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Histoire · XIXe siècle

La colonisation européenne au XIXe siècle

Au XIXe et au début du XXe siècle, les puissances européennes conquièrent la majeure partie de l’Afrique et une grande partie de l’Asie. En 1914, les empires coloniaux couvrent environ la moitié des terres émergées.

Mis à jour le 5 min de lecture

La colonisation est la conquête, l’occupation et l’exploitation d’un territoire par un État étranger, qui y impose sa domination politique, économique et culturelle. Après une première expansion européenne entre le XVe et le XVIIIe siècle (Amériques, comptoirs d’Afrique et d’Asie), une seconde vague de colonisation se déploie surtout entre 1830 et 1914. Portée par la révolution industrielle, elle aboutit au partage presque complet de l’Afrique et à la domination d’une grande partie de l’Asie et de l’Océanie. Le Royaume-Uni et la France se constituent les deux plus grands empires coloniaux.

Chronologie de la colonisation (XIXe – début XXe siècle)

DateÉvénement
1830Prise d’Alger par la France
1839-1842Première guerre de l’opium : Hong Kong cédé au Royaume-Uni
1847Reddition d’Abd el-Kader en Algérie
1857-1858Révolte des cipayes ; l’Inde passe sous l’autorité directe de la Couronne britannique
1858-1867Conquête française de la Cochinchine
1869Ouverture du canal de Suez
1876La reine Victoria proclamée impératrice des Indes (titre effectif en 1877)
1881Protectorat français sur la Tunisie
1882Occupation britannique de l’Égypte
1884-1885Conférence de Berlin sur l’Afrique
1885État indépendant du Congo, propriété personnelle de Léopold II
1887Création de l’Union indochinoise
1895-1896Conquête de Madagascar ; défaite italienne à Adoua face à l’Éthiopie (1896)
1898Crise de Fachoda entre la France et le Royaume-Uni
1899-1902Guerre des Boers en Afrique du Sud
1904-1908Massacre des Hereros et des Namas par l’Allemagne
1908Le Congo devient colonie belge
1912Protectorat français sur le Maroc

Pourquoi les Européens colonisent-ils ?

Les motivations économiques

L’industrialisation crée des besoins en matières premières (coton, caoutchouc, minerais, huile de palme) et en débouchés pour les produits manufacturés et les capitaux. Les colonies offrent des marchés protégés. Jules Ferry écrit en 1890 que « la politique coloniale est fille de la politique industrielle ».

Les motivations politiques et stratégiques

La possession de colonies est un signe de puissance et de prestige. Après la défaite de 1870, la France y cherche une compensation. Les grandes puissances veulent contrôler des routes maritimes (Suez, Le Cap, Singapour) et des escales pour leurs flottes. Les rivalités entre Européens accélèrent la course aux territoires.

Les justifications idéologiques

Les colonisateurs invoquent une « mission civilisatrice » : apporter la science, la médecine, l’école et le christianisme, et lutter contre la traite. Ces discours reposent sur la conviction d’une supériorité européenne, voire sur des théories raciales. En France, la colonisation est contestée dès l’époque : à la Chambre en juillet 1885, Georges Clemenceau répond à Jules Ferry en dénonçant la prétendue supériorité des « races » ; une partie de la droite nationaliste juge aussi qu’elle détourne de la revanche contre l’Allemagne.

Les moyens de la conquête

La supériorité technique européenne rend la conquête possible : armes à répétition et mitrailleuses, bateaux à vapeur capables de remonter les fleuves, quinine contre le paludisme, télégraphe. Les explorateurs (Livingstone, Stanley, Brazza) ouvrent la voie.

Le partage de l’Afrique

En 1880, les Européens ne contrôlent que les côtes de l’Afrique, l’Algérie et la colonie du Cap. Trente ans plus tard, seuls l'Éthiopie et le Liberia restent indépendants. La conférence de Berlin (15 novembre 1884 – 26 février 1885), réunie à l’initiative de Bismarck, fixe des règles pour les prises de possession (notification aux autres puissances, occupation effective des côtes) et proclame la liberté de navigation sur le Congo et le Niger. Elle ne partage pas le continent elle-même, mais accélère la « course à l’Afrique » (Scramble for Africa). Les frontières sont souvent tracées en Europe, sans tenir compte des populations.

Les grands empires coloniaux en 1914

PuissancePrincipaux territoiresOrdre de grandeur
Royaume-UniInde, Égypte, Afrique australe et orientale, Nigeria, Australie, Canada (dominions), Malaisieenviron 30 millions de km² et 400 millions d’habitants avec les dominions
FranceAlgérie, Tunisie, Maroc, Afrique-Occidentale française, Afrique-Équatoriale française, Madagascar, Indochineenviron 10 à 11 millions de km² et près de 50 millions d’habitants
AllemagneTogo, Cameroun, Sud-Ouest africain, Afrique orientaleperdu en 1919
BelgiqueCongo2,3 millions de km²
Pays-BasIndes néerlandaises (Indonésie)
PortugalAngola, Mozambique
ItalieÉrythrée, Somalie, Libye (1911-1912)
États-Unis, JaponPhilippines, Porto Rico ; Corée, Taïwan

L'empire colonial français, deuxième du monde, est conquis pour l’essentiel sous la IIIe République. L’Algérie, divisée en départements en 1848, a un statut à part, avec une importante colonisation de peuplement européenne.

Les sociétés coloniales

Une domination politique et juridique

Les colonies sont administrées par des gouverneurs et des fonctionnaires européens. Les populations colonisées sont des sujets et non des citoyens : en Algérie et dans d’autres colonies françaises, le Code de l’indigénat (à partir de 1881) leur impose des sanctions et des obligations spécifiques, comme le travail forcé. Les colons européens détiennent les terres les plus riches et les postes de direction.

Une exploitation économique

L’économie coloniale est orientée vers les besoins de la métropole : cultures d’exportation (arachide, cacao, café, coton, hévéa), mines, infrastructures (ports, voies ferrées) construites souvent par le travail forcé. Dans l’État indépendant du Congo de Léopold II, l’exploitation du caoutchouc s’accompagne de violences massives qui provoquent un scandale international et la reprise du territoire par l’État belge en 1908.

Des transformations profondes

La colonisation introduit l’école (pour une minorité), la médecine moderne (vaccination, lutte contre certaines épidémies), l’urbanisation, mais aussi la dislocation des sociétés traditionnelles, la dépossession foncière et des famines. Les conquêtes s’accompagnent de violences de masse, comme la conquête de l’Algérie (1830-1847) ou le génocide des Hereros et des Namas en Namibie (1904-1908).

Les résistances

La colonisation se heurte à de nombreuses résistances armées : Abd el-Kader en Algérie (1832-1847), Samory Touré en Afrique de l’Ouest (capturé en 1898), la reine Ranavalona III à Madagascar, les cipayes en Inde (1857), les Boers en Afrique du Sud. L’Éthiopie de Menelik II bat l’Italie à Adoua en 1896. Au début du XXe siècle naissent des mouvements nationalistes modernes, comme le Congrès national indien (1885), qui prépareront la décolonisation.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre colonisation et impérialisme ?

La colonisation désigne l’occupation et l’administration directe d’un territoire. L’impérialisme est plus large : il inclut aussi la domination économique ou politique sans occupation, comme celle exercée en Chine ou dans l’Empire ottoman au XIXe siècle.

Quels pays d’Afrique n’ont pas été colonisés ?

L’Éthiopie et le Liberia. L’Éthiopie a cependant été occupée par l’Italie fasciste de 1936 à 1941.

Quand la France a-t-elle commencé à coloniser l’Algérie ?

Avec la prise d’Alger le 5 juillet 1830, sous Charles X. La conquête de l’ensemble du territoire prend plusieurs décennies. L’Algérie devient indépendante en 1962, après la guerre d’Algérie.

Qu’a décidé la conférence de Berlin ?

Réunie en 1884-1885, elle fixe les règles de prise de possession des territoires africains par les puissances européennes et organise la liberté de commerce dans le bassin du Congo. Elle reconnaît de fait la souveraineté de Léopold II sur le Congo.

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