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Histoire · XIXe siècle

La campagne de Russie

En juin 1812, Napoléon envahit la Russie avec plus de 600 000 hommes. Il prend Moscou, mais doit battre en retraite dans le froid : la Grande Armée est anéantie, ce qui précipite la chute de l’Empire.

Mis à jour le 5 min de lecture

La campagne de Russie est l’invasion de l’Empire russe par Napoléon en 1812. Le 24 juin, la Grande Armée, forte d’environ 600 000 hommes venus de toute l’Europe, franchit le Niémen. Elle remporte la sanglante bataille de la Moskova (Borodino) et entre dans Moscou le 14 septembre, mais la ville est incendiée et le tsar Alexandre Ier refuse de négocier. La retraite, commencée le 19 octobre dans le froid, la faim et sous les attaques des cosaques, tourne au désastre, malgré le passage de la Bérézina fin novembre. Moins d’un soldat sur six revient. Cet échec ouvre la voie à la chute du Premier Empire.

Les dates clés

DateÉvénement
1807Traité de Tilsit : alliance franco-russe
31 décembre 1810La Russie s’ouvre aux navires neutres et taxe les produits français
24 juin 1812La Grande Armée franchit le Niémen
17-18 août 1812Prise de Smolensk, en partie incendiée
7 septembre 1812Bataille de la Moskova (Borodino)
14 septembre 1812Entrée à Moscou ; incendie de la ville du 15 au 18 septembre
19 octobre 1812Début de la retraite
26-29 novembre 1812Passage de la Bérézina
5 décembre 1812Napoléon quitte l’armée pour regagner Paris
Mi-décembre 1812Les derniers débris repassent le Niémen

Pourquoi envahir la Russie ?

  • Le Blocus continental : depuis 1806, Napoléon interdit le commerce avec l’Angleterre pour la ruiner. La Russie, qui exporte bois et blé vers les Anglais, en souffre et cesse de l’appliquer en 1810.
  • Les tensions politiques : la création du grand-duché de Varsovie (1807) inquiète le tsar, qui craint une renaissance de la Pologne ; Napoléon annexe aussi le duché d’Oldenbourg, appartenant à un parent du tsar.
  • La volonté de domination : Napoléon veut contraindre Alexandre Ier à revenir dans l’alliance française et à respecter le blocus.

La Grande Armée

Environ 600 000 hommes, dont moins de la moitié sont Français. Les autres sont Allemands, Polonais, Italiens, Autrichiens, Prussiens, Suisses, Néerlandais : on l’appelle l'« armée des vingt nations ». Elle compte aussi plus de 1 000 canons et peut-être 150 000 à 200 000 chevaux.

L’invasion

Napoléon espère une bataille décisive rapide, comme à Austerlitz. Mais les Russes, commandés par Barclay de Tolly, puis par Koutouzov, reculent en pratiquant la tactique de la terre brûlée : ils détruisent les récoltes et les villages derrière eux. La chaleur, les marches forcées, les maladies (dysenterie, typhus) et les désertions affaiblissent la Grande Armée avant tout combat important : elle perd peut-être un tiers de ses effectifs avant d’atteindre Moscou.

La bataille de la Moskova (7 septembre 1812)

À Borodino, à environ 120 km de Moscou, Koutouzov accepte enfin la bataille. C’est l’une des journées les plus meurtrières des guerres napoléoniennes : environ 70 000 morts et blessés au total. Les Français restent maîtres du terrain, mais l’armée russe se retire en bon ordre. Napoléon refuse d’engager sa Garde.

Moscou en flammes

Le 14 septembre, la Grande Armée entre dans un Moscou presque vide. Dès le lendemain, des incendies, en grande partie allumés sur ordre du gouverneur Rostoptchine, détruisent environ les trois quarts de la ville. Napoléon attend plus d’un mois une offre de paix qui ne vient pas.

La retraite

  1. 19 octobre : Napoléon quitte Moscou, espérant prendre une route plus au sud. Battu à Maloïaroslavets (24 octobre), il doit reprendre la route de l’aller, déjà dévastée.
  2. Début novembre : le froid arrive, avec des températures pouvant descendre à moins 20 ou moins 30 °C. Les chevaux meurent, faute de fourrage et de fers adaptés au verglas ; l’artillerie est abandonnée.
  3. Les soldats, affamés, sont harcelés par les cosaques et les partisans. Des milliers meurent de froid, de faim et d’épuisement.
  4. 26-29 novembre : au passage de la Bérézina, les pontonniers du général Éblé, travaillant dans l’eau glacée, construisent deux ponts qui permettent à une partie de l’armée de s’échapper. Des milliers de traînards restent sur la rive est et sont tués ou capturés.

Le bilan

Estimations
Soldats entrés en RussieEnviron 600 000
Soldats revenusMoins de 100 000, dont certains contingents restés aux ailes
Morts de la Grande ArméeEnviron 300 000 à 400 000 (combats, froid, faim, maladie)
PrisonniersPlus de 100 000
Pertes russesPlusieurs centaines de milliers, militaires et civils

Ces chiffres varient selon les sources, mais tous montrent l’ampleur de la catastrophe.

Les conséquences

  • La fin de l’invincibilité de Napoléon : les alliés forcés de la France se retournent contre lui. La Prusse rejoint la Russie en 1813.
  • La sixième coalition bat Napoléon à Leipzig (bataille des Nations, octobre 1813).
  • L’invasion de la France en 1814, la prise de Paris et la première abdication de Napoléon (avril 1814), avant les Cent-Jours et Waterloo.
  • En Russie, la victoire de 1812 devient la « guerre patriotique », célébrée par Tolstoï dans Guerre et Paix et par Tchaïkovski dans l'Ouverture 1812.

Exercice corrigé

Cite trois raisons de l’échec de la campagne de Russie.

  • La tactique russe de la terre brûlée et le refus du tsar de négocier.
  • L’immensité du territoire, qui épuise l’armée et allonge son ravitaillement.
  • Le froid, la faim et les maladies pendant la retraite.

Questions fréquentes

Combien de soldats sont morts pendant la campagne de Russie ?

Les estimations tournent autour de 300 000 à 400 000 morts pour la Grande Armée, auxquels s’ajoutent plus de 100 000 prisonniers.

Le froid est-il la seule cause du désastre ?

Non. L’armée avait déjà perdu une grande partie de ses effectifs avant l’hiver, à cause de la chaleur, des maladies, des désertions et des combats. Le froid a achevé le désastre pendant la retraite.

Pourquoi Moscou a-t-elle brûlé ?

Les incendies ont été en grande partie allumés sur ordre du gouverneur Rostoptchine, pour priver les Français d’abri et de ravitaillement. Le vent et les maisons en bois les ont propagés.

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