Histoire · Moyen Âge
L’âge d’or islamique
L’âge d’or islamique désigne la période, du VIIIe au XIIIe siècle environ, où le monde musulman, de Bagdad à Cordoue, fut le principal foyer scientifique et intellectuel de la planète.
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L'âge d’or islamique est la période de grand rayonnement culturel et scientifique du monde musulman, que l’on situe en général entre le milieu du VIIIe siècle, avec l’avènement des califes abbassides et la fondation de Bagdad (762), et le milieu du XIIIe siècle, quand les Mongols détruisent Bagdad (1258). Pendant ces cinq siècles, des savants de langue arabe, musulmans, chrétiens, juifs ou zoroastriens, traduisent, commentent et dépassent les savoirs grecs, perses et indiens. Ils font progresser les mathématiques, l’astronomie, la médecine, l’optique et la philosophie, avant de transmettre une partie de ces connaissances à l’Europe du Moyen Âge.
Le contexte : un immense espace unifié
En un siècle après la mort de Mahomet (632), les conquêtes arabes s’étendent de l’Espagne à l’Asie centrale. Cet espace partage une langue de culture, l'arabe, et une religion dominante, et favorise la circulation des marchands, des savants, des livres et des techniques. Deux autres facteurs sont décisifs :
- Le papier : sa fabrication, venue de Chine, est connue à Samarcande au milieu du VIIIe siècle ; un premier moulin à papier est attesté à Bagdad vers 794-795. Moins cher que le parchemin, le papier permet la multiplication des livres et des bibliothèques.
- Le mécénat des califes, des princes et des riches particuliers, qui financent traductions, observatoires et hôpitaux.
Les grands centres
| Ville | Dynastie | Repères |
|---|---|---|
| Bagdad | Abbassides | Fondée en 762 par le calife al-Mansour ; Maison de la sagesse ; détruite par les Mongols en 1258 |
| Cordoue | Omeyyades d’al-Andalus | Émirat (756), puis califat (929) ; Grande Mosquée ; l’une des plus grandes villes d’Europe au Xe siècle |
| Le Caire | Fatimides, puis Ayyoubides et Mamelouks | Fondé en 969 ; mosquée-université al-Azhar (970) |
| Fès | Idrissides, puis dynasties berbères | Mosquée al-Qarawiyyin, fondée en 859 par Fatima al-Fihri |
| Boukhara, Samarcande | Samanides | Foyers de la science persane (Avicenne est né près de Boukhara) |
| Tolède | (après 1085, ville chrétienne) | Grand centre de traduction de l’arabe vers le latin au XIIe siècle |
La Maison de la sagesse et le mouvement de traduction
Sous les califes Haroun al-Rachid (786-809) et surtout al-Mamoun (813-833), Bagdad devient le centre d’un vaste mouvement de traduction vers l’arabe des œuvres grecques (Aristote, Platon, Euclide, Ptolémée, Galien, Hippocrate), perses et indiennes. La Maison de la sagesse (Bayt al-Hikma) est à la fois bibliothèque et lieu de travail des traducteurs et savants. Le plus célèbre traducteur, Hunayn ibn Ishaq (809-873), chrétien nestorien, traduit une grande partie du corpus médical grec.
Les grands savants
| Savant | Dates | Domaine | Apport principal |
|---|---|---|---|
| Al-Khwarizmi | vers 780 – vers 850 | Mathématiques, astronomie | Traité d'al-jabr (d’où « algèbre ») ; diffusion des chiffres indiens ; son nom a donné « algorithme » |
| Al-Kindi | vers 801 – vers 873 | Philosophie, sciences | Premier grand philosophe de langue arabe ; cryptographie |
| Al-Razi (Rhazès) | vers 865 – vers 925 | Médecine, chimie | Distingue la variole de la rougeole ; grand clinicien |
| Al-Farabi | vers 872 – 950 | Philosophie | Commentaires d’Aristote, philosophie politique |
| Ibn al-Haytham (Alhazen) | vers 965 – vers 1040 | Optique | Explique la vision par la lumière entrant dans l’œil ; méthode expérimentale |
| Al-Biruni | 973 – vers 1050 | Astronomie, géographie | Mesure du rayon de la Terre ; étude de l’Inde |
| Ibn Sina (Avicenne) | 980 – 1037 | Médecine, philosophie | Canon de la médecine, enseigné en Europe jusqu’au XVIIe siècle |
| Omar Khayyam | 1048 – 1131 | Mathématiques, poésie | Équations du troisième degré ; réforme du calendrier persan ; Quatrains |
| Ibn Rushd (Averroès) | 1126 – 1198 | Philosophie, droit, médecine | Grand commentateur d’Aristote, très lu dans l’Europe latine |
| Maïmonide | 1138 – 1204 | Philosophie, médecine | Penseur juif de Cordoue, écrit en arabe le Guide des égarés |
Les apports aux sciences
- Les mathématiques : adoption du système décimal positionnel et du zéro venus d’Inde (nos chiffres dits « arabes »), développement de l’algèbre et de la trigonométrie.
- L’astronomie : observatoires (Bagdad, Maragha au XIIIe siècle), tables astronomiques, perfectionnement de l’astrolabe. De nombreuses étoiles portent un nom d’origine arabe : Aldébaran, Bételgeuse, Altaïr, Véga.
- La médecine : hôpitaux (bimaristans) avec services spécialisés et enseignement, pharmacologie, chirurgie (Abulcasis, à Cordoue, vers 1000).
- La chimie : distillation, alambic ; des mots comme alcool, alchimie, élixir viennent de l’arabe.
- La géographie : cartes d’al-Idrisi pour le roi Roger II de Sicile (1154), récits de voyage d’Ibn Battuta au XIVe siècle.
La philosophie (falsafa) cherche à concilier la raison grecque et la révélation. Elle suscite aussi des critiques, comme celle d’al-Ghazali (1058-1111), qui conteste les prétentions des philosophes.
La transmission à l’Europe
Aux XIe et XIIe siècles, des traducteurs travaillent en Espagne (Tolède, après sa prise par les chrétiens en 1085) et en Sicile pour mettre en latin les œuvres arabes et les textes grecs qu’elles conservaient ou commentaient. Gérard de Crémone traduit à Tolède plusieurs dizaines d’ouvrages, dont l'Almageste de Ptolémée et le Canon d’Avicenne. Ces traductions nourrissent les universités médiévales et la scolastique. Le français garde la trace de ces échanges : algèbre, chiffre, zéro, zénith, azimut, sirop, sucre, coton.
Pourquoi parle-t-on de fin de l’âge d’or ?
La date de 1258, sac de Bagdad par les Mongols de Houlagou, est symbolique (voir Empire mongol). Les historiens nuancent l’idée d’un déclin brutal : la fragmentation politique, les pertes territoriales en Espagne et les invasions ont joué, mais la production scientifique s’est poursuivie, notamment en astronomie (Maragha, Samarcande au XVe siècle) et dans les empires ottoman, safavide et moghol.
Questions fréquentes
Pourquoi parle-t-on de chiffres arabes ?
Parce que les Européens les ont reçus des Arabes, notamment par les traductions d’al-Khwarizmi et par Fibonacci (Liber abaci, 1202). Mais ce système décimal avec zéro a été inventé en Inde.
Qu’est-ce que la Maison de la sagesse ?
Une institution savante de Bagdad, développée au IXe siècle par les califes abbassides, notamment al-Mamoun, qui rassemblait une bibliothèque et des traducteurs chargés de mettre en arabe les œuvres grecques, perses et indiennes.
Les savants de l’âge d’or islamique étaient-ils tous arabes ?
Non. Beaucoup étaient perses (Avicenne, al-Khwarizmi, al-Razi), d’Asie centrale (al-Farabi, al-Biruni), berbères ou andalous ; certains étaient chrétiens ou juifs. Ils avaient en commun d’écrire en arabe, la langue savante de l’époque.