Histoire · XXe siècle
La Nuit de cristal
La Nuit de cristal est un pogrom organisé par le régime nazi dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938 : synagogues incendiées, magasins juifs saccagés, au moins 91 morts et 30 000 hommes juifs envoyés en camp.
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La Nuit de cristal (Kristallnacht en allemand) désigne les violences antisémites déclenchées dans toute l’Allemagne nazie, en Autriche annexée et dans les Sudètes dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938. Le nom fait référence aux éclats de verre des vitrines brisées qui jonchaient les rues. Présentée par la propagande comme une colère spontanée du peuple, elle est en réalité organisée par le parti nazi, les SA et les SS. Elle marque un tournant dans la persécution des Juifs par le nazisme : on passe de l’exclusion légale à la violence physique de masse, quelques années avant la Shoah.
Le contexte
Depuis 1933, les Juifs d’Allemagne subissent une persécution croissante : boycott des commerces (avril 1933), exclusion de la fonction publique, lois de Nuremberg (1935) qui leur retirent la citoyenneté. En 1938, la pression s’accentue : recensement des biens juifs, « aryanisation » des entreprises. Fin octobre 1938, environ 17 000 Juifs de nationalité polonaise vivant en Allemagne sont expulsés brutalement vers la frontière polonaise.
L’élément déclencheur
Le 7 novembre 1938, à Paris, Herschel Grynszpan, jeune Juif de 17 ans dont la famille fait partie des expulsés, tire sur un diplomate allemand de l’ambassade, Ernst vom Rath. Celui-ci meurt le 9 novembre. Le soir même, à Munich, où les dirigeants nazis commémorent le putsch de 1923, Joseph Goebbels, avec l’accord d’Hitler, appelle à des représailles. Les ordres partent aussitôt vers les sections du parti et de la police.
Le déroulement
Dans la nuit et la journée du 10 novembre, des membres des SA, des SS et des Jeunesses hitlériennes, souvent en civil, et des habitants qui se joignent à eux :
- incendient ou détruisent plus de 1 000 synagogues (le chiffre souvent cité est d’environ 1 400 synagogues et lieux de prière endommagés ou détruits) ;
- saccagent et pillent environ 7 500 commerces juifs ;
- dévastent des logements, des cimetières, des écoles ;
- frappent, humilient et tuent des Juifs.
Les pompiers ont ordre de laisser brûler les synagogues et de ne protéger que les bâtiments voisins non juifs. La police n’intervient pas.
Le bilan
| Bilan | Chiffres |
|---|---|
| Morts | au moins 91 selon le bilan officiel nazi ; plusieurs centaines si l’on compte les suicides et les morts en détention |
| Arrestations | environ 30 000 hommes juifs envoyés dans les camps de Dachau, Buchenwald et Sachsenhausen |
| Synagogues | plus d’un millier incendiées ou détruites |
| Commerces | environ 7 500 détruits ou pillés |
Beaucoup de prisonniers sont libérés dans les semaines suivantes à condition de quitter l’Allemagne et de céder leurs biens ; des centaines meurent dans les camps.
Les conséquences
Le régime fait payer les victimes : la communauté juive doit verser une « amende » collective d'un milliard de Reichsmarks et réparer elle-même les dégâts ; les indemnités des assurances sont confisquées par l’État. Dans les semaines suivantes, les Juifs sont exclus de l’économie, des écoles, des cinémas et des théâtres.
L’émigration s’accélère, mais beaucoup de pays ferment leurs portes : quelques mois plus tôt, la conférence d’Évian (juillet 1938) avait montré le refus de la plupart des États d’accueillir davantage de réfugiés. Le Royaume-Uni accepte toutefois environ 10 000 enfants juifs, principalement sans leurs parents, grâce au Kindertransport. À l’étranger, les démocraties condamnent la violence ; les États-Unis rappellent leur ambassadeur, sans prendre de mesure décisive.
Exercice corrigé
Question : expliquez pourquoi la Nuit de cristal n’est pas une violence spontanée.
Réponse : l’assassinat de vom Rath sert de prétexte ; les ordres viennent de Goebbels avec l’accord d’Hitler, sont transmis par le parti et la police ; les SA et SS agissent dans tout le pays la même nuit ; les pompiers et la police reçoivent des consignes de ne pas intervenir.
Questions fréquentes
Pourquoi l’appelle-t-on « Nuit de cristal » ?
À cause des débris de verre des vitrines et fenêtres brisées. En Allemagne, on préfère aujourd’hui souvent parler de « pogroms de novembre 1938 », jugeant l’expression nazie trop poétique.
Où s’est déroulée la Nuit de cristal ?
Dans toute l’Allemagne, ainsi qu’en Autriche, annexée en mars 1938, et dans les Sudètes, annexées en octobre 1938.
Qu’est-il arrivé à Herschel Grynszpan ?
Arrêté en France, il est livré aux Allemands en 1940. Son sort exact est inconnu ; il est presque certainement mort en détention pendant la guerre.