Aller au contenu
connaissance.org

Histoire · XXe siècle

Staline

Joseph Staline (1878-1953) dirige l’URSS de la fin des années 1920 à sa mort. Il impose collectivisation, industrialisation forcée et terreur de masse, et mène le pays à la victoire sur l’Allemagne nazie.

Mis à jour le 5 min de lecture

Iossif Vissarionovitch Djougachvili, dit Staline (« l’homme d’acier »), naît le 18 décembre 1878 à Gori, en Géorgie, alors dans l’Empire russe, et meurt le 5 mars 1953 près de Moscou. Révolutionnaire bolchevik, il succède à Lénine à la tête de l'URSS et y exerce un pouvoir absolu pendant près d’un quart de siècle. Son régime, l’un des grands totalitarismes du XXe siècle (voir montée des totalitarismes), transforme un pays rural en puissance industrielle et militaire, au prix de millions de morts.

Repères chronologiques

DateÉvénement
18 décembre 1878Naissance à Gori (Géorgie)
1894-1899Séminaire orthodoxe de Tiflis (Tbilissi), dont il est exclu
1903-1917Militant bolchevik, plusieurs fois arrêté et exilé en Sibérie
1917Commissaire du peuple aux Nationalités après la révolution d’Octobre
1922Secrétaire général du Parti communiste
1924Mort de Lénine
1927-1929Élimination de Trotski et de l’opposition ; fin de la NEP
1929-1933Collectivisation et premier plan quinquennal
1932-1933Famine en Ukraine, au Kazakhstan et dans d’autres régions
1936-1938Procès de Moscou et Grande Terreur
23 août 1939Pacte germano-soviétique
22 juin 1941Invasion allemande de l’URSS
1942-1943Bataille de Stalingrad
Février 1945Conférence de Yalta
1953« Complot des blouses blanches » ; mort de Staline le 5 mars

De la Géorgie au pouvoir

Fils d’un cordonnier et d’une blanchisseuse, Staline entre au séminaire de Tiflis, où il découvre le marxisme. Il devient un militant clandestin du Parti ouvrier social-démocrate, rallié aux bolcheviks de Lénine, et participe à des « expropriations » (braquages) pour financer le parti. Arrêté à plusieurs reprises, il passe des années en exil en Sibérie.

Après la révolution d’Octobre, il devient commissaire du peuple aux Nationalités. En 1922, il est nommé secrétaire général du Parti, poste administratif qui lui permet de contrôler les nominations. Lénine, malade, met en garde contre lui dans son « testament » (fin 1922-début 1923), le jugeant « trop brutal » et proposant de l’écarter. Le document est tenu secret. Après la mort de Lénine en 1924, Staline s’allie successivement aux uns et aux autres pour éliminer ses rivaux : Trotski, exclu, exilé en 1929 et assassiné au Mexique en 1940 sur son ordre, puis Zinoviev, Kamenev et Boukharine. À la fin des années 1920, il est le seul maître du pays.

La « révolution par en haut »

La collectivisation

À partir de 1929, Staline impose la collectivisation des terres : les paysans doivent rejoindre des fermes collectives (kolkhozes). Les paysans aisés, ou supposés tels, les koulaks, sont « liquidés en tant que classe » : environ 1,8 million de personnes sont déportées en 1930-1931. Les réquisitions de céréales provoquent en 1932-1933 une famine qui fait entre 5 et 7 millions de morts, dont environ 3,5 à 4 millions en Ukraine (voir Holodomor) et environ 1,5 million au Kazakhstan.

L’industrialisation

Les plans quinquennaux (le premier lancé en 1928) donnent la priorité à l’industrie lourde : acier, charbon, électricité, machines, armement. Des villes nouvelles comme Magnitogorsk surgissent. La production industrielle augmente fortement, avec une main-d’œuvre souvent forcée et au détriment de la consommation. La propagande exalte des héros du travail comme le mineur Stakhanov (1935).

La Grande Terreur et le Goulag

Après l’assassinat du dirigeant de Leningrad Sergueï Kirov (décembre 1934), Staline lance une vague de répression. Les procès de Moscou (1936-1938) font condamner d’anciens dirigeants bolcheviks à la suite d’aveux extorqués. En 1937-1938, la Grande Terreur frappe toute la société par quotas d’arrestations : selon les archives du NKVD, environ 1,5 million de personnes sont arrêtées et près de 680 000 exécutées. L’armée est décapitée : trois maréchaux sur cinq sont fusillés.

Le Goulag (Direction principale des camps) devient un immense système de camps de travail forcé. Entre 1930 et 1953, environ 18 millions de personnes y passent ; au moins 1,5 million y meurent selon les archives, davantage selon de nombreux historiens qui incluent les décès survenus peu après la libération. Des peuples entiers sont aussi déportés pendant la guerre (Allemands de la Volga, Tchétchènes, Tatars de Crimée…).

Staline et la guerre

Après les accords de Munich (1938), Staline signe avec Hitler le pacte germano-soviétique (23 août 1939), dont un protocole secret partage l’Europe orientale. L’URSS envahit l’est de la Pologne, attaque la Finlande, annexe les pays baltes et la Bessarabie. En 1940, le NKVD exécute environ 22 000 officiers et notables polonais à Katyn et dans d’autres lieux.

Malgré de nombreux avertissements, Staline est surpris par l'invasion allemande du 22 juin 1941 (opération Barbarossa). Après des défaites catastrophiques, l’Armée rouge arrête les Allemands devant Moscou (décembre 1941), puis à Stalingrad (août 1942-février 1943), tournant de la guerre. Elle avance jusqu’à Berlin en mai 1945. L’URSS perd environ 27 millions de personnes, militaires et civils, pendant la Seconde Guerre mondiale. À Yalta et à Potsdam (1945), Staline négocie avec Roosevelt, Churchill puis Truman le sort de l’Europe.

Après la guerre

Staline impose des régimes communistes en Europe de l’Est ; c’est le début de la guerre froide. L’URSS teste sa première bombe atomique en 1949. À l’intérieur, la répression reprend, avec des campagnes antisémites contre les « cosmopolites » et, en janvier 1953, le prétendu « complot des blouses blanches », accusant des médecins, juifs pour la plupart, de vouloir assassiner les dirigeants. Staline meurt d’une hémorragie cérébrale le 5 mars 1953 dans sa datcha de Kountsevo.

Le bilan

En 1956, Khrouchtchev dénonce une partie de ses crimes dans son rapport secret au XXe congrès. Le corps de Staline est retiré du mausolée de Lénine en 1961, et Stalingrad devient Volgograd. Les historiens estiment, selon ce qu’ils comptent (exécutions, morts au Goulag et en déportation, famines), que les politiques de Staline ont causé la mort de plusieurs millions de personnes, de l’ordre de 6 à 9 millions pour les estimations les plus fondées sur les archives et davantage pour d’autres. Son image reste très disputée en Russie, où une partie de l’opinion le crédite de la victoire de 1945 et de la puissance de l’URSS.

Questions fréquentes

Pourquoi s’appelle-t-il Staline ?

C’est un pseudonyme révolutionnaire adopté vers 1912, formé sur le mot russe stal, « acier ». Son vrai nom est Iossif Djougachvili.

Combien de morts Staline a-t-il causées ?

Il n’existe pas de chiffre unique. Les exécutions, les morts au Goulag et en déportation et les famines provoquées par sa politique représentent plusieurs millions de victimes ; les estimations varient selon les sources et les catégories retenues.

Quelle est la différence entre Lénine et Staline ?

Lénine a fondé le régime soviétique et sa police politique. Staline, son successeur, a radicalisé le système : collectivisation forcée, terreur de masse étendue au Parti lui-même, culte de la personnalité et pouvoir personnel absolu.

Staline était-il russe ?

Non, il était géorgien, né à Gori dans l’Empire russe. Sa langue maternelle était le géorgien ; il parlait russe avec un fort accent.

À lire aussi

XXe siècle : toutes les fiches