3 mai | Évacuation de la Sorbonne par la police ; premiers affrontements au Quartier latin |
| 6 mai | Manifestations et violents affrontements |
| 10-11 mai | Nuit des barricades rue Gay-Lussac |
| 13 mai | Grève générale et grande manifestation à Paris ; occupation de la Sorbonne |
| 14 mai | Début des occupations d’usines (Sud-Aviation à Bouguenais, près de Nantes) |
| 15 mai | Occupation du théâtre de l’Odéon |
| 16-22 mai | Extension de la grève à tout le pays |
| 24 mai | Allocution de De Gaulle annonçant un référendum ; nouvelle nuit d’émeutes |
| 25-27 mai | Négociations et accords de Grenelle, rejetés par la base à Renault-Billancourt |
| 27 mai | Meeting au stade Charléty |
| 28 mai | Mitterrand se déclare candidat en cas de vacance du pouvoir |
| 29 mai | De Gaulle part secrètement à Baden-Baden rencontrer le général Massu |
| 30 mai | Discours de De Gaulle : dissolution de l’Assemblée ; manifestation gaulliste sur les Champs-Élysées |
| Juin | Reprise progressive du travail ; évacuation de l’Odéon (14 juin) et de la Sorbonne (16 juin) |
| 23 et 30 juin | Élections législatives : large victoire gaulliste |
Les causes
Une société en transformation
La France des années 1960 connaît une forte croissance (les « Trente Glorieuses ») et une profonde mutation : urbanisation, essor de la consommation, de la télévision et de la culture jeune. Les enfants du baby-boom arrivent à l’université : le nombre d’étudiants passe d’environ 200 000 en 1960 à plus de 500 000 en 1968. Les facultés, comme celle de Nanterre ouverte en 1964, sont surpeuplées et mal adaptées.
Une jeunesse contestataire
Une partie de la jeunesse rejette l’autorité, la morale traditionnelle et la société de consommation. Les revendications portent d’abord sur la vie quotidienne : à Nanterre, la question de la libre circulation entre les résidences des garçons et des filles cristallise la contestation. L'extrême gauche (trotskistes, maoïstes, anarchistes) est influente dans les milieux étudiants. L’opposition à la guerre du Vietnam mobilise dans le monde entier.
Un malaise social et politique
Malgré la croissance, les salaires ouvriers restent bas, le chômage commence à augmenter (environ 500 000 chômeurs) et les conditions de travail sont dures. Le pouvoir gaulliste, en place depuis dix ans, paraît vieillissant et autoritaire ; un éditorial du Monde du 15 mars 1968 titre « Quand la France s’ennuie ».
Un contexte mondial
1968 est une année de contestation dans de nombreux pays : mouvements étudiants aux États-Unis, en Allemagne de l’Ouest, en Italie, au Mexique (massacre de Tlatelolco en octobre), Printemps de Prague en Tchécoslovaquie, écrasé par les chars du pacte de Varsovie en août (voir guerre froide).
Le déroulement : trois crises successives
La crise étudiante (début mai)
Le 3 mai, la police évacue la cour de la Sorbonne où se sont réunis des étudiants ; des centaines sont interpellés. Les affrontements se multiplient au Quartier latin. Dans la nuit du 10 au 11 mai, des dizaines de barricades sont dressées rue Gay-Lussac ; la police charge, faisant des centaines de blessés. Les images, retransmises par la radio, suscitent l’indignation. Les leaders étudiants, comme Daniel Cohn-Bendit, Alain Geismar ou Jacques Sauvageot, deviennent célèbres. Les slogans couvrent les murs : « Il est interdit d’interdire », « Sous les pavés, la plage », « L’imagination au pouvoir ».
La crise sociale (mi-mai)
Le 13 mai, les syndicats appellent à une grève générale de solidarité ; des centaines de milliers de personnes défilent à Paris. Dès le lendemain, les ouvriers occupent leurs usines. Le mouvement s’étend spontanément : transports, services publics, banques, grands magasins, ORTF, mines. Le pays est paralysé. Le Premier ministre Georges Pompidou négocie avec les syndicats et le patronat rue de Grenelle. Les accords de Grenelle (27 mai) prévoient une hausse du SMIG de 35 % (et de 56 % pour les salariés agricoles), une augmentation générale des salaires d’environ 10 %, la reconnaissance de la section syndicale d’entreprise. Mais les ouvriers de Renault-Billancourt les rejettent et la grève continue.
La crise politique (fin mai)
Le pouvoir semble vaciller. Le 27 mai, un meeting au stade Charléty réunit la gauche non communiste et Pierre Mendès France. Le 28, François Mitterrand propose un gouvernement provisoire. Le 29 mai, de Gaulle disparaît : il s’est rendu à Baden-Baden auprès du général Massu, commandant des forces françaises en Allemagne. Le 30 mai, de retour à Paris, il annonce à la radio la dissolution de l’Assemblée nationale et des élections. Le soir même, plusieurs centaines de milliers de ses partisans défilent sur les Champs-Élysées.
Le dénouement
Le travail reprend progressivement en juin, parfois après des affrontements (à Flins, où un lycéen se noie en fuyant la police, et à Sochaux, où deux ouvriers sont tués). Lors des élections législatives des 23 et 30 juin 1968, l’Union pour la défense de la République (gaulliste) obtient à elle seule la majorité absolue des sièges, du jamais vu sous la République. Pompidou est remplacé par Maurice Couve de Murville. Moins d’un an plus tard, de Gaulle quitte le pouvoir après l’échec du référendum d’avril 1969 (voir Charles de Gaulle).
Les conséquences
- Université : la loi Edgar Faure (novembre 1968) instaure l’autonomie des universités et la participation des étudiants à leur gestion ; l’université de Vincennes est créée.
- Travail : hausse des salaires, reconnaissance des sections syndicales d’entreprise (loi du 27 décembre 1968).
- Société : accélération de la libération des mœurs, des mouvements féministes (MLF, 1970), écologistes et régionalistes ; recul de l’autorité traditionnelle dans la famille, l’école, l’entreprise.
- Politique : renforcement temporaire des gaullistes, recomposition de la gauche, essor de l’extrême gauche dans les années 1970.
Mai 68 reste un objet de débat : libération et modernisation pour les uns, origine d’un relâchement de l’autorité pour les autres.
Questions fréquentes
Pourquoi Mai 68 a-t-il commencé ?
La crise est partie de la contestation étudiante, à Nanterre puis à la Sorbonne, sur fond de malaise universitaire, de rejet de l’autorité et d’opposition à la guerre du Vietnam. La répression policière a entraîné la solidarité des syndicats et la grève générale.
Combien y a-t-il eu de grévistes en Mai 68 ?
Les estimations varient de 7 à 10 millions de grévistes au plus fort du mouvement, fin mai, ce qui en fait la plus grande grève de l’histoire de France.
Que sont les accords de Grenelle ?
Des accords négociés les 25-27 mai 1968 entre le gouvernement Pompidou, les syndicats et le patronat. Ils prévoient une forte hausse du salaire minimum (+ 35 %), des augmentations de salaires et la reconnaissance du syndicat dans l’entreprise.
Comment Mai 68 s’est-il terminé ?
Par la dissolution de l’Assemblée nationale annoncée par de Gaulle le 30 mai, la reprise progressive du travail en juin et la victoire massive des gaullistes aux élections législatives des 23 et 30 juin 1968.