Histoire · XXe siècle
La Première Guerre mondiale
La Première Guerre mondiale oppose de 1914 à 1918 l’Entente (France, Royaume-Uni, Russie, puis Italie et États-Unis) aux Empires centraux (Allemagne, Autriche-Hongrie…). Elle fait environ 18 millions de morts.
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La Première Guerre mondiale, ou Grande Guerre, dure du 28 juillet 1914 (déclaration de guerre de l’Autriche-Hongrie à la Serbie) au 11 novembre 1918 (armistice de Rethondes) ; elle est formellement close par le traité de Versailles du 28 juin 1919 et les traités suivants. Déclenchée par l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, elle oppose deux blocs d’alliances et s’étend aux colonies, aux océans et au Moyen-Orient. Guerre industrielle et de masse, elle mobilise plus de 60 millions de soldats et fait environ 10 millions de morts militaires et près de 9 millions de morts civils. Elle provoque la chute de quatre empires et redessine la carte de l’Europe.
Les dates clés
| Date | Événement |
|---|---|
| 28 juin 1914 | Assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo |
| 28 juillet 1914 | L’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie |
| 1er août 1914 | L’Allemagne déclare la guerre à la Russie ; mobilisation générale en France |
| 3 août 1914 | L’Allemagne déclare la guerre à la France |
| 4 août 1914 | Invasion de la Belgique ; le Royaume-Uni entre en guerre |
| 6-12 septembre 1914 | Première bataille de la Marne |
| Novembre 1914 | Entrée en guerre de l’Empire ottoman ; front stabilisé de la mer du Nord à la Suisse |
| 22 avril 1915 | Première attaque massive aux gaz à Ypres |
| 25 avril 1915 | Débarquement allié aux Dardanelles (Gallipoli) |
| 7 mai 1915 | Naufrage du Lusitania |
| 23 mai 1915 | L’Italie entre en guerre aux côtés de l’Entente |
| 21 février – 18 décembre 1916 | Bataille de Verdun |
| 1er juillet – 18 novembre 1916 | Bataille de la Somme |
| 1er février 1917 | Reprise de la guerre sous-marine à outrance |
| Mars 1917 | Révolution de Février en Russie, abdication du tsar |
| 6 avril 1917 | Les États-Unis déclarent la guerre à l’Allemagne |
| 16 avril 1917 | Offensive du Chemin des Dames |
| Mai-juin 1917 | Mutineries dans l’armée française |
| 7 novembre 1917 | Révolution bolchevique (d’Octobre) |
| 3 mars 1918 | Traité de Brest-Litovsk : la Russie sort de la guerre |
| Mars-juillet 1918 | Offensives allemandes du printemps |
| 15 juillet – 6 août 1918 | Seconde bataille de la Marne |
| 8 août 1918 | Offensive d’Amiens, « jour de deuil de l’armée allemande » |
| 9 novembre 1918 | Abdication de Guillaume II, proclamation de la République en Allemagne |
| 11 novembre 1918 | Armistice signé à Rethondes |
| 28 juin 1919 | Traité de Versailles |
Les causes de la guerre
Les causes profondes
- Rivalités entre grandes puissances : la France veut récupérer l’Alsace-Moselle perdue en 1871 ; le Royaume-Uni s’inquiète de la flotte de guerre allemande ; l’Allemagne, puissance industrielle montante, réclame sa « place au soleil ».
- Nationalismes : en Europe centrale et dans les Balkans, les peuples slaves aspirent à l’indépendance ; la Serbie, soutenue par la Russie, entend unir les Slaves du Sud, ce que l’Autriche-Hongrie considère comme une menace existentielle.
- Rivalités coloniales : crises marocaines de 1905 et 1911 entre la France et l’Allemagne.
- Course aux armements : allongement du service militaire (loi des trois ans en France, 1913), plans de guerre offensifs (plan Schlieffen allemand, plan XVII français).
- Système d’alliances : la Triple-Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie, 1882) fait face à la Triple-Entente (France, Russie, Royaume-Uni, constituée entre 1892 et 1907).
L’élément déclencheur : Sarajevo
Le 28 juin 1914, l’héritier du trône austro-hongrois, François-Ferdinand, et son épouse sont assassinés à Sarajevo (Bosnie, annexée par l’Autriche-Hongrie en 1908) par Gavrilo Princip, un nationaliste bosno-serbe lié à l’organisation serbe de la Main noire. Soutenue par l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie adresse à la Serbie un ultimatum le 23 juillet, puis lui déclare la guerre le 28 juillet. Le jeu des alliances fait basculer l’Europe en une semaine : mobilisation russe, déclarations de guerre allemandes à la Russie (1er août) et à la France (3 août), violation de la neutralité belge, entrée en guerre du Royaume-Uni (4 août).
Les deux camps
| Alliés (Entente) | Empires centraux |
|---|---|
| France et son empire colonial | Allemagne |
| Royaume-Uni et dominions (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Inde) | Autriche-Hongrie |
| Russie (jusqu’en mars 1918) | Empire ottoman (novembre 1914) |
| Serbie, Belgique | Bulgarie (octobre 1915) |
| Japon (août 1914) | |
| Italie (mai 1915), Roumanie (1916) | |
| États-Unis (avril 1917, en tant qu'« associés »), Grèce, Brésil… |
L’Italie, membre de la Triple-Alliance, reste neutre en 1914 puis rejoint l’Entente par le traité de Londres (1915), qui lui promet des territoires autrichiens.
Le déroulement de la guerre
1914 : la guerre de mouvement
L’Allemagne applique le plan Schlieffen : envahir la France par la Belgique pour la vaincre rapidement avant de se retourner contre la Russie. Les Français subissent de lourdes pertes dans la bataille des frontières (le 22 août 1914 est le jour le plus meurtrier de l’histoire de l’armée française, avec environ 27 000 tués). Les Allemands approchent de Paris, mais la contre-offensive de Joffre sur la Marne (6-12 septembre) les arrête ; les « taxis de la Marne » transportent quelques milliers de soldats vers le front. À l’Est, les Allemands écrasent les Russes à Tannenberg (fin août). Après la « course à la mer », le front se fige à l’automne sur environ 700 km, de la mer du Nord à la Suisse.
1915-1917 : la guerre de position
Les armées s’enterrent dans des tranchées. Les offensives, précédées de bombardements massifs, gagnent rarement plus de quelques kilomètres au prix de pertes énormes. Les poilus vivent dans la boue, le froid, les rats, sous la menace permanente des obus, qui causent la majorité des blessures. De nouvelles armes apparaissent : gaz de combat (Ypres, 1915), lance-flammes, chars (britanniques sur la Somme en 1916, français en 1917), aviation, sous-marins.
- Verdun (21 février – 18 décembre 1916) : l’offensive allemande vise à « saigner » l’armée française. La défense, organisée par Pétain puis Nivelle, s’appuie sur la « Voie sacrée » qui relie Bar-le-Duc à Verdun. La bataille fait environ 300 000 morts au total, français et allemands, et devient le symbole de la résistance française.
- La Somme (juillet – novembre 1916) : offensive franco-britannique ; le 1er juillet, l’armée britannique perd environ 19 000 tués en une journée. La bataille fait plus d’un million de victimes (tués, blessés, disparus, prisonniers) pour quelques kilomètres gagnés.
- Le Chemin des Dames (avril 1917) : l’échec de l’offensive Nivelle provoque des mutineries dans près de la moitié des divisions françaises. Pétain, nouveau commandant en chef, réprime (environ 3 400 condamnations, dont une cinquantaine d’exécutions effectives) tout en améliorant les conditions des soldats.
Ailleurs, la guerre est aussi mondiale : expédition des Dardanelles (1915-1916), fronts italien, balkanique et moyen-oriental, combats en Afrique, guerre navale (bataille du Jutland, 1916).
1917 : l’année du tournant
Deux événements bouleversent l’équilibre. La guerre sous-marine à outrance et le télégramme Zimmermann décident les États-Unis du président Wilson à entrer en guerre (6 avril 1917). À l’Est, la révolution russe aboutit à la prise du pouvoir par les bolcheviks, qui signent avec l’Allemagne le traité de Brest-Litovsk (3 mars 1918).
1918 : le retour de la guerre de mouvement et la victoire alliée
Libérée du front russe, l’Allemagne lance au printemps 1918 une série d’offensives qui la ramènent sur la Marne. Les Alliés, sous le commandement unique du général Foch (nommé en mars-avril 1918), renforcés par les troupes américaines et les chars, contre-attaquent à partir de juillet. L’Allemagne, épuisée par le blocus, voit ses alliés capituler un à un (Bulgarie, Empire ottoman, Autriche-Hongrie). Guillaume II abdique le 9 novembre ; l'armistice est signé le 11 novembre 1918 à 5 h 15 dans un wagon, en forêt de Compiègne, près de Rethondes, et entre en vigueur à 11 heures.
Une guerre totale
La Grande Guerre mobilise toutes les ressources des pays belligérants :
- Économie de guerre : les usines sont reconverties dans l’armement ; l’État dirige la production et emprunte massivement.
- Rôle des femmes : elles remplacent les hommes dans les champs et les usines (les « munitionnettes »).
- Empires coloniaux : la France mobilise environ 600 000 soldats coloniaux, dont les tirailleurs sénégalais, et des travailleurs.
- Propagande et censure : « bourrage de crâne », contrôle de la presse et du courrier.
- Violences contre les civils : occupation du Nord de la France et de la Belgique, déportations et, surtout, génocide des Arméniens perpétré par le gouvernement ottoman à partir d’avril 1915, qui fait entre 1 et 1,5 million de victimes selon les estimations.
Le bilan de la guerre
Un bilan humain sans précédent
| Pays | Morts militaires (ordre de grandeur) |
|---|---|
| Allemagne | environ 2 millions |
| Russie | entre 1,7 et 2 millions |
| France | environ 1,4 million |
| Autriche-Hongrie | environ 1,1 million |
| Empire britannique | près de 1 million |
| Italie | environ 650 000 |
| Empire ottoman | plus de 700 000 |
| États-Unis | environ 117 000 |
La France perd environ 1,4 million de soldats, soit environ 10 % de sa population active masculine, et compte plus de 4 millions de blessés, dont des centaines de milliers de mutilés et de « gueules cassées ». La guerre laisse en France environ 600 000 veuves et près d’un million d’orphelins. La pandémie de grippe espagnole (1918-1919), distincte de la guerre mais favorisée par les mouvements de troupes, tue ensuite des dizaines de millions de personnes dans le monde.
Les conséquences politiques
- Disparition de quatre empires : russe, allemand, austro-hongrois et ottoman.
- Nouvelle carte de l’Europe : naissance ou renaissance de la Pologne, de la Tchécoslovaquie, du royaume des Serbes, Croates et Slovènes (future Yougoslavie), des États baltes ; l’Alsace-Moselle revient à la France.
- Traités de paix : Versailles avec l’Allemagne (1919), Saint-Germain-en-Laye avec l’Autriche (1919), Neuilly avec la Bulgarie (1919), Trianon avec la Hongrie (1920), Sèvres avec l’Empire ottoman (1920), remplacé par Lausanne (1923).
- Société des Nations (SDN), créée en 1919-1920 pour garantir la paix, mais sans les États-Unis.
- Mandats franco-britanniques au Proche-Orient (Syrie, Liban, Irak, Palestine).
- Révolution bolchevique et naissance de l’URSS (1922).
Les conséquences économiques et morales
L’Europe sort ruinée et endettée, principalement envers les États-Unis, qui deviennent la première puissance économique. Le Nord-Est de la France est dévasté. Le pacifisme se développe (« plus jamais ça »), en même temps que le culte des anciens combattants : en France, presque chaque commune érige un monument aux morts, et le Soldat inconnu est inhumé sous l’Arc de triomphe le 28 janvier 1921. Les frustrations nées des traités, en Allemagne et en Italie, nourrissent la montée des totalitarismes et préparent la Seconde Guerre mondiale.
Questions fréquentes
Pourquoi le 11 novembre est-il férié en France ?
Le 11 novembre commémore l’armistice de 1918. Il est jour férié depuis la loi du 24 octobre 1922. Depuis 2012, il rend hommage à tous les morts pour la France.
Combien de temps a duré la Première Guerre mondiale ?
Un peu plus de quatre ans : du 28 juillet 1914 au 11 novembre 1918. Les combats cessent sur le front occidental à 11 heures le 11 novembre.
Qui a gagné la Première Guerre mondiale ?
Les Alliés : France, Royaume-Uni, Italie, États-Unis et leurs partenaires. L’Allemagne et ses alliés ont été vaincus, mais la Russie, alliée en 1914, s’est retirée du conflit en 1918.
Pourquoi parle-t-on de « poilus » ?
C’est le surnom familier donné aux soldats français. Le mot désignait déjà dans l’argot militaire un homme courageux ; il évoque aussi la barbe et la moustache que portaient de nombreux soldats au front.
Quelle a été la bataille la plus meurtrière ?
La bataille de la Somme (1916) est la plus meurtrière en nombre total de victimes, avec plus d’un million de tués, blessés et disparus. Verdun, la plus longue, reste la plus emblématique pour la France.