Histoire · XXe siècle
La guerre d’Espagne
La guerre d’Espagne (1936-1939) oppose la République aux militaires nationalistes du général Franco. Aidés par l’Italie fasciste et l’Allemagne nazie, ceux-ci instaurent une dictature jusqu’en 1975.
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La guerre civile espagnole commence par le soulèvement militaire des 17 et 18 juillet 1936 contre le gouvernement de Front populaire élu en février. Le coup d’État échoue dans une partie du pays, et l'Espagne se coupe en deux camps : les républicains (ou loyalistes) et les nationalistes (ou franquistes). Pendant près de trois ans, la guerre mobilise l’opinion de toute l’Europe et sert de terrain d’essai aux armes et aux méthodes de la Seconde Guerre mondiale. Elle s’achève le 1er avril 1939 par la victoire du général Francisco Franco.
Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 14 avril 1931 | Proclamation de la Seconde République ; départ du roi Alphonse XIII |
| Octobre 1934 | Révolution des Asturies, écrasée par l’armée |
| 16 février 1936 | Victoire électorale du Front populaire |
| 17-18 juillet 1936 | Soulèvement militaire au Maroc espagnol puis en métropole |
| Août 1936 | Pacte de non-intervention, signé par 27 pays |
| 1er octobre 1936 | Franco proclamé chef de l’État et généralissime à Burgos |
| Novembre 1936 | Échec des nationalistes devant Madrid ; arrivée des Brigades internationales |
| Février-mars 1937 | Batailles du Jarama et de Guadalajara |
| 26 avril 1937 | Bombardement de Guernica |
| Mai 1937 | Combats entre républicains à Barcelone |
| Juillet-novembre 1938 | Bataille de l’Èbre, la plus longue de la guerre |
| 26 janvier 1939 | Prise de Barcelone ; début de la Retirada |
| 28 mars 1939 | Entrée des nationalistes à Madrid |
| 1er avril 1939 | Franco annonce la fin de la guerre |
Les causes
- Une république contestée : proclamée en 1931, la Seconde République entreprend des réformes (réforme agraire, séparation de l’Église et de l’État, autonomie de la Catalogne, réforme de l’armée, vote des femmes en 1931) qui heurtent les grands propriétaires, l’Église et une partie de l’armée, tout en décevant les ouvriers et paysans les plus radicaux.
- Une société polarisée : forte agitation sociale, grèves, occupations de terres, incendies d’églises, attentats et assassinats politiques des deux côtés. L’assassinat du dirigeant monarchiste José Calvo Sotelo, le 13 juillet 1936, précipite le coup d’État.
- Le contexte européen : montée des fascismes en Italie et en Allemagne, et des fronts populaires antifascistes en France et en Espagne (voir montée des totalitarismes).
Deux Espagnes face à face
| Républicains | Nationalistes | |
|---|---|---|
| Composantes | Républicains de gauche, socialistes, communistes, anarchistes (CNT-FAI), marxistes antistaliniens (POUM), nationalistes basques et catalans | Militaires, phalangistes (fascistes), monarchistes, carlistes, catholiques conservateurs |
| Chefs | Manuel Azaña (président), Francisco Largo Caballero puis Juan Negrín (chefs du gouvernement) | Francisco Franco, Emilio Mola (mort en 1937) |
| Territoires initiaux | Madrid, Catalogne, Pays basque, Levant, une partie de l’Andalousie | Galice, Castille-et-León, Navarre, Séville, Maroc espagnol, Baléares (sauf Minorque) |
| Soutiens étrangers | URSS, Mexique, Brigades internationales | Italie fasciste, Allemagne nazie, Portugal de Salazar |
L’internationalisation du conflit
Le Royaume-Uni et la France du Front populaire de Léon Blum choisissent la non-intervention (août 1936), par crainte d’une guerre européenne et de divisions intérieures. L’Allemagne et l’Italie signent l’accord mais ne le respectent pas :
- l'Italie de Mussolini envoie un corps expéditionnaire de plusieurs dizaines de milliers de soldats ;
- l'Allemagne envoie la légion Condor, unité aérienne qui expérimente les bombardements de populations civiles ;
- l'URSS livre armes, avions, chars et conseillers à la République, payés avec les réserves d’or de la Banque d’Espagne envoyées à Moscou ;
- les Brigades internationales, recrutées en grande partie par l’Internationale communiste, réunissent environ 35 000 volontaires de plus de cinquante pays, dont près de 9 000 Français.
Des écrivains s’engagent ou témoignent : George Orwell (Hommage à la Catalogne), André Malraux, qui commande une escadrille (L’Espoir), Ernest Hemingway (Pour qui sonne le glas).
Guernica
Le 26 avril 1937, jour de marché, la petite ville basque de Guernica, symbole des libertés basques, est bombardée pendant plusieurs heures par la légion Condor et l’aviation italienne. Le nombre de victimes, longtemps discuté, est estimé par les historiens à environ 120 à 300 morts, voire davantage selon certaines sources. La ville est en grande partie détruite par les bombes incendiaires. Picasso en tire une immense toile, Guernica, exposée au pavillon de la République à l’Exposition internationale de Paris en 1937, devenue un symbole universel contre la guerre. Elle est conservée au musée Reina Sofía de Madrid depuis 1992.
Le déroulement
Les nationalistes, avec l’appui des troupes coloniales du Maroc transportées par des avions allemands et italiens, avancent rapidement vers Madrid mais échouent à la prendre en novembre 1936 (« ¡ No pasarán ! », « ils ne passeront pas », slogan de la défense de Madrid). La guerre devient longue. En 1937, Franco conquiert le Pays basque et les Asturies. Le camp républicain est miné par ses divisions : en mai 1937, à Barcelone, les communistes et le gouvernement affrontent les anarchistes et le POUM, dont le dirigeant Andreu Nin est assassiné par des agents soviétiques. En avril 1938, les nationalistes atteignent la Méditerranée et coupent la zone républicaine en deux. La contre-offensive républicaine de l'Èbre (juillet-novembre 1938) se solde par un échec. La Catalogne tombe en janvier 1939, Madrid à la fin mars.
Les violences et le bilan
Les deux camps commettent des massacres : à l’arrière républicain, surtout dans les premiers mois, des milliers de prêtres, de religieux et de suspects de sympathies droitières sont exécutés ; dans la zone nationaliste, la répression est systématique et planifiée, et se poursuit longtemps après la guerre.
| Bilan | Estimation |
|---|---|
| Morts de la guerre (combats, répressions, bombardements) | Environ 500 000 selon les estimations courantes |
| Exécutions dans la zone nationaliste pendant et après la guerre | Plus de 100 000 (estimations des historiens) |
| Exécutions dans la zone républicaine | Environ 50 000 |
| Exilés lors de la Retirada (1939) | Environ 450 000 vers la France |
La Retirada et la dictature
En janvier-février 1939, environ 450 000 réfugiés espagnols, civils et soldats, franchissent les Pyrénées : c’est la Retirada. La France les interne dans des camps improvisés sur les plages du Roussillon (Argelès-sur-Mer, Saint-Cyprien, Le Barcarès), dans des conditions très dures. Beaucoup s’engageront ensuite dans la Résistance ou l’armée française.
Franco instaure une dictature qui dure jusqu’à sa mort, le 20 novembre 1975 : parti unique, répression des opposants, camps de concentration et de travail, censure, catholicisme officiel, suppression des autonomies régionales. L’Espagne reste neutre pendant la Seconde Guerre mondiale, tout en envoyant la « Division bleue » combattre aux côtés des Allemands sur le front de l’Est. Après la mort de Franco, le roi Juan Carlos Ier conduit la transition vers la démocratie (Constitution de 1978).
Questions fréquentes
Qui a gagné la guerre d’Espagne ?
Les nationalistes du général Franco, soutenus par l’Italie et l’Allemagne. La guerre s’achève officiellement le 1er avril 1939.
Pourquoi la France n’est-elle pas intervenue ?
Le gouvernement de Léon Blum craignait une guerre européenne et une guerre civile en France, et suivait la position britannique. Il a choisi la non-intervention, tout en laissant passer ponctuellement des armes au début du conflit.
Que représente Guernica ?
Le tableau de Picasso évoque le bombardement de la ville basque de Guernica par l’aviation allemande et italienne le 26 avril 1937. Il représente la souffrance des civils sous les bombes.
Combien de morts a fait la guerre d’Espagne ?
Les estimations courantes sont d’environ 500 000 morts, à quoi s’ajoutent les exécutions de l’après-guerre et des centaines de milliers d’exilés.