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Histoire · XIXe siècle

L’Empire britannique

L’Empire britannique est le plus vaste de l’histoire : vers 1920, il couvre près d’un quart des terres émergées et de la population mondiale. Formé dès le XVIe siècle, il se défait entre 1947 et 1970.

Mis à jour le 5 min de lecture

L'Empire britannique réunit, au fil de quatre siècles, des colonies de peuplement, des comptoirs commerciaux, des protectorats et des territoires sous mandat sur tous les continents. On disait qu’il était « l’empire sur lequel le soleil ne se couche jamais ». Sa puissance repose sur la domination des mers par la Royal Navy, sur l’avance industrielle du Royaume-Uni et sur un réseau financier centré sur Londres. Il laisse un héritage considérable, de la diffusion de la langue anglaise aux frontières de nombreux États, mais aussi une mémoire de violences et d’exploitation.

Les grandes étapes

PériodeÉtape
1583-1607Revendication de Terre-Neuve ; fondation de Jamestown (Virginie), première colonie permanente
XVIIe siècleColonies d’Amérique du Nord et des Antilles (Barbade, Jamaïque) ; Compagnie des Indes orientales (1600)
1707Union de l’Angleterre et de l’Écosse : Grande-Bretagne
1757Victoire de Plassey : début de la domination sur le Bengale
1763Traité de Paris : la Grande-Bretagne obtient le Canada et l’essentiel des possessions françaises en Inde
1776-1783Indépendance des Treize Colonies
1788Premiers bagnards débarqués en Australie
1815Après Napoléon, domination maritime incontestée
1833Abolition de l’esclavage dans l’empire (effective à partir de 1834)
1858L’Inde passe sous l’autorité directe de la Couronne
1867Le Canada devient le premier dominion
1876Victoria proclamée impératrice des Indes
1899-1902Guerre des Boers en Afrique du Sud
1919-1922Mandats sur la Palestine, l’Irak, la Transjordanie ; extension maximale
1931Statut de Westminster : autonomie complète des dominions
1947Indépendance de l’Inde et du Pakistan
1956Crise de Suez
1997Rétrocession de Hong Kong à la Chine

Le premier Empire : l’Atlantique

Au XVIIe et au XVIIIe siècle, l’empire est d’abord atlantique : colonies de peuplement d’Amérique du Nord et îles à sucre des Antilles, cultivées par des esclaves africains. Au XVIIIe siècle, la Grande-Bretagne est la première puissance de la traite négrière. Victorieuse de la France lors de la guerre de Sept Ans (1756-1763), elle s’empare du Canada. Mais les Treize Colonies se révoltent contre les impôts décidés à Londres et proclament leur indépendance en 1776 (voir révolution américaine).

Le second Empire : l’Inde au centre

L’empire se tourne alors vers l’Asie. La Compagnie des Indes orientales, société commerciale dotée d’une armée, conquiert progressivement le sous-continent à partir de la victoire de Plassey (1757), sur les ruines de l'Empire moghol. Après la révolte des Cipayes (1857-1858), écrasée avec une grande brutalité, la Compagnie est dissoute et l’Inde passe sous l’autorité directe de la Couronne : c’est le Raj britannique, administré par un vice-roi. L’Inde, « joyau de la Couronne », fournit coton, thé, jute, soldats et marchés pour les produits britanniques.

Pour protéger la route des Indes, les Britanniques contrôlent des points stratégiques : Gibraltar, Malte, Le Cap, Aden, Singapour (1819), puis le canal de Suez, dont ils achètent les actions égyptiennes en 1875 avant d’occuper l’Égypte en 1882.

L’apogée victorien

Sous le règne de Victoria (1837-1901), le Royaume-Uni est l'« atelier du monde » (révolution industrielle) et sa monnaie, la livre sterling, domine les échanges. L’empire s’étend :

  • en Asie : Birmanie, Malaisie, Hong Kong (après les guerres de l’opium) ;
  • en Océanie : Australie, Nouvelle-Zélande (traité de Waitangi avec les Maoris, 1840), Fidji ;
  • en Afrique, lors de la course au continent après la conférence de Berlin : Égypte, Soudan, Nigeria, Gold Coast, Kenya, Ouganda, Rhodésie, Afrique du Sud. L’homme d’affaires Cecil Rhodes rêve d’une ligne britannique « du Cap au Caire ».

La justification idéologique est celle d’une mission civilisatrice, que l’écrivain Rudyard Kipling résume en 1899 dans le poème « Le fardeau de l’homme blanc ».

Les violences de l’empire

L’empire se construit et se maintient aussi par la force : guerres contre les Zoulous (1879) et les Boers (1899-1902), où les Britanniques internent les civils dans des camps de concentration où meurent plus de 26 000 femmes et enfants boers et de nombreux Africains ; famines aggravées par la politique coloniale en Inde (1876-1878, Bengale en 1943) et en Irlande (Grande Famine de 1845-1849) ; massacre d’Amritsar en 1919, où l’armée tire sur une foule désarmée ; répression des Mau Mau au Kenya dans les années 1950.

Le déclin et la décolonisation

Les deux guerres mondiales, où l’empire fournit des millions de soldats, épuisent le Royaume-Uni. La montée des nationalismes, à commencer par celui de l’Inde de Gandhi (voir indépendance de l’Inde), rend la domination intenable.

DateIndépendance ou étape
1922État libre d’Irlande
1947Inde et Pakistan
1948Birmanie, Ceylan ; fin du mandat en Palestine
1957Ghana, premier pays d’Afrique noire britannique indépendant
1960-1966Nigeria, Tanzanie, Ouganda, Kenya, Jamaïque, etc.
1980Zimbabwe (ancienne Rhodésie)
1997Hong Kong

La crise de Suez (1956), où la Grande-Bretagne et la France doivent se retirer d’Égypte sous la pression des États-Unis et de l’URSS, marque la fin de sa puissance impériale. En 1960, le Premier ministre Harold Macmillan évoque devant le Parlement sud-africain le « vent du changement » qui souffle sur l’Afrique. Le processus général est décrit dans la fiche décolonisation.

Le Commonwealth

Le Commonwealth des nations, formalisé par la déclaration de Londres de 1949, réunit librement la plupart des anciennes colonies. Il compte 56 États membres, dont certains n’ont jamais été britanniques (Mozambique, Rwanda, puis Gabon et Togo en 2022). Le souverain britannique en est le chef symbolique et reste chef de l’État d’une quinzaine de pays, dont le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Une quinzaine de territoires britanniques d’outre-mer subsistent (Gibraltar, Bermudes, Malouines, Sainte-Hélène…).

Questions fréquentes

Quelle était la taille de l’Empire britannique ?

À son apogée, vers 1920, environ 35 millions de km², soit près d’un quart des terres émergées, et environ 450 à 500 millions d’habitants, soit près d’un quart de l’humanité.

Pourquoi dit-on que le soleil ne s’y couchait jamais ?

Parce que l’empire avait des territoires sur tous les continents et dans tous les fuseaux horaires : il faisait toujours jour dans l’une de ses possessions. L’expression avait déjà été employée pour l’empire espagnol au XVIe siècle.

Le Commonwealth est-il l’héritier de l’Empire britannique ?

Oui, au sens où la plupart de ses membres sont d’anciennes colonies britanniques. Mais c’est une association volontaire d’États souverains et égaux, sans pouvoir sur ses membres.

Quelle a été la plus grande colonie britannique ?

Par la population, l’Inde, qui comptait environ 300 millions d’habitants au début du XXe siècle. Par la superficie, le Canada et l’Australie, qui étaient des dominions.

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