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Histoire · Civilisations du monde

L’Empire moghol

Fondé en 1526 par Babur, descendant de Tamerlan et de Gengis Khan, l’Empire moghol domine la majeure partie de l’Inde aux XVIe et XVIIe siècles et laisse des monuments comme le Taj Mahal.

Mis à jour le 4 min de lecture

L'Empire moghol est l’un des trois grands empires musulmans de l’époque moderne, avec l'Empire ottoman et la Perse safavide. Le mot « moghol » vient du persan et signifie « mongol », en référence aux origines de la dynastie, d’ascendance turco-mongole. Ses souverains, de culture persane, règnent sur une population majoritairement hindoue. À son apogée, vers 1700, l’empire compte entre 100 et 150 millions d’habitants selon les estimations et représente une part considérable de la production mondiale. Il décline au XVIIIe siècle et disparaît officiellement en 1857.

Les grands empereurs

EmpereurRègneFait marquant
Babur1526-1530Victoire de Panipat sur le sultanat de Delhi
Humayun1530-1540, 1555-1556Chassé par l’Afghan Sher Shah Suri, reprend le trône peu avant sa mort
Akbar1556-1605Expansion, administration, tolérance religieuse
Jahangir1605-1627Raffinement artistique ; influence de l’impératrice Nur Jahan
Shah Jahan1628-1658Construction du Taj Mahal et du Fort Rouge de Delhi
Aurangzeb1658-1707Extension maximale ; orthodoxie religieuse ; guerres incessantes
Bahadur Shah II1837-1857Dernier empereur, déposé et exilé par les Britanniques

Babur, le fondateur

Zahir ud-Din Muhammad Babur, prince timouride de la vallée de Ferghana (Asie centrale), descend de Tamerlan par son père et de Gengis Khan par sa mère (voir Empire mongol). Chassé de son royaume, il s’installe à Kaboul, puis envahit l’Inde du Nord. Le 21 avril 1526, à Panipat, son armée, équipée de canons et d’arquebuses, écrase celle du sultan de Delhi Ibrahim Lodi, bien plus nombreuse. Babur a laissé une autobiographie en turc tchaghataï, le Baburnama, remarquable par sa franchise.

Akbar, le grand organisateur

Monté sur le trône à 13 ans, Akbar est considéré comme le plus grand des Moghols. Il étend l’empire du Gujarat au Bengale et de Kaboul au Dekkan, et met en place une administration durable :

  • les mansabdars, officiers classés selon un rang (mansab) qui fixe le nombre de cavaliers qu’ils entretiennent, payés en revenus fonciers non héréditaires ;
  • un impôt foncier calculé selon la productivité moyenne des terres, système élaboré par son ministre Todar Mal ;
  • le persan comme langue de l’administration.

L’âge d’or artistique

Les Moghols mêlent traditions persanes, centre-asiatiques et indiennes :

  • architecture : tombeau d’Humayun à Delhi, ville de Fatehpur Sikri, Fort d’Agra, Fort Rouge et Grande Mosquée (Jama Masjid) de Delhi ;
  • miniatures : ateliers impériaux illustrant chroniques, épopées et scènes de cour ;
  • jardins persans quadripartites (charbagh), symboles du paradis ;
  • langue et littérature : le persan à la cour, et la formation progressive de l'ourdou, qui mêle hindoustani, persan et arabe.

Le Taj Mahal

Shah Jahan fait bâtir à Agra, à partir de 1632, le Taj Mahal, mausolée de son épouse Mumtaz Mahal, morte en 1631 en donnant naissance à leur quatorzième enfant. En marbre blanc incrusté de pierres semi-précieuses, l’ensemble est achevé vers 1648 pour le mausolée et vers 1653 pour l’ensemble. Il est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1983 et compte parmi les monuments les plus visités au monde (voir monuments célèbres). Shah Jahan, déposé par son fils Aurangzeb en 1658, finit ses jours prisonnier au Fort d’Agra et est inhumé au Taj Mahal auprès de son épouse.

Aurangzeb et les limites de l’empire

Aurangzeb prend le pouvoir après une guerre de succession contre ses frères. Sous son règne, l’empire atteint sa plus grande extension, englobant presque tout le Dekkan. Musulman rigoriste, il rétablit la jizya en 1679 et fait détruire certains temples, politique qui suscite l’hostilité d’une partie des sujets hindous, même si son bilan est discuté par les historiens. Il passe les vingt-cinq dernières années de sa vie à combattre dans le Dekkan, notamment contre les Marathes de Shivaji, sans pouvoir les soumettre.

Le déclin

Après la mort d’Aurangzeb en 1707, l’empire se désagrège :

  • guerres de succession et empereurs éphémères ;
  • autonomie des gouverneurs provinciaux (Bengale, Hyderabad, Awadh) ;
  • puissance des Marathes et des Sikhs ;
  • en 1739, le Persan Nadir Shah pille Delhi et emporte le trône du Paon et le diamant Koh-i-Noor.

Les compagnies européennes profitent de ce morcellement. Après la bataille de Plassey (1757) et celle de Buxar (1764), la Compagnie britannique des Indes orientales contrôle le Bengale. L’empereur moghol n’est bientôt plus qu’un souverain nominal à Delhi. Lors de la révolte des Cipayes de 1857, les insurgés le proclament chef de la rébellion ; les Britanniques déposent Bahadur Shah II et l’exilent à Rangoun, où il meurt en 1862. L’Inde passe sous l’autorité directe de la Couronne britannique en 1858 (voir Empire britannique).

Questions fréquentes

Pourquoi l’appelle-t-on « moghol » ?

Le mot vient du persan mughal, « mongol ». Les empereurs descendaient de Gengis Khan par leurs ancêtres maternels et de Tamerlan, conquérant turco-mongol, par la lignée paternelle.

Qui a construit le Taj Mahal ?

L’empereur Shah Jahan, en mémoire de son épouse Mumtaz Mahal. Les travaux, conduits par des milliers d’artisans sous la direction de l’architecte Ustad Ahmad Lahauri selon la tradition la plus admise, ont duré environ vingt ans.

Les Moghols étaient-ils musulmans ?

Oui, la dynastie était musulmane sunnite, mais elle gouvernait une population majoritairement hindoue et intégrait des hindous dans l’armée et l’administration, surtout sous Akbar.

Quand l’Empire moghol a-t-il pris fin ?

Officiellement en 1857-1858, lorsque les Britanniques ont déposé Bahadur Shah II après la révolte des Cipayes. Dans les faits, l’empereur n’avait plus de pouvoir réel depuis la fin du XVIIIe siècle.

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