Histoire · Époque moderne
Les révolutions anglaises
Au XVIIe siècle, deux révolutions opposent les Stuart au Parlement : la première mène à l’exécution de Charles Ier (1649) et à Cromwell, la seconde (1688-1689) à une monarchie parlementaire.
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L’Angleterre connaît au XVIIe siècle deux révolutions successives qui aboutissent, un siècle avant la Révolution française, à limiter durablement le pouvoir royal. Le conflit porte sur trois questions liées : qui lève l’impôt, qui commande l’armée et quelle religion doit être celle du royaume. La première révolution est violente ; la seconde, presque sans combat en Angleterre, est restée dans l’histoire comme la « Glorieuse Révolution ». Elles ouvrent la voie au parlementarisme britannique et inspirent les penseurs des Lumières.
Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 1603 | Jacques VI d’Écosse devient Jacques Ier d’Angleterre : début des Stuart |
| 1625 | Avènement de Charles Ier |
| 1628 | Pétition des droits |
| 1629-1640 | Charles Ier gouverne sans Parlement (« tyrannie de onze ans ») |
| 1640 | Convocation du Court puis du Long Parlement |
| 1642 | Début de la première guerre civile |
| 1645 | Victoire de la New Model Army à Naseby |
| 1648 | « Purge de Pride » : le Parlement est épuré (Parlement croupion) |
| 30 janvier 1649 | Exécution de Charles Ier ; abolition de la monarchie |
| 1653-1658 | Protectorat d’Oliver Cromwell |
| 1660 | Restauration de Charles II |
| 1679 | Habeas Corpus Act |
| 1688 | Débarquement de Guillaume d’Orange ; fuite de Jacques II |
| 1689 | Bill of Rights ; Guillaume III et Marie II souverains |
Aux origines du conflit
Les Stuart, Jacques Ier puis Charles Ier, défendent la théorie du droit divin des rois et tentent de gouverner sans le contrôle du Parlement, à l’image des monarchies du continent (voir monarchie absolue). Or, en Angleterre, la tradition, depuis la Grande Charte de 1215, veut que l’impôt soit consenti par le Parlement, composé de la Chambre des lords et de la Chambre des communes.
Les tensions sont aussi religieuses. L’Église d’Angleterre, anglicane, est contestée par les puritains, calvinistes rigoureux, qui la jugent trop proche du catholicisme. La politique de l’archevêque William Laud, qui impose une liturgie ritualiste, et le mariage du roi avec une princesse catholique française, Henriette-Marie, renforcent les soupçons.
En 1628, le Parlement impose à Charles Ier la Pétition des droits, qui interdit les impôts non votés et les emprisonnements arbitraires. Le roi dissout le Parlement en 1629 et gouverne seul pendant onze ans. La révolte de l'Écosse presbytérienne contre le nouveau livre de prières l’oblige, faute d’argent, à convoquer de nouveau le Parlement en 1640.
La première révolution (1642-1660)
La guerre civile
Le Long Parlement fait exécuter le principal ministre du roi, Strafford (1641), et adopte la Grande Remontrance. En janvier 1642, Charles Ier tente d’arrêter cinq députés dans l’enceinte des Communes et échoue. En août, il lève son étendard à Nottingham : c’est la guerre civile entre Cavaliers (royalistes) et Têtes rondes (parlementaires, surnommés ainsi pour les cheveux courts de nombreux puritains).
Le Parlement crée une armée professionnelle et disciplinée, la New Model Army, dont Oliver Cromwell, gentilhomme puritain, commande la cavalerie (les Ironsides). Elle écrase les royalistes à Naseby (1645). Le roi se rend aux Écossais, qui le livrent au Parlement. Une seconde guerre civile éclate en 1648, vite réprimée.
L’exécution du roi
En décembre 1648, l’armée chasse du Parlement les députés favorables à un compromis : il ne reste qu’un « Parlement croupion » (Rump Parliament). Celui-ci fait juger Charles Ier pour trahison envers son peuple. Le roi refuse de reconnaître la compétence du tribunal. Il est décapité le 30 janvier 1649 devant le palais de Whitehall à Londres. C’est la première fois en Europe qu’un souverain régnant est jugé et exécuté au nom du peuple. La monarchie et la Chambre des lords sont abolies : l’Angleterre devient une république, le Commonwealth.
Cromwell et le Protectorat
Cromwell réprime durement l’Irlande catholique (massacres de Drogheda et de Wexford, 1649) et soumet l’Écosse. En 1653, il dissout le Parlement croupion et devient Lord Protecteur : il gouverne avec l’armée, dans un régime de plus en plus autoritaire et moralisateur. Des groupes radicaux, comme les Niveleurs (Levellers), qui réclamaient le suffrage étendu, sont écartés. Les Actes de navigation (1651) favorisent le commerce maritime anglais contre les Hollandais. Cromwell meurt en 1658 ; son fils Richard ne parvient pas à se maintenir.
La Restauration (1660-1688)
En 1660, le Parlement rappelle le fils du roi exécuté, Charles II, réfugié en France. Le corps de Cromwell est exhumé et pendu symboliquement. Charles II gouverne habilement avec le Parlement, où apparaissent deux tendances : les tories, favorables à la prérogative royale, et les whigs, attachés aux droits du Parlement et hostiles au catholicisme. En 1679 est voté l'Habeas Corpus Act, qui interdit de détenir une personne sans la présenter rapidement à un juge.
La Glorieuse Révolution (1688-1689)
Son frère Jacques II, catholique, lui succède en 1685. Il nomme des catholiques aux postes clés et suspend les lois contre eux. La naissance d’un fils en juin 1688, qui promet une dynastie catholique, pousse des parlementaires whigs et tories à appeler le gendre protestant de Jacques II, Guillaume d’Orange, stathouder des Provinces-Unies. Guillaume débarque en novembre 1688 ; abandonné, Jacques II s’enfuit en France.
Le Parlement déclare le trône vacant et l’offre conjointement à Guillaume III et Marie II, à condition qu’ils acceptent la Déclaration des droits, adoptée sous forme de loi en décembre 1689 : le Bill of Rights.
En Irlande et en Écosse, la révolution n’est pas « glorieuse » : les partisans de Jacques II, les jacobites, sont vaincus, notamment à la bataille de la Boyne (1690) en Irlande.
Les conséquences
- La monarchie parlementaire s’installe : le roi règne, mais doit gouverner avec un Parlement qui vote l’impôt et les lois.
- L’Acte de tolérance (1689) accorde la liberté de culte aux protestants dissidents, mais pas aux catholiques.
- Le philosophe John Locke publie en 1689-1690 ses Deux Traités du gouvernement, qui justifient le droit de résister à un pouvoir tyrannique ; ils influenceront la révolution américaine.
- Thomas Hobbes, témoin de la guerre civile, en avait tiré une conclusion inverse dans le Léviathan (1651) : la nécessité d’un pouvoir fort pour éviter le chaos.
- L’Angleterre, unie à l’Écosse en 1707 pour former la Grande-Bretagne, s’engage dans un siècle d’essor commercial et colonial (voir Empire britannique).
Questions fréquentes
Pourquoi parle-t-on de « Glorieuse Révolution » ?
Parce qu’en Angleterre, le changement de souverain en 1688-1689 s’est fait presque sans effusion de sang, par un accord entre le Parlement et Guillaume d’Orange. Ce n’est pas le cas en Irlande ni en Écosse.
Qui était Oliver Cromwell ?
Un gentilhomme puritain, député, devenu chef militaire de l’armée parlementaire pendant la guerre civile, puis Lord Protecteur de 1653 à sa mort en 1658. Il reste une figure très controversée, notamment pour sa répression en Irlande.
L’Angleterre a-t-elle été une république ?
Oui, de 1649 à 1660, sous le nom de Commonwealth, puis de Protectorat à partir de 1653. La monarchie fut restaurée en 1660.
Quelle différence avec la Révolution française ?
Les révolutions anglaises sont plus anciennes et ont un fort contenu religieux. Elles aboutissent à un compromis entre monarchie et Parlement, alors que la Révolution française proclame des droits universels et finit par abolir la monarchie.