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Histoire · XIXe siècle

L’abolition de l’esclavage

En France, l’esclavage est aboli une première fois le 4 février 1794, rétabli par Bonaparte en 1802, puis aboli définitivement par le décret du 27 avril 1848, porté par Victor Schœlcher.

Mis à jour le 6 min de lecture

L'abolition de l’esclavage est la suppression légale du statut d’esclave, qui faisait d’un être humain la propriété d’un autre. Elle se distingue de l'abolition de la traite, c’est-à-dire du commerce des esclaves, qui la précède souvent de plusieurs décennies. En France, l’esclavage colonial est aboli par la Convention le 4 février 1794 (16 pluviôse an II), rétabli par Napoléon Bonaparte en 1802, puis aboli définitivement par le décret du gouvernement provisoire de la IIe République du 27 avril 1848. Le Royaume-Uni l’abolit en 1833, les États-Unis en 1865 et le Brésil, dernier pays des Amériques, en 1888.

Les dates clés

DatePaysDécision
1685FranceCode noir, qui réglemente l’esclavage aux Antilles
1787Royaume-UniFondation de la société pour l’abolition de la traite
1788FranceFondation de la Société des amis des Noirs (Brissot, Condorcet)
Août 1791Saint-DomingueInsurrection des esclaves
1793Saint-DomingueLes commissaires Sonthonax et Polverel proclament la liberté générale
4 février 1794FranceLa Convention abolit l’esclavage dans toutes les colonies
20 mai 1802FranceBonaparte maintient l’esclavage là où il n’avait pas été aboli, puis le rétablit en Guadeloupe et en Guyane
1er janvier 1804HaïtiIndépendance de Haïti, première république noire
1807Royaume-UniAbolition de la traite
1815Congrès de VienneDéclaration condamnant la traite
1815-1818FranceInterdiction de la traite (par Napoléon aux Cent-Jours, puis loi de 1818)
1833Royaume-UniSlavery Abolition Act, appliqué à partir de 1834
27 avril 1848FranceDécret d’abolition définitive
1863États-UnisProclamation d’émancipation de Lincoln
Décembre 1865États-Unis13e amendement de la Constitution
1888BrésilLoi d’or (Lei Áurea), 13 mai
1981MauritanieDernier pays à abolir officiellement l’esclavage (criminalisé en 2007)
21 mai 2001FranceLoi Taubira reconnaissant la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité

L’esclavage dans les colonies françaises

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les colonies françaises des Antilles (Saint-Domingue, Martinique, Guadeloupe), de la Guyane et de l’océan Indien (île Bourbon, actuelle Réunion, et île de France, actuelle île Maurice) reposent sur l’économie de plantation : sucre, café, coton, indigo. Les ports de Nantes, Bordeaux, La Rochelle et Le Havre arment des navires négriers dans le cadre du commerce triangulaire entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques. La France aurait déporté environ 1,3 million d’Africains. En 1789, Saint-Domingue, colonie la plus riche du monde, compte environ 500 000 esclaves.

Le Code noir de 1685, préparé sous Colbert, définit l’esclave comme un bien meuble et encadre les châtiments, les affranchissements et la religion.

La première abolition (1794)

La Révolution française pose la question : comment concilier la Déclaration des droits de l’homme et l’esclavage ? Les débats sont d’abord dominés par le lobby colonial. C’est l'insurrection des esclaves de Saint-Domingue (nuit du 22 au 23 août 1791), dans laquelle s’illustre Toussaint Louverture, qui force l’évolution. Pour conserver la colonie face aux Anglais et aux Espagnols, les commissaires civils proclament l’émancipation en 1793. Le 16 pluviôse an II (4 février 1794), la Convention, après l’arrivée de députés de Saint-Domingue dont Jean-Baptiste Belley, abolit l’esclavage dans toutes les colonies françaises. Le décret n’est cependant pas appliqué partout : la Martinique est occupée par les Britanniques, et les colons des Mascareignes refusent de l’appliquer.

Le rétablissement par Bonaparte (1802)

La loi du 20 mai 1802 maintient l’esclavage dans les colonies où l’abolition n’a pas été appliquée (Martinique, rendue par les Britanniques, et océan Indien). Bonaparte le rétablit ensuite en Guadeloupe et en Guyane, malgré la résistance des insurgés guadeloupéens de Louis Delgrès, qui se donnent la mort avec leurs hommes à Matouba en mai 1802 plutôt que de se rendre. À Saint-Domingue, l’expédition du général Leclerc capture Toussaint Louverture, qui meurt en captivité au fort de Joux, dans le Jura, en 1803. Mais l’armée française est battue par Jean-Jacques Dessalines, et Haïti proclame son indépendance le 1er janvier 1804.

L’abolition définitive de 1848

Au XIXe siècle, le mouvement abolitionniste se développe en Europe. Le Royaume-Uni abolit la traite en 1807, sous l’impulsion de William Wilberforce, puis l’esclavage en 1833. En France, la traite est interdite, mais l’esclavage subsiste. Le journaliste et homme politique Victor Schœlcher (1804-1893), qui a voyagé aux Antilles et aux États-Unis, en devient le principal adversaire.

Au lendemain de la révolution de 1848, Schœlcher est nommé sous-secrétaire d’État à la Marine et aux Colonies. Il préside la commission qui prépare le décret du 27 avril 1848, signé par le gouvernement provisoire. Le texte affirme que « l’esclavage est un attentat contre la dignité humaine » et le supprime dans toutes les colonies et possessions françaises. Environ 250 000 esclaves sont libérés en Martinique, Guadeloupe, Guyane, à La Réunion et au Sénégal. Les anciens esclaves deviennent citoyens et votent dès 1848. Les colons, eux, sont indemnisés par la loi du 30 avril 1849, alors que les anciens esclaves ne reçoivent aucune réparation.

En Martinique et en Guadeloupe, des révoltes d’esclaves (Saint-Pierre, 22 mai 1848) obligent les gouverneurs à proclamer l’abolition avant même l’arrivée du décret. Les dates de commémoration diffèrent donc selon les territoires.

TerritoireDate commémorée
Martinique22 mai
Guadeloupe27 mai
Guyane10 juin
La Réunion20 décembre
Mayotte27 avril
France hexagonale10 mai (Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions)

Les abolitions dans le monde

  • Royaume-Uni : traite abolie en 1807, esclavage en 1833 (effectif en 1834, avec un « apprentissage » jusqu’en 1838) ; les propriétaires reçoivent 20 millions de livres d’indemnités.
  • États-Unis : l’esclavage est au cœur de la guerre de Sécession. La proclamation d’émancipation d’Abraham Lincoln (1er janvier 1863) libère les esclaves des États confédérés ; le 13e amendement, ratifié en décembre 1865, abolit l’esclavage dans tout le pays. Environ 4 millions de personnes sont libérées.
  • Amérique latine : abolitions progressives après les indépendances (Mexique en 1829, Colombie en 1851, Argentine en 1853, Pérou en 1854) ; Cuba en 1886 ; Brésil en 1888, par la Lei Áurea.
  • Afrique et Asie : l’abolition est souvent imposée par les puissances coloniales, qui en font une justification de la colonisation tout en pratiquant le travail forcé.

La convention de la Société des Nations sur l’esclavage (1926) et la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948, article 4) interdisent l’esclavage au niveau international. Des formes d’esclavage moderne (travail forcé, servitude pour dettes, traite des êtres humains) persistent toutefois aujourd’hui.

Questions fréquentes

Quand l’esclavage a-t-il été aboli en France ?

Définitivement par le décret du 27 avril 1848, préparé par Victor Schœlcher. Une première abolition avait été votée le 4 février 1794, mais Napoléon Bonaparte l’a rétabli en 1802.

Pourquoi Napoléon a-t-il rétabli l’esclavage ?

Pour relancer l’économie de plantation des colonies sucrières, sous la pression des colons et des milieux négociants, et pour rétablir l’autorité de la métropole sur les colonies.

Qui était Victor Schœlcher ?

Un homme politique républicain français (1804-1893), principal artisan du décret d’abolition de 1848. Ses cendres ont été transférées au Panthéon en 1949, en même temps que celles de Félix Éboué.

Que dit la loi Taubira ?

Définitivement adoptée le 10 mai 2001 et promulguée le 21 mai, la loi Taubira reconnaît la traite négrière transatlantique et dans l’océan Indien, ainsi que l’esclavage, comme crimes contre l’humanité. Elle prévoit leur place dans les programmes scolaires et la recherche.

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