Histoire · Histoire de France
La Terreur
La Terreur désigne la période de la Révolution française, de septembre 1793 à juillet 1794, où le gouvernement révolutionnaire suspend les libertés et réprime ses opposants par des milliers d’exécutions.
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La Terreur est une phase de la Révolution française durant laquelle la Convention et le Comité de salut public gouvernent par des mesures d’exception pour sauver la République, menacée par la guerre étrangère, la guerre civile et la crise économique. On la date le plus souvent du 5 septembre 1793, quand la Convention, sous la pression des sans-culottes, accepte de mettre « la terreur à l’ordre du jour », au 9 thermidor an II (27 juillet 1794), date de la chute de Robespierre. Elle fait environ 17 000 exécutions après condamnation par les tribunaux, et beaucoup plus de victimes au total.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 2-6 septembre 1792 | Massacres de Septembre dans les prisons parisiennes |
| 21 janvier 1793 | Exécution de Louis XVI |
| 10 mars 1793 | Création du Tribunal révolutionnaire |
| Mars 1793 | Début de l’insurrection vendéenne |
| 6 avril 1793 | Création du Comité de salut public |
| 2 juin 1793 | Arrestation des députés girondins |
| 13 juillet 1793 | Assassinat de Marat par Charlotte Corday |
| 27 juillet 1793 | Robespierre entre au Comité de salut public |
| 23 août 1793 | Levée en masse |
| 5 septembre 1793 | « La terreur à l’ordre du jour » |
| 17 septembre 1793 | Loi des suspects |
| 29 septembre 1793 | Loi du maximum général des prix et des salaires |
| 10 octobre 1793 | Le gouvernement est déclaré « révolutionnaire jusqu’à la paix » |
| 16 octobre 1793 | Exécution de Marie-Antoinette |
| 31 octobre 1793 | Exécution des Girondins |
| 4 décembre 1793 (14 frimaire an II) | Loi organisant le gouvernement révolutionnaire |
| 24 mars 1794 | Exécution des hébertistes |
| 5 avril 1794 | Exécution de Danton et des Indulgents |
| 8 juin 1794 | Fête de l’Être suprême |
| 10 juin 1794 (22 prairial an II) | Loi de prairial : début de la « Grande Terreur » |
| 27 juillet 1794 (9 thermidor an II) | Arrestation de Robespierre |
| 28 juillet 1794 | Exécution de Robespierre, Saint-Just, Couthon et leurs partisans |
Les causes de la Terreur
En 1793, la République semble au bord de l’effondrement :
- La guerre extérieure : la France affronte une coalition de presque toute l’Europe (Autriche, Prusse, Royaume-Uni, Espagne, Provinces-Unies…) ; les frontières sont envahies au printemps et à l’été 1793 et le général Dumouriez passe à l’ennemi en avril.
- La guerre civile : la Vendée se soulève en mars contre la levée de 300 000 hommes ; après l’élimination des Girondins, Lyon, Marseille, Bordeaux et d’autres villes se révoltent (insurrections « fédéralistes ») ; Toulon se livre aux Anglais en août.
- La crise économique : l’assignat se déprécie, les prix flambent, les sans-culottes parisiens réclament la taxation des denrées et le châtiment des « accapareurs ».
- La radicalisation politique : la lutte entre Girondins et Montagnards se termine par la victoire des seconds, appuyés par la Commune de Paris et les sans-culottes.
Pour les Montagnards, des mesures exceptionnelles et temporaires sont nécessaires pour sauver la Révolution. Robespierre théorise en février 1794 l’alliance de la « vertu » et de la « terreur », celle-ci étant présentée comme une « justice prompte, sévère, inflexible ».
Les institutions de la Terreur
- Le Comité de salut public : douze membres, renouvelés chaque mois par la Convention, mais en pratique stables à partir de l’été 1793 (Robespierre, Saint-Just, Couthon, Carnot, Barère, Billaud-Varenne, Collot d’Herbois…). Il dirige la guerre, l’administration et la diplomatie.
- Le Comité de sûreté générale : chargé de la police et de la surveillance.
- Le Tribunal révolutionnaire de Paris, avec l’accusateur public Fouquier-Tinville, et des tribunaux et commissions en province.
- Les représentants en mission, députés envoyés dans les départements et aux armées avec des pouvoirs très étendus.
- Les comités de surveillance locaux, qui dressent les listes de suspects.
Les grandes mesures
- Loi des suspects (17 septembre 1793) : permet d’arrêter les nobles et leurs proches, les émigrés et toute personne jugée hostile à la Révolution. Des centaines de milliers de personnes sont emprisonnées.
- Maximum général (29 septembre 1793) : plafonnement des prix des denrées de première nécessité et des salaires.
- Levée en masse (23 août 1793) : réquisition de tous les Français pour la défense du territoire ; les armées dépassent bientôt 800 000 hommes.
- Déchristianisation (automne 1793) : fermeture d’églises, culte de la Raison, calendrier républicain. Robespierre, hostile à l’athéisme, lui substitue le culte de l'Être suprême (fête du 8 juin 1794).
- Loi du 22 prairial an II (10 juin 1794) : supprime l’interrogatoire préalable et les défenseurs devant le Tribunal révolutionnaire ; la seule peine est la mort. Elle ouvre la « Grande Terreur » : à Paris, environ 1 400 personnes sont guillotinées en sept semaines.
La Convention adopte aussi, le 4 février 1794, l’abolition de l’esclavage dans les colonies.
La répression en province
La répression est la plus violente dans les régions en guerre civile :
- Vendée : après la défaite des armées vendéennes (Savenay, décembre 1793), les « colonnes infernales » du général Turreau ravagent la région au début de 1794. La guerre de Vendée fait au total, selon les estimations les plus couramment admises, environ 170 000 morts dans la population vendéenne.
- Nantes : le représentant Carrier organise des noyades collectives dans la Loire (plusieurs milliers de victimes).
- Lyon : après la reprise de la ville, des exécutions de masse sont ordonnées, notamment par mitraillades.
- Toulon : reprise en décembre 1793 (avec le capitaine Bonaparte), suivie de nombreuses exécutions sommaires.
La fin de la Terreur : le 9 thermidor
Au printemps 1794, Robespierre élimine ses rivaux à gauche (les hébertistes, exécutés en mars) et à droite (Danton et les « Indulgents », qui demandaient la fin de la Terreur, exécutés en avril). La victoire de Fleurus (26 juin 1794) éloigne la menace extérieure, ce qui rend les mesures d’exception moins justifiables. Inquiets pour leur propre vie, des membres des comités et des députés de la Convention se coalisent. Le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), Robespierre est mis en accusation ; il est guillotiné le lendemain avec Saint-Just, Couthon et une vingtaine de partisans.
La réaction thermidorienne démantèle le dispositif : libération de suspects, fermeture du club des Jacobins (novembre 1794), suppression du maximum, procès de Carrier et de Fouquier-Tinville. Une « Terreur blanche » frappe à son tour d’anciens jacobins dans le Sud-Est en 1795.
Le bilan
| Indicateur | Estimation |
|---|---|
| Suspects emprisonnés | environ 500 000 |
| Condamnations à mort par les tribunaux | environ 17 000 |
| Exécutions à Paris | environ 2 600 à 2 700 |
| Morts au total (exécutions sommaires, prisons, noyades) | plusieurs dizaines de milliers, hors guerre de Vendée |
L’historien Donald Greer a établi dans les années 1930 la statistique des 17 000 condamnations, dont la majorité concerne non des nobles ou des prêtres, mais des paysans, des artisans et des bourgeois, surtout dans les régions insurgées.
Une période au cœur des débats
La Terreur divise les historiens depuis deux siècles. Pour les uns, elle est une réponse de circonstance à une situation de danger extrême, qui a permis de sauver la République. Pour les autres, elle découle de la logique même de la Révolution, qui assimile toute opposition à une trahison. Le mot « terrorisme » apparaît d’ailleurs en français à cette époque, pour désigner le régime de la Terreur.
Questions fréquentes
Quelles sont les dates de la Terreur ?
On la date généralement du 5 septembre 1793 au 27 juillet 1794 (9 thermidor an II). Certains historiens la font commencer au printemps 1793 avec la création du Tribunal révolutionnaire et du Comité de salut public.
Qui a dirigé la Terreur ?
Le Comité de salut public, où Robespierre exerce une influence majeure, avec Saint-Just et Couthon. La responsabilité est cependant collective : la Convention vote les lois, et les représentants en mission comme Carrier ou Fouché agissent avec une large autonomie.
Combien de personnes ont été guillotinées ?
Environ 17 000 personnes ont été condamnées à mort par les tribunaux révolutionnaires, dont environ 2 600 à Paris. Toutes n’ont pas été guillotinées : certaines ont été fusillées ou noyées.
Pourquoi Robespierre a-t-il été exécuté ?
Ses collègues craignaient pour leur vie après la loi de prairial et ses menaces voilées contre des « fripons » non nommés. Les victoires militaires rendant la Terreur moins nécessaire, une coalition de députés l’a renversé le 9 thermidor.