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Histoire · XIXe siècle

La Restauration et la monarchie de Juillet

De 1814 à 1848, la France connaît deux monarchies constitutionnelles : la Restauration des Bourbons (Louis XVIII, Charles X) jusqu’en 1830, puis la monarchie de Juillet de Louis-Philippe, renversée en février 1848.

Mis à jour le 6 min de lecture

Après la chute de Napoléon, la France redevient une monarchie pendant 34 ans. La Restauration (1814-1830) rend le trône aux Bourbons : Louis XVIII, puis Charles X. Renversé par la révolution des Trois Glorieuses (27, 28 et 29 juillet 1830), Charles X laisse la place à son cousin Louis-Philippe d’Orléans, « roi des Français », dont le régime est appelé monarchie de Juillet (1830-1848). Ces deux régimes sont des monarchies constitutionnelles à suffrage censitaire : le roi gouverne avec des Chambres élues par une petite minorité de riches propriétaires. La monarchie disparaît définitivement avec la révolution de 1848.

Chronologie

DateÉvénement
6 avril 1814Abdication de Napoléon ; Louis XVIII rappelé
4 juin 1814Charte constitutionnelle « octroyée »
Mars – juin 1815Cent-Jours ; Louis XVIII réfugié à Gand
Juillet 1815Seconde Restauration ; Terreur blanche dans le Midi
Août 1815Élection de la « Chambre introuvable », ultraroyaliste
13 février 1820Assassinat du duc de Berry, neveu du roi
16 septembre 1824Mort de Louis XVIII ; avènement de Charles X
1825Sacre de Charles X à Reims ; loi du « milliard des émigrés »
5 juillet 1830Prise d’Alger
25 juillet 1830Ordonnances de Saint-Cloud
27-29 juillet 1830Trois Glorieuses
9 août 1830Louis-Philippe prête serment à la Charte révisée
1831 et 1834Révoltes des canuts à Lyon
1833Loi Guizot sur l’enseignement primaire
1840-1847Ministère dominé par Guizot
1847Campagne des banquets
22-24 février 1848Révolution ; abdication de Louis-Philippe

La Restauration (1814-1830)

Louis XVIII et la Charte

Frère de Louis XVI, Louis XVIII (1814-1824) ne peut revenir à l’Ancien Régime. La Charte du 4 juin 1814, présentée comme « octroyée » par le roi, conserve l’essentiel des acquis de la Révolution et de l’Empire : égalité devant la loi, Code civil, liberté de culte (le catholicisme étant religion d’État), propriété des biens nationaux vendus. Le roi détient l’exécutif et l’initiative des lois ; il partage le pouvoir législatif avec une Chambre des pairs nommée et une Chambre des députés élue au suffrage censitaire (il faut payer 300 francs d’impôts directs pour voter, 1 000 pour être éligible). On compte environ 90 000 électeurs pour 30 millions d’habitants.

Le drapeau blanc remplace le drapeau tricolore. Après les Cent-Jours, une Terreur blanche frappe bonapartistes et républicains, surtout dans le Midi ; le maréchal Ney est fusillé en décembre 1815.

Ultras et libéraux

La vie politique oppose les ultras, royalistes partisans d’un retour à l’ordre ancien autour du comte d’Artois, et les libéraux, attachés aux libertés et à la Charte. Louis XVIII mène d’abord une politique modérée (ministère Decazes), mais l’assassinat du duc de Berry en 1820 donne l’avantage aux ultras.

Charles X et la crise de 1830

Frère du précédent, Charles X (1824-1830) se fait sacrer à Reims selon le rituel traditionnel. Sa politique favorise la noblesse et l’Église : indemnisation des émigrés (« milliard des émigrés », 1825), loi punissant de mort le sacrilège (jamais appliquée). En 1829, il nomme le très impopulaire prince de Polignac. Les élections de 1830 donnant la majorité à l’opposition libérale, le roi signe le 25 juillet les ordonnances de Saint-Cloud, qui suspendent la liberté de la presse, dissolvent la Chambre et restreignent encore le droit de vote. La prise d’Alger, le 5 juillet 1830, ouvre la conquête de l’Algérie mais ne suffit pas à rendre le régime populaire.

Les Trois Glorieuses (27-29 juillet 1830)

Journalistes (dont Adolphe Thiers au National), étudiants, artisans et ouvriers parisiens se soulèvent et dressent des barricades. En trois jours, les troupes royales sont chassées de Paris. Les libéraux, inquiets d’une république, se tournent vers Louis-Philippe d’Orléans, fils de Philippe Égalité, qui a combattu à Valmy et à Jemmapes en 1792. La Fayette lui donne l’accolade au balcon de l’Hôtel de Ville. Charles X abdique et part en exil. La Liberté guidant le peuple de Delacroix (1830) célèbre ces journées ; la colonne de Juillet, place de la Bastille, en honore les morts.

La monarchie de Juillet (1830-1848)

Un régime libéral et bourgeois

Louis-Philippe Ier prend le titre de roi des Français, rétablit le drapeau tricolore et accepte une Charte révisée (14 août 1830) : le catholicisme n’est plus religion d’État, la censure est abolie, la Chambre des députés partage l’initiative des lois. Le cens électoral est abaissé à 200 francs : le corps électoral passe à environ 170 000, puis près de 250 000 électeurs en 1846. Le régime repose sur la bourgeoisie de la finance, du commerce et de l’industrie. On prête à François Guizot le conseil « Enrichissez-vous », souvent cité de façon tronquée.

Les oppositions

  • Légitimistes, fidèles à la branche aînée des Bourbons (le comte de Chambord).
  • Républicains, qui organisent des insurrections à Paris (juin 1832, avril 1834) et des sociétés secrètes.
  • Bonapartistes : Louis-Napoléon Bonaparte tente deux coups de force, à Strasbourg (1836) et à Boulogne (1840).
  • Ouvriers : les canuts de Lyon, ouvriers de la soie, se révoltent en 1831 et 1834 avec la devise « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ».

Louis-Philippe échappe à plusieurs attentats, dont celui de Fieschi (1835), qui fait de nombreux morts. Les lois de septembre 1835 restreignent alors la liberté de la presse.

Une France qui se transforme

La monarchie de Juillet correspond aux débuts de la révolution industrielle en France : premières lignes de chemin de fer (Paris-Saint-Germain, 1837 ; loi de 1842), essor du textile et de la métallurgie. La loi Guizot (1833) oblige chaque commune à entretenir une école primaire de garçons et chaque département une école normale d’instituteurs. La loi de 1841 limite le travail des enfants. La conquête de l’Algérie se poursuit, avec la reddition d’Abd el-Kader en 1847. C’est aussi l’âge d’or du romantisme (Hugo, Balzac, Delacroix).

La chute de Louis-Philippe

À partir de 1840, le ministère Guizot refuse toute réforme électorale. La crise économique de 1846-1847 (mauvaises récoltes, chômage) et les scandales aggravent le mécontentement. Les opposants organisent une campagne des banquets pour contourner l’interdiction des réunions politiques. L’interdiction d’un banquet à Paris, le 22 février 1848, déclenche l’insurrection. Le 24 février, Louis-Philippe abdique en faveur de son petit-fils et s’exile en Angleterre, où il meurt en 1850. La IIe République est proclamée le jour même.

Comparaison des deux régimes

RestaurationMonarchie de Juillet
Dates1814-1830 (sauf Cent-Jours)1830-1848
RoisLouis XVIII, Charles XLouis-Philippe Ier
DynastieBourbons (branche aînée)Orléans (branche cadette)
TitreRoi de France et de NavarreRoi des Français
ConstitutionCharte de 1814, octroyéeCharte de 1830, acceptée
DrapeauBlancTricolore
Électeursenviron 90 000 à 100 000de 170 000 à près de 250 000
FinTrois Glorieuses (juillet 1830)Révolution de février 1848

Questions fréquentes

Pourquoi parle-t-on de Restauration ?

Parce que la monarchie des Bourbons est « restaurée » après la Révolution et l’Empire : Louis XVIII, frère de Louis XVI, remonte sur le trône de ses ancêtres en 1814.

Que sont les Trois Glorieuses ?

Les journées révolutionnaires des 27, 28 et 29 juillet 1830 à Paris, qui renversent Charles X après ses ordonnances liberticides et portent Louis-Philippe au pouvoir.

Louis-Philippe est-il le dernier roi de France ?

Oui. Il est le dernier roi à avoir régné sur la France, de 1830 à 1848, avec le titre de « roi des Français ». Voir la liste des rois de France.

Qu’est-ce que le suffrage censitaire ?

Un système où seuls votent les hommes qui paient un montant minimal d’impôts directs, le cens. Sous la Restauration, moins d’un Français adulte sur cent pouvait voter.

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