Histoire · Moyen Âge
Magna Carta
La Magna Carta, ou Grande Charte, est le texte que les barons anglais imposent au roi Jean sans Terre le 15 juin 1215. Elle affirme que le roi lui-même est soumis à la loi.
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La Magna Carta (« Grande Charte » en latin) est une charte de libertés accordée le 15 juin 1215 à Runnymede, prairie au bord de la Tamise près de Windsor, par le roi d’Angleterre Jean sans Terre à ses barons révoltés. Conçue comme un traité de paix féodal, vite annulée, elle a pourtant traversé les siècles : son principe central, la soumission du pouvoir royal à la loi, en fait l’un des textes fondateurs de l’État de droit et des libertés publiques.
L’essentiel en bref
| Repère | Donnée |
|---|---|
| Date | 15 juin 1215 (scellée, et non signée, par le roi) |
| Lieu | Runnymede, Surrey |
| Parties | le roi Jean sans Terre et les barons révoltés |
| Langue | latin |
| Contenu | 63 clauses dans la version de 1215 |
| Annulation | bulle du pape Innocent III, août 1215 |
| Rééditions | 1216, 1217, 1225 ; confirmée en 1297 |
| Originaux de 1215 | 4 exemplaires conservés (2 à la British Library, 1 à Lincoln, 1 à Salisbury) |
Pourquoi les barons se révoltent
Le frère et successeur de Richard Cœur de Lion, Jean sans Terre (roi de 1199 à 1216), accumule les échecs :
- il perd la Normandie et l’Anjou face à Philippe Auguste en 1204 ;
- sa tentative de reconquête s’effondre avec la défaite de ses alliés à Bouvines en 1214 ;
- pour financer ses guerres, il multiplie les taxes féodales, notamment l'écuage (impôt remplaçant le service militaire), et les amendes arbitraires ;
- son conflit avec le pape Innocent III vaut à l’Angleterre un interdit religieux (1208) et à Jean une excommunication (1209), jusqu’à sa soumission en 1213.
En mai 1215, une partie des barons renonce à son hommage et prend Londres. Le roi doit négocier.
Que contient la Magna Carta ?
Le texte de 1215 est surtout une liste de griefs féodaux concrets : droits de succession, tutelle des héritiers, remariage des veuves, dettes, forêts royales, poids et mesures. Quelques clauses ont une portée beaucoup plus générale.
| Clause (1215) | Contenu |
|---|---|
| 1 | Liberté de l’Église d’Angleterre |
| 12 | Aucun écuage ou aide extraordinaire sans le consentement du « commun conseil du royaume » |
| 13 | Confirmation des libertés et coutumes de la cité de Londres |
| 39 | Aucun homme libre ne sera arrêté, emprisonné, dépossédé ou exilé sans un jugement légal de ses pairs ou selon la loi du pays |
| 40 | La justice ne sera ni vendue, ni refusée, ni retardée à quiconque |
| 61 | Un conseil de 25 barons pourra contraindre le roi, au besoin par la force, s’il viole la charte |
Une charte aussitôt annulée
Jean n’a pas l’intention de respecter la charte. À sa demande, le pape Innocent III la déclare nulle en août 1215. La guerre reprend : c’est la première guerre des barons. Les rebelles offrent la couronne au prince Louis de France, fils de Philippe Auguste, qui débarque en 1216 et entre à Londres.
La mort de Jean, en octobre 1216, change tout. Les conseillers de son fils Henri III, âgé de 9 ans, rééditent la charte, expurgée de ses clauses les plus radicales, pour rallier les barons. Louis repart en 1217.
Les rééditions et la naissance d’un mythe
- 1216 et 1217 : nouvelles versions. En 1217, une Charte de la forêt distincte est publiée ; le texte principal prend alors le nom de Magna Carta, la « grande » charte.
- 1225 : version définitive accordée par Henri III en échange d’un impôt ; c’est elle qui entre dans le droit anglais.
- 1297 : confirmation par Édouard Ier et inscription dans les registres du Parlement.
Au XVIIe siècle, les juristes opposés à l’absolutisme des Stuarts, comme Edward Coke, redécouvrent la charte et en font le fondement des libertés anglaises lors des conflits qui mènent à la révolution anglaise. Elle inspire l'Habeas Corpus Act (1679) et le Bill of Rights (1689).
Une influence mondiale
- États-Unis : les colons américains invoquent la charte contre le Parlement britannique ; la garantie d’une procédure régulière (due process) des 5e et 14e amendements de la Constitution en dérive.
- Droits de l’homme : la Déclaration des droits de l’homme de 1789 et la Déclaration universelle de 1948 reprennent l’idée que nul ne peut être détenu arbitrairement.
- Royaume-Uni : trois dispositions sont encore en vigueur, celles sur la liberté de l’Église, sur les libertés de Londres et sur le jugement légal.
Questions fréquentes
Qui a signé la Magna Carta ?
Le roi Jean sans Terre l’a scellée de son sceau le 15 juin 1215 à Runnymede, face aux barons révoltés. Les rois de l’époque ne signaient pas les actes.
La Magna Carta est-elle une constitution ?
Non. C’est une charte féodale de libertés. Le Royaume-Uni n’a pas de constitution écrite unique, mais la Magna Carta fait partie de ses textes de référence.
Combien d’articles compte la Magna Carta ?
63 clauses dans la version de 1215. Les éditeurs modernes les ont numérotées ; l’original est un texte continu.
Où voir la Magna Carta ?
Deux exemplaires originaux de 1215 sont conservés à la British Library de Londres, les deux autres à Lincoln (exposé au château) et à la cathédrale de Salisbury.