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Histoire · Moyen Âge

La féodalité

La féodalité est l’organisation politique et sociale de l’Europe médiévale (Xe-XIIIe siècle), fondée sur des liens personnels entre seigneurs : un vassal reçoit un fief de son suzerain en échange de sa fidélité et de son aide.

Mis à jour le 5 min de lecture

La féodalité désigne le système qui organise la société de l’Europe occidentale au Moyen Âge, surtout entre le Xe et le XIIIe siècle. Le pouvoir n’y est plus exercé par un État central mais par des seigneurs, liés entre eux par des engagements personnels : un vassal jure fidélité à un suzerain, qui lui confie en échange une terre, le fief. À ces liens entre nobles s’ajoute la seigneurie, qui donne au seigneur autorité sur les paysans de ses terres.

Pourquoi la féodalité apparaît-elle ?

Après Charlemagne, l’empire carolingien se divise (traité de Verdun, 843). Les rois, affaiblis par les partages et les guerres civiles, ne peuvent plus protéger efficacement leurs sujets contre les raids des Vikings, des Hongrois et des Sarrasins. Les comtes, fonctionnaires royaux, rendent leur charge héréditaire (capitulaire de Quierzy, 877, souvent cité comme jalon) et exercent le pouvoir pour leur compte. À partir de la fin du Xe siècle, des seigneurs plus modestes construisent des châteaux, d’abord en bois sur des mottes de terre, puis en pierre, et imposent leur autorité aux alentours. Le pouvoir se morcelle.

Les liens d’homme à homme : la vassalité

La cérémonie d’entrée en vassalité

  1. L’hommage : le vassal, à genoux et tête nue, place ses mains jointes dans celles du seigneur et se déclare « son homme ».
  2. La foi : il prête serment de fidélité, la main sur la Bible ou des reliques ; le seigneur le relève et lui donne souvent un baiser.
  3. L’investiture : le seigneur lui remet un objet symbolique (motte de terre, bâton, étendard) représentant le fief concédé.

Les obligations réciproques

Le vassal doit à son seigneurLe seigneur doit à son vassal
L’aide militaire (auxilium) : le service d’ost, souvent 40 jours par an, et la garde du châteauLa protection contre ses ennemis
Le conseil (consilium) : siéger à la cour du seigneur, l’assister dans ses jugementsL’entretien, le plus souvent par la concession d’un fief
L’aide financière dans quatre cas : rançon du seigneur, adoubement de son fils aîné, mariage de sa fille aînée, départ en croisadeLa justice : il juge les litiges de ses vassaux

Si le vassal trahit, le seigneur peut lui reprendre le fief (la commise). Le fief devient héréditaire, moyennant un droit de succession (le relief).

Une pyramide imparfaite

On représente souvent la féodalité comme une pyramide, avec le roi au sommet, les grands vassaux (ducs, comtes), puis les seigneurs et chevaliers. En réalité, le système est enchevêtré : un seigneur peut être le vassal de plusieurs suzerains, et le principe « le vassal de mon vassal n’est pas mon vassal » limite l’autorité du roi aux seuls seigneurs qui lui ont directement prêté hommage. Pour éviter les conflits de loyauté, on invente l'hommage lige, prioritaire sur tous les autres.

La seigneurie : le seigneur et les paysans

La seigneurie est le cadre de vie de l’immense majorité de la population, paysanne. Elle comprend :

  • La réserve, exploitée directement par le seigneur grâce aux corvées (journées de travail gratuit) dues par les paysans.
  • Les tenures (ou manses), terres confiées aux paysans contre des redevances en argent (cens) ou en nature (champart, une part de la récolte).

Le seigneur exerce aussi le ban, le pouvoir de commander, juger et punir :

Droit seigneurialContenu
Banalitésobligation d’utiliser, contre paiement, le moulin, le four et le pressoir du seigneur
Tailleimpôt levé sur les paysans, d’abord arbitraire
Péages et tonlieuxtaxes sur le passage des routes, ponts et marchés
Justiceamendes perçues sur les condamnés

Parmi les paysans, les serfs sont attachés à la terre et soumis à des charges particulières : le chevage (taxe par tête), la mainmorte (le seigneur hérite de leurs biens) et le formariage (taxe pour se marier hors de la seigneurie). L’Église, elle, prélève la dîme, environ un dixième des récoltes.

L’Église face à la violence féodale

La multiplication des châteaux entraîne des guerres privées entre seigneurs. L’Église tente de les limiter par la paix de Dieu (concile de Charroux, 989), qui protège clercs, paysans et biens d’Église, puis par la trêve de Dieu (à partir de 1027), qui interdit de combattre à certaines périodes de la semaine et de l’année. Elle christianise aussi l’idéal guerrier : la chevalerie, avec la cérémonie de l'adoubement, doit protéger les faibles et servir l’Église. Les croisades détournent une partie de cette violence vers l’Orient.

Le déclin de la féodalité

À partir du XIIe siècle, les rois capétiens utilisent les règles féodales à leur profit. Philippe Auguste prononce la confiscation des fiefs français de son vassal Jean sans Terre, roi d’Angleterre (1202), et conquiert la Normandie (1204), puis triomphe à Bouvines (1214). Le roi affirme qu’il n’est le vassal de personne. Peu à peu, l’administration royale (baillis, sénéchaux, parlement), l’impôt permanent et l’armée permanente, nés notamment de la guerre de Cent Ans, remplacent les liens féodaux, jusqu’à la monarchie absolue.

Les droits seigneuriaux survivent pourtant jusqu’à la Révolution : l’Assemblée nationale proclame l'abolition des privilèges dans la nuit du 4 août 1789, et précise par des décrets votés du 5 au 11 août que « l’Assemblée nationale détruit entièrement le régime féodal ».

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre suzerain et vassal ?

Le suzerain est le seigneur qui concède un fief ; le vassal est celui qui le reçoit en lui prêtant hommage. Un même noble peut être vassal d’un grand seigneur et suzerain de chevaliers plus modestes.

Quelle est la différence entre féodalité et seigneurie ?

La féodalité désigne les liens entre nobles (vassalité, fiefs) ; la seigneurie désigne la domination d’un seigneur sur une terre et sur les paysans qui y vivent. Les deux sont liées mais distinctes.

Un serf est-il un esclave ?

Non. Le serf n’est pas une marchandise que l’on peut vendre ; il a une famille, une maison et des biens, mais il est attaché à la terre et soumis à des charges particulières. Le servage recule fortement en France à partir du XIIIe siècle.

Quand la féodalité a-t-elle été abolie en France ?

Lors de la nuit du 4 août 1789, au début de la Révolution française, puis par les décrets des jours suivants. Certains droits seigneuriaux ont été supprimés sans indemnité seulement en 1793.

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