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Histoire · Civilisations du monde

Le Japon féodal et les samouraïs

Le Japon féodal désigne la période de 1185 à 1868 durant laquelle le pouvoir réel appartient aux guerriers, les samouraïs, dirigés par un shogun, tandis que l’empereur garde un rôle surtout religieux et symbolique.

Mis à jour le 5 min de lecture

Pendant près de sept siècles, le Japon est gouverné par une classe militaire. Le shogun, « généralissime », détient le pouvoir politique et militaire au nom de l'empereur (tennō), qui réside à Kyoto et légitime le pouvoir sans gouverner. Les samouraïs, guerriers liés à leur seigneur par la fidélité, forment l’élite de la société. Cette organisation, souvent comparée à la féodalité européenne, connaît des phases très différentes, de la guerre permanente à la longue paix de l’époque d’Edo.

Les grandes périodes

PériodeDatesCaractéristiques
Heian (fin)794-1185Cour raffinée de Kyoto ; montée des clans guerriers Taira et Minamoto
Kamakura1185-1333Premier shogunat, fondé par Minamoto no Yoritomo
Muromachi (Ashikaga)1336-1573Shogunat installé à Kyoto ; affaiblissement progressif
Sengoku (« provinces en guerre »)1467-1590 environGuerres entre seigneurs, période recouvrant la fin de Muromachi
Azuchi-Momoyama1573-1603Réunification par Oda Nobunaga et Toyotomi Hideyoshi
Edo (Tokugawa)1603-1868Paix intérieure, fermeture du pays ; voir shogunat Tokugawa

La naissance des samouraïs

Le mot samouraï vient d’un verbe signifiant « servir ». À l’origine, ce sont des hommes armés au service des grandes familles et des domaines aristocratiques des provinces. Au XIIe siècle, deux clans guerriers, les Taira et les Minamoto, s’affrontent dans la guerre de Genpei (1180-1185), qui s’achève par la victoire navale des Minamoto à Dan-no-ura (1185).

Minamoto no Yoritomo installe son gouvernement militaire, le bakufu (« gouvernement sous la tente »), à Kamakura, loin de la cour. En 1192, l’empereur lui confère le titre de sei-i taishōgun, « grand général pacificateur des barbares ». Le système est en place : une cour impériale à Kyoto, un pouvoir militaire ailleurs.

Les invasions mongoles

En 1274 puis en 1281, Kubilai Khan, maître de l'Empire mongol et de la Chine, lance deux expéditions contre le Japon depuis la Corée. Les samouraïs résistent sur les plages de Kyūshū, et des typhons détruisent une grande partie des flottes ennemies. Les Japonais y voient l’intervention des dieux : le kamikaze, « vent divin », mot repris en 1944-1945 pour les pilotes suicides. Ces guerres, sans butin à distribuer, affaiblissent le shogunat de Kamakura, renversé en 1333.

L’époque des provinces en guerre

Le shogunat Ashikaga, installé dans le quartier de Muromachi à Kyoto, perd le contrôle du pays après la guerre d’Ōnin (1467-1477), qui ravage la capitale. Commence l’époque Sengoku : le Japon se morcelle entre des seigneurs de guerre, les daimyos (« grands noms »), qui bâtissent des châteaux et lèvent des armées de milliers de fantassins (ashigaru). Des moines-soldats et des ligues paysannes participent aussi aux combats.

En 1543, des marchands portugais débarqués sur l’île de Tanegashima introduisent l'arquebuse, rapidement copiée et produite en masse. En 1549, le jésuite François Xavier commence l’évangélisation ; le christianisme gagne plusieurs centaines de milliers de fidèles.

Les trois unificateurs

UnificateurRôle
Oda Nobunaga (1534-1582)Utilise massivement les arquebuses (bataille de Nagashino, 1575), prend Kyoto, met fin au shogunat Ashikaga en 1573 ; contraint au suicide lors de la trahison d’un de ses généraux à Kyoto (1582)
Toyotomi Hideyoshi (1537-1598)Fils de paysan, achève l’unification en 1590 ; désarme les paysans (« chasse aux sabres », 1588) ; envahit sans succès la Corée (1592-1598)
Tokugawa Ieyasu (1543-1616)Vainqueur à Sekigahara (1600), nommé shogun en 1603 ; fonde le shogunat d’Edo

La voie du guerrier

L’idéal du samouraï repose sur la loyauté absolue envers son seigneur, le courage, la maîtrise de soi et le mépris de la mort. Le samouraï porte deux sabres (le long katana et le court wakizashi), privilège de sa classe à l’époque d’Edo. Le seppuku (appelé aussi hara-kiri), suicide rituel par éventration, permet de laver un déshonneur ou d’échapper à la capture.

Les samouraïs sont aussi les protecteurs du bouddhisme zen, introduit de Chine aux XIIe-XIIIe siècles, qui inspire la cérémonie du thé, l’art des jardins, la calligraphie et le théâtre nō, développé sous les Ashikaga.

Le château japonais

Les grands châteaux, comme celui de Himeji (achevé au début du XVIIe siècle, patrimoine mondial depuis 1993), associent un donjon en bois à plusieurs étages, des murs de pierre inclinés et des fossés. Ce sont des symboles de pouvoir autant que des forteresses.

La fin des samouraïs

Sous les Tokugawa, la société est figée en ordres et les samouraïs, environ 6 à 7 % de la population, deviennent des fonctionnaires rémunérés en riz. Après l’ouverture forcée du pays en 1853-1854 et la restauration impériale de 1868, le nouveau gouvernement abolit leurs privilèges : interdiction du port du sabre en 1876, création d’une armée de conscription. La rébellion de Satsuma, menée en 1877 par Saigō Takamori, est écrasée par l’armée moderne : c’est la fin militaire des samouraïs (voir ère Meiji).

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre un shogun et un empereur ?

L’empereur est le souverain sacré, descendant selon la tradition de la déesse du Soleil Amaterasu, mais il ne gouverne pas. Le shogun est le chef militaire qui exerce le pouvoir effectif en son nom.

Qu’est-ce qu’un daimyo ?

Un grand seigneur féodal, maître d’un domaine et d’une armée de samouraïs. Sous les Tokugawa, environ 260 à 270 daimyos dépendent du shogun.

Les ninjas ont-ils existé ?

Des spécialistes de l’espionnage et des opérations clandestines, appelés shinobi, ont bien été employés pendant l’époque Sengoku, notamment dans les provinces d’Iga et de Kōga. L’image du ninja en noir aux pouvoirs extraordinaires vient en grande partie de la fiction de l’époque d’Edo et du XXe siècle.

Quand les samouraïs ont-ils disparu ?

Leur statut est aboli dans les années 1870 par le gouvernement Meiji. La défaite de la rébellion de Satsuma en 1877 marque la fin de leur rôle militaire.

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