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Histoire · Histoire de France

Le régime de Vichy

Le régime de Vichy est le régime autoritaire du maréchal Pétain, de juillet 1940 à août 1944. Sous le nom d'« État français », il collabore avec l’Allemagne nazie et participe à la persécution des Juifs.

Mis à jour le 6 min de lecture

Le régime de Vichy, officiellement l'État français, gouverne la France du 10 juillet 1940, date du vote des pleins pouvoirs au maréchal Philippe Pétain, à la Libération en août 1944. Né de la défaite face à l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, il siège à Vichy, ville d’eaux de l’Allier située en zone non occupée. Il supprime la République et les libertés, lance une « Révolution nationale » autoritaire et réactionnaire, et choisit la collaboration avec l’occupant. Il adopte de sa propre initiative une législation antisémite et prête son administration et sa police à la déportation d’environ 75 000 Juifs de France, dont 11 000 enfants.

Chronologie

DateÉvénement
10 mai 1940Offensive allemande à l’Ouest
16 juin 1940Pétain président du Conseil
17 juin 1940Pétain appelle à « cesser le combat »
22 juin 1940Armistice de Rethondes
3 juillet 1940Destruction de la flotte française à Mers el-Kébir par les Britanniques
10 juillet 1940Pleins pouvoirs constituants à Pétain (569 voix contre 80)
11 juillet 1940Pétain chef de l’État français
3 octobre 1940Premier statut des Juifs
24 octobre 1940Entrevue de Montoire entre Pétain et Hitler
30 octobre 1940Pétain annonce entrer « dans la voie de la collaboration »
13 décembre 1940Renvoi de Laval
2 juin 1941Second statut des Juifs
18 avril 1942Retour de Laval à la tête du gouvernement
16-17 juillet 1942Rafle du Vél' d’Hiv à Paris
11 novembre 1942Invasion de la zone libre par les Allemands
30 janvier 1943Création de la Milice
16 février 1943Service du travail obligatoire (STO)
25 août 1944Libération de Paris
Août – septembre 1944Pétain et Laval emmenés à Sigmaringen (Allemagne)
Août 1945Pétain condamné à mort, peine commuée en détention à vie

La naissance du régime

La défaite et l’armistice

L’offensive allemande de mai 1940 entraîne l’effondrement de l’armée française et l’exode de millions de civils. Le président du Conseil Paul Reynaud, partisan de continuer la guerre depuis l’Empire, démissionne le 16 juin ; le président Albert Lebrun appelle le maréchal Pétain, 84 ans, vainqueur de Verdun, qui demande l’armistice. Signé le 22 juin 1940 à Rethondes, il prévoit :

  • la division du pays par une ligne de démarcation entre une zone occupée (Nord, Ouest et côte atlantique, 55 % du territoire) et une zone libre au sud ;
  • l’annexion de fait de l'Alsace-Moselle ;
  • la démobilisation de l’armée, réduite à 100 000 hommes ;
  • le maintien en captivité de près de 1,8 million de prisonniers de guerre ;
  • le paiement d’énormes frais d’occupation.

Le 10 juillet 1940

Réuni au Grand Casino de Vichy, le Parlement de la IIIe République vote les pleins pouvoirs à Pétain par 569 voix contre 80 pour promulguer une nouvelle constitution, qui ne verra jamais le jour. Par des « actes constitutionnels », Pétain se proclame dès le 11 juillet chef de l’État français, cumulant pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Le Parlement est ajourné. Le mot « République » disparaît.

La Révolution nationale

Pétain veut régénérer la France, dont il attribue la défaite à l'« esprit de jouissance », à la démocratie et à l’école laïque. La devise « Travail, Famille, Patrie » remplace « Liberté, Égalité, Fraternité ».

  • Autoritarisme : suppression des élections, des syndicats et des partis, maires nommés dans les villes, culte de la personnalité du Maréchal (« Maréchal, nous voilà ! »).
  • Exclusion : lois contre les francs-maçons, les étrangers, les communistes et surtout les Juifs ; révision des naturalisations.
  • Valeurs traditionnelles : retour à la terre, encouragement de la natalité, place de la femme au foyer, aide à l’enseignement catholique.
  • Jeunesse : Chantiers de la jeunesse, Compagnons de France.
  • Corporatisme : Charte du travail (1941).

Le régime est d’abord soutenu par une large partie de la population, choquée par la défaite et attachée au vainqueur de Verdun, mais ce soutien s’érode à partir de 1942.

La collaboration

Après l’entrevue de Montoire avec Hitler (24 octobre 1940), Pétain annonce le 30 octobre : « J’entre aujourd’hui dans la voie de la collaboration. » Le régime espère obtenir une place dans l’Europe allemande, le retour des prisonniers et l’allègement de l’occupation. Les gouvernements de Pierre Laval (1940, puis 1942-1944) et de l’amiral Darlan (1941-1942) multiplient les concessions :

  • Collaboration économique : livraisons de matières premières et de produits agricoles, frais d’occupation, Relève (1942) puis Service du travail obligatoire (STO, février 1943), qui envoie environ 600 000 travailleurs en Allemagne.
  • Collaboration policière : la police française arrête Juifs et résistants ; accords Bousquet-Oberg (été 1942).
  • Collaboration militaire : mise à disposition des aéroports de Syrie aux Allemands (1941) ; création de la Milice de Joseph Darnand (1943) pour traquer les résistants.

À Paris, des « collaborationnistes » plus radicaux (Doriot, Déat) réclament un engagement total aux côtés du Reich ; certains forment la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF).

La persécution des Juifs

Sans demande allemande, Vichy adopte le premier statut des Juifs (3 octobre 1940), qui les exclut de la fonction publique, de l’enseignement, de la presse et de nombreuses professions. La loi du 4 octobre 1940 permet l’internement des Juifs étrangers dans des camps (Gurs, Rivesaltes, Le Vernet). Le Commissariat général aux questions juives (mars 1941) organise la spoliation (« aryanisation » des biens).

À partir de 1942, Vichy accepte de livrer les Juifs aux nazis pour la « solution finale » (voir Shoah). Les 16 et 17 juillet 1942, la rafle du Vél' d’Hiv, menée par la police française à Paris, arrête 13 152 personnes, dont plus de 4 000 enfants. En août 1942, des Juifs étrangers de zone libre sont livrés. Au total, environ 75 000 Juifs sont déportés de France, principalement depuis le camp de Drancy vers Auschwitz ; environ 2 500 seulement survivent. Les trois quarts des Juifs de France ont toutefois survécu, notamment grâce à l’aide de nombreux Français, dont plus de 4 000 ont été reconnus « Justes parmi les nations ».

La fin du régime

Le débarquement allié en Afrique du Nord (8 novembre 1942) entraîne l'invasion de la zone libre par les Allemands (11 novembre) et le sabordage de la flotte à Toulon (27 novembre). Vichy perd sa dernière parcelle d’autonomie. La Résistance se renforce, notamment grâce aux réfractaires au STO qui rejoignent les maquis. Après le débarquement de Normandie et la Libération, Pétain et Laval sont emmenés par les Allemands à Sigmaringen, en août 1944.

À la Libération, le Gouvernement provisoire du général de Gaulle déclare nuls les actes de Vichy (ordonnance du 9 août 1944). Pétain est condamné à mort par la Haute Cour de justice en août 1945 ; de Gaulle commue sa peine en détention à perpétuité, et il meurt à l’île d’Yeu en 1951. Laval est fusillé en octobre 1945.

Mémoire de Vichy

Longtemps, la mémoire résistancialiste a présenté Vichy comme une parenthèse imposée. Les travaux de l’historien américain Robert Paxton (La France de Vichy, 1973) ont montré que la collaboration avait été recherchée par le régime lui-même. Le 16 juillet 1995, le président Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de l’État français dans la déportation des Juifs. Des procès tardifs ont jugé Paul Touvier (1994) et Maurice Papon (1998) pour complicité de crimes contre l’humanité.

Questions fréquentes

Pourquoi le régime s’appelle-t-il « de Vichy » ?

Parce que le gouvernement s’installe à Vichy, dans l’Allier, en juillet 1940. La ville, en zone libre, possédait de nombreux hôtels pouvant accueillir les ministères. Paris était en zone occupée.

Quelle est la différence entre collaboration et collaborationnisme ?

La collaboration désigne la politique d’État menée par Vichy avec l’occupant. Le collaborationnisme désigne l’engagement idéologique de partisans du nazisme, souvent installés à Paris, qui réclamaient une alliance totale avec l’Allemagne.

Combien de Juifs ont été déportés de France ?

Environ 75 000, dont 11 000 enfants, entre 1942 et 1944. Seuls environ 2 500 sont revenus.

Il est issu d’un vote du Parlement, mais le Gouvernement provisoire a affirmé en 1944 que la République n’avait jamais cessé d’exister et que les actes de Vichy étaient nuls. Le Conseil d’État a reconnu en 2009 la responsabilité de l’État dans la déportation.

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