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Histoire · Civilisations du monde

L’Empire khmer et Angkor

L’Empire khmer domine une grande partie de l’Asie du Sud-Est du IXe au XVe siècle depuis Angkor, au Cambodge. Il a laissé des centaines de temples, dont Angkor Vat, plus grand monument religieux du monde.

Mis à jour le 4 min de lecture

L'Empire khmer, ou empire angkorien, est fondé en 802 lorsque le roi Jayavarman II se proclame souverain universel (chakravartin) sur le mont Kulen, au nord du lac Tonlé Sap. Pendant plus de six siècles, ses rois construisent autour d'Angkor une immense agglomération de temples, de réservoirs et de canaux. À son extension maximale, à la fin du XIIe siècle, l’empire couvre le Cambodge actuel ainsi qu’une partie de la Thaïlande, du Laos et du sud du Vietnam. Le parc archéologique d’Angkor, qui s’étend sur environ 400 km², est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1992.

Repères chronologiques

DateRoi ou événement
Ier-VIIIe siècleRoyaumes du Funan puis du Chenla, influencés par l’Inde
802Jayavarman II se proclame roi universel au mont Kulen
Fin du IXe siècleYasovarman Ier fonde Yasodharapura, première ville d’Angkor, autour du Phnom Bakheng
1113-vers 1150Suryavarman II fait bâtir Angkor Vat
1177Les Chams, venus du centre du Vietnam actuel, pillent Angkor
1181-vers 1218Jayavarman VII : reconquête, Angkor Thom, le Bayon, apogée territorial
1296-1297Séjour de l’envoyé chinois Zhou Daguan
XIVe siècleDiffusion du bouddhisme theravada ; pressions du royaume thaï d’Ayutthaya
1431 (date traditionnelle)Prise d’Angkor par Ayutthaya ; la capitale se déplace vers le sud
1860Henri Mouhot décrit Angkor dans un récit qui la fait connaître en Europe

Le pouvoir du roi-dieu

Les rois khmers s’appuient sur un culte royal, souvent appelé devaraja, qui associe le souverain à une divinité, surtout Shiva ou Vishnou, plus tard au Bouddha. Chaque grand roi fait construire un temple-montagne, image du mont Meru, centre de l’univers dans la cosmologie hindoue, où il est vénéré après sa mort. Ces temples, alignés selon des axes astronomiques, sont entourés de douves représentant l’océan primordial.

Le roi gouverne avec l’appui d’une aristocratie de prêtres et de dignitaires. Les inscriptions en sanskrit et en vieux khmer sur les temples renseignent sur les donations, les terres et les généalogies.

Angkor Vat

Construit sous Suryavarman II dans la première moitié du XIIe siècle et dédié à Vishnou, Angkor Vat est le chef-d’œuvre de l’architecture khmère.

CaractéristiqueDétail
DimensionsEnceinte d’environ 1 500 m sur 1 300 m, douves comprises
DouvesEnviron 190 m de large
ToursCinq tours en quinconce, la centrale culminant à environ 65 m
Bas-reliefsGalerie de près de 800 m de long sculptée de scènes épiques
OrientationOuverture à l’ouest, peut-être en lien avec sa fonction funéraire

Ses bas-reliefs illustrent les épopées indiennes du Mahabharata et du Ramayana, le barattage de la mer de lait et des défilés de l’armée de Suryavarman II. Angkor Vat est devenu plus tard un sanctuaire bouddhique et n’a jamais été totalement abandonné. Il figure sur le drapeau du Cambodge.

Jayavarman VII et Angkor Thom

Après le sac d’Angkor par les Chams en 1177, Jayavarman VII, roi bouddhiste du Grand Véhicule (mahayana), reprend le pouvoir et lance le plus grand programme de construction de l’histoire khmère :

  • Angkor Thom, nouvelle capitale fortifiée de 3 km de côté, aux portes surmontées de visages géants ;
  • le Bayon, temple central aux 50 tours environ portant plus de 200 visages souriants, sans doute ceux du bodhisattva Avalokiteshvara ou du roi lui-même ;
  • Ta Prohm et Preah Khan, monastères consacrés à sa mère et à son père ; Ta Prohm, laissé envahi par les fromagers, est l’un des sites les plus visités ;
  • un réseau de routes, de gîtes d’étape et une centaine d'« hôpitaux » mentionnés par les inscriptions.

Une cité de l’eau

Angkor est une ville hydraulique. Les rois creusent d’immenses réservoirs rectangulaires, les barays ; le baray occidental mesure environ 8 km sur 2 km. Canaux et digues captent les eaux de la mousson et les eaux des collines. Leur rôle exact fait débat : irrigation des rizières, contrôle des crues, fonction religieuse, sans doute les trois à la fois. Les relevés par laser aérien (lidar) depuis 2012 ont montré qu’Angkor était une agglomération étalée de plusieurs centaines de km², l’une des plus vastes zones urbaines préindustrielles connues.

Le déclin d’Angkor

À partir du XIIIe siècle, la construction de grands temples cesse. Plusieurs facteurs se combinent :

  • la diffusion du bouddhisme theravada, moins centré sur le culte royal et les grands chantiers ;
  • les guerres contre le royaume thaï d'Ayutthaya, qui s’empare d’Angkor vers 1431 selon la tradition ;
  • des variations climatiques marquées, alternant sécheresses et moussons violentes au XIVe et au XVe siècle, qui ont pu endommager le réseau hydraulique ;
  • le déplacement de l’activité vers le commerce maritime, autour du Mékong et de Phnom Penh, mieux reliée à la Chine des Ming.

Angkor n’est jamais totalement désertée : des moines continuent de vivre à Angkor Vat. Le site devient une destination majeure à l’époque du protectorat français (1863-1953), qui crée en 1908 la Conservation d’Angkor dirigée par l’École française d’Extrême-Orient.

Questions fréquentes

Qui a construit Angkor Vat ?

Le roi khmer Suryavarman II, qui régna de 1113 à environ 1150. La construction a duré plusieurs décennies.

Angkor Vat est-il hindou ou bouddhiste ?

Il a été construit comme temple hindou dédié à Vishnou, puis est devenu un lieu de culte bouddhique à partir des XIVe et XVe siècles. Il l’est toujours.

Angkor était-elle une « cité perdue » ?

Non. Les Cambodgiens n’ont jamais oublié Angkor, et des moines y vivaient en permanence. L’expression vient des récits européens du XIXe siècle, notamment celui du naturaliste Henri Mouhot.

Pourquoi l’Empire khmer a-t-il décliné ?

Par un ensemble de causes : guerres contre les Thaïs d’Ayutthaya, changements religieux, difficultés du réseau hydraulique liées à des épisodes climatiques extrêmes et déplacement des routes commerciales vers le sud.

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