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Histoire · XXIe siècle

Le mouvement des gilets jaunes

Les gilets jaunes sont un mouvement social né en France en novembre 2018 contre la hausse des taxes sur les carburants. Hors partis et syndicats, il porte sur le pouvoir d’achat et la démocratie.

Mis à jour le 4 min de lecture

Le mouvement des gilets jaunes est un mouvement social apparu en France à l’automne 2018. Né d’une pétition et d’appels sur les réseaux sociaux contre la hausse des taxes sur les carburants prévue pour janvier 2019, il se manifeste à partir du 17 novembre 2018 par l’occupation de ronds-points et des manifestations chaque samedi, appelées « actes ». Ses participants portent le gilet jaune de sécurité que chaque automobiliste doit avoir dans son véhicule. Inédit par son ampleur, son organisation horizontale et la place de la France périurbaine et rurale, il obtient l’abandon de la hausse des taxes et des mesures sur le pouvoir d’achat, puis décline au printemps 2019. Il a été marqué par des violences et de nombreux blessés.

Les origines

  • La hausse de la fiscalité sur les carburants : la taxe carbone, intégrée à la taxe intérieure sur les produits énergétiques, augmente chaque année depuis 2014, et le prix du gazole a fortement monté en 2018.
  • La dépendance à la voiture dans les zones périurbaines et rurales, où les services publics et les commerces se sont éloignés.
  • La limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires (juillet 2018), mal acceptée dans ces territoires.
  • Le sentiment d’injustice fiscale, notamment après la transformation de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) en impôt sur la fortune immobilière.

En mai 2018, une pétition en ligne de Priscillia Ludosky pour une baisse des prix des carburants recueille des centaines de milliers puis plus d’un million de signatures. En octobre, des vidéos virales, dont celle de Jacline Mouraud, et des groupes Facebook appellent à bloquer les routes le 17 novembre.

Chronologie

DateÉvénement
17 novembre 2018Acte I : environ 280 000 manifestants selon le ministère de l’Intérieur ; blocages de ronds-points et de péages
24 novembre 2018Acte II : heurts sur les Champs-Élysées
1er décembre 2018Acte III : violences à Paris ; l’Arc de triomphe est dégradé
5 décembre 2018Le gouvernement annonce l’annulation de la hausse des taxes sur les carburants pour 2019
10 décembre 2018Allocution présidentielle : hausse de 100 euros pour les salariés au SMIC par la prime d’activité, heures supplémentaires défiscalisées, annulation de la hausse de la CSG pour une partie des retraités
15 janvier-15 mars 2019Grand débat national ; cahiers de doléances dans les mairies
16 mars 2019Acte XVIII : nombreuses dégradations sur les Champs-Élysées
Avril 2019Loi visant à renforcer le maintien de l’ordre lors des manifestations
Printemps-été 2019Déclin de la mobilisation
Octobre 2019-juin 2020Convention citoyenne pour le climat

Les revendications

Le mouvement n’a ni chef ni programme officiel ; ses revendications, diverses, se sont élargies au fil des semaines :

  • pouvoir d’achat : baisse des taxes, hausse du SMIC et des petites retraites ;
  • justice fiscale : rétablissement de l’ISF, lutte contre l’évasion fiscale ;
  • démocratie : instauration d’un référendum d’initiative citoyenne (RIC), baisse des privilèges des élus ;
  • services publics dans les territoires ;
  • pour une partie des manifestants, la démission du président de la République.

Les « cahiers de doléances » ouverts dans les mairies pendant le Grand débat national font écho à ceux des États généraux de 1789.

Violences et maintien de l’ordre

Les samedis de manifestation sont marqués par des affrontements, des dégradations et des pillages, en particulier à Paris, Bordeaux et Toulouse, imputés à des groupes de casseurs et à certains manifestants. Les forces de l’ordre font un usage massif de gaz lacrymogènes, de grenades de désencerclement et de lanceurs de balles de défense (LBD). Des milliers de personnes sont blessées parmi les manifestants et les policiers ; des dizaines de manifestants perdent un œil ou une main. La mort de Zineb Redouane, octogénaire touchée par une grenade lacrymogène à sa fenêtre à Marseille en décembre 2018, et les blessures graves provoquent un débat national sur les violences policières. Une dizaine de personnes sont mortes en marge du mouvement, principalement dans des accidents de la route aux abords des blocages.

Le bilan

Le mouvement obtient l’abandon de la hausse des taxes sur les carburants et des mesures estimées à une dizaine de milliards d’euros. Il révèle une France des fractures : territoriales, entre métropoles et périphéries, et sociales, entre classes moyennes et populaires et élites. Il marque aussi la crise de la représentation : défiance envers les partis, les syndicats et les médias, et recherche de formes de démocratie plus directe. Le gilet jaune est devenu un symbole repris dans d’autres pays. Pour les comparaisons avec d’autres mouvements sociaux, voir Mai 68.

Questions fréquentes

Pourquoi le gilet jaune ?

Parce que tout automobiliste doit en avoir un dans son véhicule depuis 2008 : il symbolise les usagers de la route visés par les taxes sur les carburants et rend les manifestants visibles. Il est devenu le signe de ralliement du mouvement.

Quand a commencé le mouvement des gilets jaunes ?

La première grande journée de mobilisation, l'« acte I », a eu lieu le samedi 17 novembre 2018. Les appels avaient circulé sur les réseaux sociaux dès octobre.

Qu’est-ce que le RIC ?

Le référendum d’initiative citoyenne est une revendication phare des gilets jaunes : il permettrait aux citoyens, à partir d’un certain nombre de signatures, de proposer ou d’abroger une loi, de révoquer un élu ou de modifier la Constitution par référendum.

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