Histoire · XIXe siècle
La conférence de Berlin et le partage de l’Afrique
La conférence de Berlin réunit quatorze États du 15 novembre 1884 au 26 février 1885 pour fixer les règles de la colonisation de l’Afrique. Elle ne partage pas le continent mais accélère la course.
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Au début des années 1880, les Européens ne contrôlent qu’environ un dixième de l’Afrique, surtout sur les côtes : Algérie française, colonie du Cap, comptoirs portugais, Sénégal. Trente ans plus tard, en 1914, seuls le Liberia et l'Éthiopie restent indépendants. Cette conquête fulgurante, appelée en anglais Scramble for Africa (« la ruée vers l’Afrique »), est encadrée par la conférence de Berlin, réunie à l’initiative du chancelier allemand Otto von Bismarck et de la France. Pour le contexte général, voir la fiche colonisation.
Pourquoi une conférence ?
À la fin des années 1870, plusieurs initiatives rivales inquiètent les puissances :
- le roi des Belges Léopold II, à titre privé, finance par l’Association internationale africaine les expéditions de l’explorateur Henry Morton Stanley dans le bassin du Congo et accumule des traités avec des chefs locaux ;
- l’officier français Pierre Savorgnan de Brazza obtient en 1880 du roi Makoko un traité qui place la rive nord du Congo sous protection française ;
- le Portugal, appuyé par un traité avec le Royaume-Uni (1884), revendique l’embouchure du fleuve ;
- l'Allemagne proclame en 1884 des protectorats au Togo, au Cameroun et dans le Sud-Ouest africain (Namibie) ;
- la Grande-Bretagne occupe l’Égypte depuis 1882.
Bismarck, qui veut à la fois apaiser les rivalités, isoler la Grande-Bretagne et détourner la France de l’Alsace-Lorraine, convoque une conférence internationale.
Les participants
| Puissances | Rôle |
|---|---|
| Allemagne (pays hôte), France, Royaume-Uni, Portugal | Principaux intéressés |
| Belgique, Pays-Bas, Espagne, Italie | Intérêts coloniaux ou commerciaux |
| Autriche-Hongrie, Russie, Danemark, Suède-Norvège | Puissances européennes associées |
| Empire ottoman | Puissance présente en Afrique du Nord |
| États-Unis | Participants, mais le Sénat ne ratifie pas l’Acte final |
L’Association internationale du Congo de Léopold II n’est pas membre officiel, mais elle est reconnue par la plupart des États pendant la conférence. Aucun représentant africain n’est invité.
Ce que décide l’Acte général du 26 février 1885
L'Acte général de Berlin compte 38 articles. Ses principales dispositions :
| Domaine | Décision |
|---|---|
| Bassin du Congo | Liberté de commerce pour toutes les nations ; neutralité en cas de guerre |
| Navigation | Liberté de navigation sur le Congo et le Niger |
| Esclavage | Engagement à lutter contre la traite des esclaves |
| Prises de possession | Toute nouvelle prise de possession sur les côtes doit être notifiée aux autres signataires |
| Occupation effective | Les puissances doivent assurer une autorité suffisante pour protéger les droits acquis et la liberté du commerce |
| Missions | Protection des missionnaires, savants et explorateurs ; liberté religieuse |
Le discours de l’époque présente l’entreprise comme une mission civilisatrice et humanitaire, au nom du commerce, du christianisme et de la lutte contre l’esclavage.
L’État indépendant du Congo
La conférence consacre surtout l’ambition de Léopold II. En 1885, un territoire d’environ 2,3 millions de km², 80 fois la Belgique, devient l'État indépendant du Congo, propriété personnelle du roi et non colonie belge. Sous couvert de libre-échange, il est exploité par un système de travail forcé pour la récolte du caoutchouc et de l’ivoire : quotas imposés aux villages, prises d’otages, mains coupées comme preuve de l’usage des munitions par la milice, la Force publique. Les dénonciations du journaliste Edmund Morel et le rapport du consul britannique Roger Casement (1904) provoquent un scandale international. Le Parlement belge annexe le territoire en 1908, qui devient le Congo belge, l’actuelle République démocratique du Congo. L’ampleur de la chute démographique reste discutée, mais elle se compte en millions de victimes.
La course à l’Afrique après Berlin
| Puissance | Principales possessions vers 1914 |
|---|---|
| France | Afrique occidentale française, Afrique équatoriale française, Maghreb, Madagascar |
| Royaume-Uni | Égypte et Soudan, Nigeria, Gold Coast, Afrique de l’Est, Afrique australe |
| Allemagne | Togo, Cameroun, Sud-Ouest africain, Afrique orientale allemande |
| Belgique | Congo |
| Portugal | Angola, Mozambique, Guinée portugaise |
| Italie | Érythrée, Somalie, Libye |
| Espagne | Rio de Oro, Guinée espagnole, nord du Maroc |
La conquête rencontre des résistances acharnées : Samory Touré en Afrique de l’Ouest (capturé en 1898), les Ashanti, les Zoulous, les Herero et les Nama dans le Sud-Ouest africain, massacrés par l’armée allemande en 1904-1908, ce que l’Allemagne a reconnu en 2021 comme un génocide. L’Éthiopie de Ménélik II bat l’Italie à Adoua le 1er mars 1896 et préserve son indépendance. Les rivalités européennes manquent de dégénérer en guerre lors de la crise de Fachoda (1898) entre la France et le Royaume-Uni, sur le haut Nil.
Héritage et débats
Les frontières issues de cette période sont pour l’essentiel conservées lors de la décolonisation : en 1964, l’Organisation de l’unité africaine adopte le principe de leur intangibilité pour éviter des guerres en chaîne. Elles séparent parfois des peuples apparentés ou réunissent des groupes rivaux, ce qui alimente certains conflits, même si les historiens rappellent que les États africains postcoloniaux ont aussi construit leur propre identité dans ces cadres.
Questions fréquentes
Quand a eu lieu la conférence de Berlin ?
Du 15 novembre 1884 au 26 février 1885, à Berlin, à la résidence du chancelier Bismarck.
Qui a participé à la conférence de Berlin ?
Quatorze États : l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Russie, la Suède-Norvège et l’Empire ottoman. Aucun État ou peuple africain n’y était représenté.
La conférence de Berlin a-t-elle partagé l’Afrique ?
Pas directement. Elle a défini les règles du partage et reconnu l’État indépendant du Congo. Le tracé des frontières s’est fait ensuite par des traités entre puissances et par la conquête militaire.
Quels pays africains n’ont pas été colonisés ?
L’Éthiopie (malgré l’occupation italienne de 1936 à 1941) et le Liberia, fondé par des Afro-Américains affranchis et indépendant depuis 1847.