Histoire · Histoire de France
La prise de la Bastille
Le 14 juillet 1789, des milliers de Parisiens s’emparent de la Bastille, forteresse royale, pour y prendre de la poudre. L’assaut sauve l’Assemblée et symbolise la fin de l’absolutisme.
Mis à jour le 4 min de lecture
La prise de la Bastille est l’assaut donné le 14 juillet 1789 par les Parisiens insurgés à la Bastille, forteresse médiévale devenue prison d’État, symbole de l’arbitraire royal. Les assaillants y cherchent la poudre nécessaire aux fusils pris le matin même aux Invalides. Après plusieurs heures de combat, le gouverneur de Launay capitule. L’événement oblige Louis XVI à retirer ses troupes, à rappeler Necker et à reconnaître la nouvelle municipalité parisienne : la Révolution française est sauvée. Il est commémoré chaque année par la fête nationale du 14 juillet.
La Bastille avant 1789
Construite à partir de 1370 sous Charles V pour protéger la porte Saint-Antoine, la Bastille Saint-Antoine est une forteresse de huit tours, entourée de fossés. Richelieu en fait une prison d’État où l’on enferme sans jugement, par lettre de cachet du roi, des opposants, des auteurs de libelles, des nobles dont la famille demande l’internement. Voltaire y est incarcéré deux fois. Les conditions de détention sont souvent moins dures que dans les prisons ordinaires, mais la Bastille incarne le pouvoir arbitraire. En 1789, elle ne compte plus que sept prisonniers.
Pourquoi Paris se soulève-t-il ?
- La crainte d’un coup de force : depuis la proclamation de l’Assemblée nationale (17 juin, voir États généraux), le roi fait venir autour de Paris et Versailles environ 20 000 soldats, dont des régiments étrangers.
- Le renvoi de Necker le 11 juillet, ministre populaire, apparaît comme le signal de la contre-révolution.
- La cherté du pain : en juillet 1789, son prix atteint un sommet, après la mauvaise récolte de 1788.
Le déroulement
| Date et heure | Événement |
|---|---|
| 12 juillet | La nouvelle du renvoi de Necker se répand ; Camille Desmoulins harangue la foule au Palais-Royal ; heurts aux Tuileries avec le Royal-Allemand |
| Nuit du 12 au 13 | Incendie de barrières d’octroi ; pillage du couvent Saint-Lazare |
| 13 juillet | Les électeurs de Paris forment un comité permanent et une milice bourgeoise |
| 14 juillet, matin | La foule s’empare de dizaines de milliers de fusils et de canons aux Invalides |
| Vers 10 h-11 h | Délégations à la Bastille pour obtenir la poudre |
| Début d’après-midi | Le pont-levis de la première cour est abattu ; la garnison tire |
| Vers 15 h 30 | Arrivée de gardes-françaises avec des canons |
| Vers 17 h | De Launay capitule ; la foule entre dans la forteresse |
La garnison compte environ 80 invalides (anciens soldats) et une trentaine de gardes suisses. Les assaillants, plusieurs milliers d’artisans et de boutiquiers du faubourg Saint-Antoine, de soldats ralliés et de bourgeois, perdent une centaine de morts ; côté défenseurs, quelques tués. Le gouverneur Bernard-René de Launay est massacré en chemin vers l’hôtel de ville, et sa tête promenée au bout d’une pique, comme celle du prévôt des marchands Flesselles. Les sept prisonniers sont libérés : quatre faussaires, deux malades mentaux et un noble enfermé à la demande de sa famille.
Les conséquences immédiates
- 15 juillet : Louis XVI annonce à l’Assemblée le retrait des troupes. L’astronome Bailly devient maire de Paris et La Fayette commandant de la Garde nationale.
- 16 juillet : le roi rappelle Necker. Les premiers nobles, dont le comte d’Artois, frère du roi, émigrent.
- 17 juillet : Louis XVI se rend à Paris et accepte la cocarde ; l’association du bleu et du rouge, couleurs de Paris, et du blanc, couleur royale, annonce le drapeau tricolore.
- Dans les campagnes, la Grande Peur (fin juillet-début août) pousse les paysans à attaquer les châteaux ; l’Assemblée y répond par l'abolition des privilèges dans la nuit du 4 août.
La démolition de la forteresse commence dès le 15 juillet, sous la direction de l’entrepreneur Pierre-François Palloy, qui fait tailler dans ses pierres des maquettes de la Bastille envoyées dans les départements.
Le symbole
La prise de la Bastille devient immédiatement l’événement fondateur de la Révolution. Son premier anniversaire est célébré par la fête de la Fédération (14 juillet 1790). Selon une anecdote célèbre, le duc de La Rochefoucauld-Liancourt aurait répondu au roi qui lui demandait si c’était une révolte : « Non, sire, c’est une révolution » ; elle n’est connue que par des récits postérieurs. Sur la place de la Bastille s’élève aujourd’hui la colonne de Juillet, qui commémore non pas 1789 mais la révolution de 1830.
Questions fréquentes
Pourquoi a-t-on pris la Bastille ?
Pour y trouver la poudre et les balles nécessaires aux fusils saisis aux Invalides, afin de se défendre contre les troupes royales massées autour de Paris. La Bastille était aussi le symbole de l’arbitraire royal.
Combien de prisonniers y avait-il à la Bastille le 14 juillet 1789 ?
Sept : quatre faussaires, deux hommes considérés comme fous et le comte de Solages, enfermé à la demande de sa famille.
Louis XVI a-t-il écrit « Rien » le 14 juillet ?
Oui, le mot figure à cette date dans son journal, mais ce carnet servait surtout à noter ses chasses : « rien » signifie qu’il n’avait rien chassé ce jour-là, non qu’il ignorait l’événement.
Que reste-t-il de la Bastille ?
Des fondations d’une tour, remontées dans le square Henri-Galli, et le tracé de la forteresse marqué par des pavés au sol de la place de la Bastille. Certaines pierres ont servi à construire le pont de la Concorde.