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Histoire · Histoire de France

Les cahiers de doléances

Les cahiers de doléances sont les registres de plaintes et de propositions rédigés au printemps 1789 dans tout le royaume, pour les États généraux. Ils réclament surtout l’égalité fiscale et la fin des abus, sans remettre en cause le roi.

Mis à jour le 4 min de lecture

Les cahiers de doléances sont des textes rédigés au printemps 1789 par les assemblées réunies pour élire les députés aux États généraux. Chaque communauté villageoise, chaque corporation, chaque assemblée de bailliage et chaque ordre y consigne ses plaintes (doléances, du latin dolere, « souffrir ») et ses propositions de réforme. On estime qu’environ 60 000 cahiers ont été rédigés ; plusieurs dizaines de milliers sont conservés. Ils forment une source exceptionnelle pour connaître l’état d’esprit des Français à la veille de la Révolution : les attentes sont fortes, mais la très grande majorité reste fidèle au roi.

Pourquoi et comment sont-ils rédigés ?

Le 24 janvier 1789, Louis XVI publie le règlement qui organise les élections aux États généraux. Il invite ses sujets à lui faire connaître leurs souhaits et leurs plaintes. La procédure est la suivante :

  1. Dans chaque paroisse, les habitants du tiers état (hommes de plus de 25 ans inscrits au rôle des impôts) se réunissent, souvent à l’église ou sur la place, et rédigent le cahier de la paroisse. Ils élisent des délégués.
  2. Dans les villes, les corporations de métiers rédigent leurs cahiers, puis une assemblée urbaine en fait la synthèse.
  3. À l’échelon du bailliage (ou de la sénéchaussée), les délégués fondent ces textes en un cahier général du tiers état et élisent les députés.
  4. Le clergé et la noblesse rédigent leurs propres cahiers dans des assemblées séparées.

Les députés emportent à Versailles environ 600 cahiers généraux.

Que réclament les cahiers ?

DomaineRevendications fréquentes
ImpôtsÉgalité devant l’impôt, suppression de la taille et de la gabelle, impôt consenti par les États généraux
Droits seigneuriauxSuppression ou rachat des banalités, des corvées, du droit de chasse réservé aux seigneurs, des colombiers
ÉgliseRéforme de la dîme, meilleure rémunération des curés
JusticeJustice plus rapide et moins coûteuse, suppression des lettres de cachet, abolition de la torture
PolitiqueRéunion régulière des États généraux, vote par tête, une constitution
ÉconomieSuppression des douanes intérieures, unification des poids et mesures
LibertésLiberté de la presse, liberté individuelle

Les différences selon les ordres

  • Le tiers état demande l'égalité fiscale, la fin des abus seigneuriaux et souvent le vote par tête.
  • La noblesse accepte souvent de payer davantage d’impôts et réclame une constitution et des libertés, mais tient à ses droits honorifiques et au vote par ordre.
  • Le clergé défend la religion catholique et ses biens, tout en critiquant parfois la situation du bas clergé.

Ce qu’ils ne demandent pas

Les cahiers ne réclament ni la république ni la fin de la monarchie : le roi reste respecté. Ils demandent rarement l’abolition totale de la noblesse ou du clergé. La radicalisation viendra plus tard, avec les événements de l’été 1789 et surtout après la fuite à Varennes (1791).

L’intérêt historique des cahiers

  • Une source unique sur la France de 1789 : problèmes locaux, état des campagnes, opinions politiques.
  • Une expérience politique : pour beaucoup de Français, c’est la première fois qu’ils sont consultés et qu’ils débattent publiquement.
  • Un programme : de nombreuses revendications sont satisfaites dès 1789 par l'abolition des privilèges et la Déclaration des droits de l’homme.

En 2018-2019, pendant le mouvement des gilets jaunes, des mairies ont ouvert des « cahiers citoyens » en référence aux cahiers de 1789.

Exercice corrigé

Un cahier de paroisse demande « que tous les impôts soient payés également par les trois ordres » et « que le droit de chasse soit aboli ». Explique ces deux demandes.

  • La première dénonce les privilèges fiscaux du clergé et de la noblesse, exemptés de la taille : le tiers état veut l’égalité devant l’impôt.
  • La seconde vise un privilège seigneurial : seuls les seigneurs pouvaient chasser, et le gibier abîmait les récoltes des paysans.

Questions fréquentes

Combien y a-t-il eu de cahiers de doléances ?

Environ 60 000, en comptant les cahiers de paroisses, de corporations et de bailliages. Plusieurs dizaines de milliers ont été conservés, surtout dans les archives départementales.

Les cahiers de doléances demandaient-ils la Révolution ?

Non. Ils demandaient des réformes (égalité fiscale, constitution, fin des abus) mais restaient attachés au roi. La Révolution est née du déroulement des événements en 1789.

Où peut-on lire des cahiers de doléances ?

Dans les archives départementales et nationales. Beaucoup ont été publiés dans la collection des Archives parlementaires et dans des éditions locales, et certains sont numérisés.

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