Histoire · XIXe siècle
Les unifications italienne et allemande
Au XIXe siècle, l’Italie et l’Allemagne, morcelées en de nombreux États, réalisent leur unité : le royaume d’Italie naît en 1861 et l’Empire allemand en 1871, au terme de guerres menées par le Piémont et la Prusse.
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Au début du XIXe siècle, l'Italie et l'Allemagne ne sont que des « expressions géographiques » : elles sont morcelées en États indépendants, souvent dominés par l’Autriche. Portées par le nationalisme, l’idée que chaque peuple partageant une langue et une culture doit former un État, les deux unifications aboutissent presque en même temps. Le royaume d’Italie est proclamé le 17 mars 1861 autour du Piémont-Sardaigne, et achevé avec la prise de Rome en 1870. L'Empire allemand est proclamé le 18 janvier 1871 dans la galerie des Glaces du château de Versailles, autour de la Prusse. Dans les deux cas, l’unité est réalisée « par le haut », par la diplomatie et la guerre, sous la conduite d’un État et d’un homme d’État : Cavour et Bismarck.
Les points communs
- Héritage napoléonien : les conquêtes de Napoléon simplifient la carte (fin du Saint-Empire en 1806, royaume d’Italie) et éveillent le sentiment national, en partie contre la domination française.
- Congrès de Vienne (1815) : il restaure les souverains et place une grande partie de l’Italie et de la Confédération germanique sous l’influence de l’Autriche de Metternich.
- Échec des révolutions de 1848 : le Printemps des peuples (voir révolution de 1848) montre que l’unité ne peut venir des seuls mouvements populaires et libéraux.
- Rôle d’un État moteur : le Piémont-Sardaigne et la Prusse.
- Adversaire commun : l’Autriche, vaincue en 1859 puis en 1866.
L’unification italienne (Risorgimento)
Le Risorgimento (« renaissance ») désigne le mouvement politique et culturel qui conduit à l’unité de l’Italie.
Les acteurs
| Acteur | Rôle |
|---|---|
| Giuseppe Mazzini | Fondateur de la Jeune Italie (1831), républicain, partisan d’une unité par le soulèvement populaire |
| Camillo Benso, comte de Cavour | Président du Conseil du Piémont-Sardaigne à partir de 1852, artisan diplomatique de l’unité |
| Victor-Emmanuel II | Roi de Piémont-Sardaigne (1849), puis premier roi d’Italie (1861) |
| Giuseppe Garibaldi | Chef militaire républicain, conquérant du royaume des Deux-Siciles avec les « Mille » |
| Napoléon III | Allié du Piémont contre l’Autriche en 1859 |
Les étapes
| Date | Étape |
|---|---|
| 1848-1849 | Échec de la guerre du Piémont contre l’Autriche (Custoza, Novare) ; République romaine écrasée par la France |
| 1858 | Entrevue de Plombières entre Cavour et Napoléon III |
| 1859 | Guerre franco-piémontaise contre l’Autriche : Magenta, Solferino ; le Piémont obtient la Lombardie |
| 1860 | L’Italie centrale (Toscane, Parme, Modène, Romagne) se rattache au Piémont ; Nice et la Savoie sont cédées à la France |
| Mai – septembre 1860 | Expédition des Mille de Garibaldi en Sicile et à Naples |
| 17 mars 1861 | Proclamation du royaume d’Italie ; Turin capitale |
| 1866 | Alliée de la Prusse contre l’Autriche, l’Italie obtient la Vénétie |
| 20 septembre 1870 | Prise de Rome après le départ des troupes françaises |
| 1871 | Rome devient capitale du royaume |
Cavour meurt en juin 1861, quelques semaines après la proclamation du royaume. Le pape Pie IX, privé de ses États, se considère comme « prisonnier au Vatican » ; la « question romaine » n’est réglée qu’avec les accords du Latran (1929), qui créent l’État de la Cité du Vatican. Après 1870, les nationalistes italiens revendiquent encore les « terres irrédentes » (Trentin, Trieste), obtenues en 1919.
L’unification allemande
La situation de départ
En 1815, la Confédération germanique regroupe 39 États (dont l’Autriche et la Prusse) sous la présidence autrichienne. Le Zollverein, union douanière créée en 1834 autour de la Prusse sans l’Autriche, prépare l’unité économique. En 1848-1849, le Parlement de Francfort propose la couronne impériale au roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV, qui la refuse.
Bismarck et le « fer et le sang »
Nommé ministre-président de Prusse en 1862 par le roi Guillaume Ier, Otto von Bismarck déclare devant la Chambre que les grandes questions de l’époque ne seront pas tranchées par des discours et des votes de majorité, « mais par le fer et le sang ». Il réalise l’unité par trois guerres successives :
| Date | Guerre | Résultat |
|---|---|---|
| 1864 | Guerre des Duchés contre le Danemark (avec l’Autriche) | Schleswig et Holstein retirés au Danemark |
| 1866 | Guerre austro-prussienne ; victoire de Sadowa (3 juillet) | L’Autriche est exclue des affaires allemandes ; Confédération de l’Allemagne du Nord (1867) |
| 1870-1871 | Guerre franco-allemande | Les États du Sud (Bavière, Wurtemberg, Bade, Hesse) rejoignent la Prusse ; l’Alsace-Moselle est annexée |
Bismarck exploite la candidature d’un Hohenzollern au trône d’Espagne et réécrit la dépêche d’Ems pour pousser la France à déclarer la guerre (19 juillet 1870). La victoire de Sedan (2 septembre 1870) entraîne la chute du Second Empire. Le 18 janvier 1871, Guillaume Ier est proclamé empereur allemand dans la galerie des Glaces de Versailles. Par le traité de Francfort (10 mai 1871), la France cède l’Alsace (sauf Belfort) et une partie de la Lorraine, et paie une indemnité de 5 milliards de francs-or.
Le IIe Reich
L’Empire allemand est une fédération de 25 États dominée par la Prusse : le roi de Prusse est empereur, et Bismarck, chancelier jusqu’en 1890. Il devient rapidement la première puissance industrielle d’Europe continentale. L’annexion de l’Alsace-Moselle nourrit en France un esprit de revanche et pèse sur les relations internationales jusqu’à la Première Guerre mondiale.
Comparaison des deux unifications
| Italie | Allemagne | |
|---|---|---|
| État moteur | Piémont-Sardaigne (maison de Savoie) | Prusse (Hohenzollern) |
| Homme d’État | Cavour | Bismarck |
| Souverain | Victor-Emmanuel II | Guillaume Ier |
| Proclamation | 17 mars 1861 (Turin) | 18 janvier 1871 (Versailles) |
| Achèvement | 1870, prise de Rome | 1871 |
| Guerres principales | 1859 contre l’Autriche, 1860 expédition des Mille, 1866 | 1864, 1866, 1870-1871 |
| Rôle de la France | Alliée (1859), puis obstacle à Rome | Adversaire vaincu |
| Régime | Monarchie constitutionnelle | Empire fédéral autoritaire |
Questions fréquentes
Quand l’Italie a-t-elle été unifiée ?
Le royaume d’Italie est proclamé le 17 mars 1861. L’unification est complétée par l’annexion de la Vénétie (1866) et la prise de Rome (1870), qui devient capitale en 1871.
Qui a unifié l’Allemagne ?
Otto von Bismarck, ministre-président de Prusse, sous le règne de Guillaume Ier. Il a réalisé l’unité par trois guerres victorieuses contre le Danemark, l’Autriche et la France.
Pourquoi l’Empire allemand a-t-il été proclamé à Versailles ?
Les armées allemandes assiégeaient alors Paris et occupaient Versailles. Proclamer l’Empire dans la galerie des Glaces, symbole de la puissance de Louis XIV, était une humiliation pour la France.
Quel a été le rôle de Garibaldi ?
À la tête d’un millier de volontaires, les « Chemises rouges », il conquiert en 1860 la Sicile et le royaume de Naples, qu’il remet ensuite au roi Victor-Emmanuel II, permettant l’unité du Nord et du Sud.