Histoire · XXe siècle
Le projet Manhattan
Le projet Manhattan est le programme secret des États-Unis, avec le Royaume-Uni et le Canada, qui met au point la bombe atomique entre 1942 et 1945. Il aboutit à l’essai Trinity puis aux bombardements d’Hiroshima et Nagasaki.
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Le projet Manhattan est le nom de code du programme militaire et scientifique qui a permis aux États-Unis de fabriquer les premières bombes atomiques pendant la Seconde Guerre mondiale. Lancé officiellement en 1942, dirigé par le général Leslie Groves et, pour la partie scientifique, par le physicien J. Robert Oppenheimer, il mobilise environ 130 000 personnes et coûte environ 2 milliards de dollars de l’époque. Le premier essai nucléaire, Trinity, a lieu le 16 juillet 1945 au Nouveau-Mexique ; trois semaines plus tard, les bombes détruisent Hiroshima et Nagasaki.
Les origines
En décembre 1938, les chimistes allemands Otto Hahn et Fritz Strassmann découvrent la fission de l’uranium ; Lise Meitner et Otto Frisch en donnent l’explication. Les physiciens comprennent qu’une réaction en chaîne pourrait libérer une énergie énorme (voir fission et fusion nucléaire).
Inquiets à l’idée que l’Allemagne nazie fabrique une telle arme, les physiciens Leó Szilárd et Eugene Wigner font signer à Albert Einstein une lettre au président Franklin Roosevelt, datée du 2 août 1939. Roosevelt crée un comité sur l’uranium, aux moyens d’abord modestes. Les travaux britanniques (rapport MAUD, 1941) montrent qu’une bombe est réalisable. Après Pearl Harbor, l’effort change d’échelle : l’armée prend la direction du projet en septembre 1942.
Pourquoi « Manhattan » ?
Le nom vient du district du génie de Manhattan (Manhattan Engineer District), dont les premiers bureaux se trouvaient à New York. Le travail se déroule en réalité sur plusieurs dizaines de sites aux États-Unis et au Canada.
Les principaux sites
| Site | Rôle |
|---|---|
| Chicago | Première réaction en chaîne contrôlée, pile CP-1 d’Enrico Fermi, 2 décembre 1942 |
| Oak Ridge (Tennessee) | Enrichissement de l’uranium 235 |
| Hanford (État de Washington) | Production de plutonium dans des réacteurs |
| Los Alamos (Nouveau-Mexique) | Laboratoire secret de conception des bombes, dirigé par Oppenheimer |
| Canada (Montréal, Chalk River) | Laboratoire anglo-canadien sur l’eau lourde et les réacteurs |
De nombreux savants européens réfugiés y participent : Enrico Fermi, Hans Bethe, Edward Teller, Niels Bohr, et des Britanniques dans le cadre de l’accord de Québec (1943). Le secret est total : les familles de Los Alamos ignorent ce qu’on y fabrique. Pourtant, des espions comme le physicien Klaus Fuchs transmettent des informations à l’URSS.
Deux types de bombes
| « Little Boy » | « Fat Man » | |
|---|---|---|
| Matière fissile | Uranium 235 | Plutonium 239 |
| Principe | Canon : une masse d’uranium projetée sur une autre | Implosion : explosifs qui compriment une sphère de plutonium |
| Essai préalable | Aucun, principe jugé sûr | Essai Trinity (16 juillet 1945) |
| Utilisation | Hiroshima, 6 août 1945 | Nagasaki, 9 août 1945 |
L’essai Trinity
Le 16 juillet 1945 à 5 h 29, près d’Alamogordo, dans le désert du Nouveau-Mexique, la première bombe au plutonium explose avec une puissance d’environ 20 kilotonnes de TNT. Oppenheimer dira plus tard avoir pensé à un vers de la Bhagavad-Gita : « Je suis devenu la Mort, le destructeur des mondes. » Le président Truman, qui a succédé à Roosevelt en avril, en est informé pendant la conférence de Potsdam.
La décision de bombarder le Japon
L’Allemagne a capitulé le 8 mai 1945 ; on découvre d’ailleurs que son programme nucléaire était loin d’aboutir. La bombe est donc utilisée contre le Japon, qui refuse de capituler. Truman justifie la décision par la volonté d’éviter un débarquement très meurtrier. Des scientifiques, comme ceux du rapport Franck (juin 1945), proposaient plutôt une démonstration. Les historiens débattent encore du poids des autres motifs, notamment impressionner l’URSS. Le Japon capitule le 15 août 1945 (signature le 2 septembre).
Les conséquences
- L’entrée dans l’ère nucléaire : l’URSS teste sa propre bombe dès août 1949, grâce aussi à l’espionnage ; le Royaume-Uni en 1952, la France en 1960, la Chine en 1964.
- La course aux armements de la guerre froide, avec la bombe H (1952 aux États-Unis) et l’équilibre de la terreur.
- La « big science » : de grands programmes de recherche financés par l’État, qui mèneront aussi au nucléaire civil.
- Des débats éthiques : Oppenheimer s’oppose ensuite à la bombe H ; son habilitation de sécurité lui est retirée en 1954.
Questions fréquentes
Qui a inventé la bombe atomique ?
Personne seul : elle est le résultat du travail collectif de milliers de scientifiques et d’ingénieurs du projet Manhattan, dirigé scientifiquement par J. Robert Oppenheimer.
Einstein a-t-il participé au projet Manhattan ?
Non. Il a signé la lettre de 1939 qui alertait Roosevelt, mais il n’a pas travaillé sur la bombe ; les services de sécurité ne lui ont pas accordé d’habilitation.
Combien a coûté le projet Manhattan ?
Environ 2 milliards de dollars de l’époque, soit plusieurs dizaines de milliards de dollars actuels.