Histoire · Époque moderne
Pierre le Grand
Pierre Ier le Grand (1672-1725), tsar puis premier empereur de Russie, modernise son pays à marche forcée sur le modèle européen. Vainqueur de la Suède, il fonde Saint-Pétersbourg.
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Pierre Alexeïevitch Romanov naît à Moscou le 9 juin 1672 (30 mai selon le calendrier julien alors en usage en Russie). Il règne de 1682 à sa mort, le 8 février 1725. Sous son règne, la Russie, État encore tourné vers ses traditions orthodoxes et peu ouvert sur l’Europe, se dote d’une armée et d’une flotte modernes, d’une administration réorganisée et d’une nouvelle capitale sur la Baltique. Ses méthodes sont brutales et ses réformes ne touchent qu’une partie de la société, mais elles orientent durablement l’histoire russe. Il prend en 1721 le titre d'empereur (imperator).
Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 1682 | Pierre proclamé tsar à 10 ans, conjointement avec son demi-frère Ivan V, sous la régence de Sophie |
| 1689 | Pierre écarte Sophie et prend le pouvoir réel |
| 1696 | Prise d’Azov aux Ottomans |
| 1697-1698 | Grande Ambassade en Europe occidentale |
| 1698 | Répression sanglante de la révolte des streltsy |
| 1700 | Début de la grande guerre du Nord ; défaite de Narva |
| 1703 | Fondation de Saint-Pétersbourg |
| 1709 | Victoire de Poltava sur Charles XII de Suède |
| 1711 | Défaite face aux Ottomans sur le Prut ; création du Sénat |
| 1717 | Second voyage en Europe, dont un séjour à Paris |
| 1718 | Mort du tsarévitch Alexis en prison |
| 1721 | Paix de Nystad ; Pierre prend le titre d’empereur |
| 1722 | Table des rangs |
| 1725 | Mort de Pierre ; son épouse Catherine Ire lui succède |
Une jeunesse hors du commun
Fils du tsar Alexis et de sa seconde épouse, Natalia Narychkina, Pierre est témoin enfant, en 1682, de la révolte des streltsy (garde moscovite) qui massacre plusieurs de ses proches. Écarté du Kremlin pendant la régence de sa demi-sœur Sophie, il grandit au village de Preobrajenskoïe, près de Moscou. Il y forme des régiments de jeux avec des jeunes gens de son âge, qui deviendront les régiments de la Garde (Preobrajenski, Semionovski), et fréquente le faubourg allemand, où vivent les étrangers : il y apprend la navigation, la charpenterie, les mathématiques et l’art militaire. Mesurant plus de 2 mètres, d’une énergie inépuisable, il pratique lui-même une quinzaine de métiers manuels.
La Grande Ambassade
En 1697-1698, Pierre voyage en Europe occidentale avec une délégation de 250 personnes, officiellement pour chercher des alliés contre les Ottomans. Il voyage incognito sous le nom de « Pierre Mikhaïlov », travaille comme charpentier dans les chantiers navals de la Compagnie des Indes orientales à Amsterdam, puis à Deptford, près de Londres, visite manufactures, arsenaux, observatoires et universités, et recrute des centaines de spécialistes étrangers. La révolte des streltsy le rappelle à Moscou : la répression est impitoyable, avec plus d’un millier d’exécutions.
Les réformes
| Domaine | Mesures principales |
|---|---|
| Armée | Conscription (un homme pour un nombre fixe de foyers), service à vie, armée permanente de plus de 200 000 hommes à la fin du règne |
| Marine | Création d’une flotte de guerre sur la Baltique, quasi inexistante auparavant |
| Administration | Sénat (1711), collèges ministériels sur le modèle suédois (1717-1721), découpage en gouvernements |
| Noblesse | Table des rangs (1722) : 14 grades militaires, civils et de cour, où l’avancement dépend du service |
| Église | Suppression du patriarcat ; création du Saint-Synode (1721) contrôlé par l’État |
| Économie | Manufactures, mines de l’Oural, protectionnisme, impôt par tête (capitation) |
| Société et culture | Calendrier julien compté à partir de la naissance du Christ (1700), alphabet civil simplifié, premier journal, Kunstkamera, projet d’Académie des sciences (ouverte en 1725) |
Pierre impose aussi des signes visibles d’occidentalisation : il fait couper les barbes des boyards (puis taxe ceux qui veulent les garder), impose l’habit européen à la noblesse et organise des assemblées où hommes et femmes se rencontrent.
La guerre du Nord et Saint-Pétersbourg
Pour obtenir un accès à la mer Baltique, contrôlée par la Suède, Pierre s’allie au Danemark et à la Saxe-Pologne. La grande guerre du Nord (1700-1721) commence par un désastre : à Narva (1700), le jeune roi Charles XII de Suède écrase l’armée russe. Pierre réorganise son armée, fait fondre des cloches d’église pour fabriquer des canons et s’installe à l’embouchure de la Neva.
Le 27 mai 1703 (16 mai julien), il y fonde Saint-Pétersbourg, sur des marécages, au prix de la mort de nombreux ouvriers serfs et prisonniers, dont le nombre exact est inconnu. La ville devient la capitale de la Russie vers 1712 et le reste jusqu’en 1918. Sa forteresse Pierre-et-Paul et son urbanisme régulier, dessinés par des architectes européens comme le Suisse-Italien Domenico Trezzini, en font une « fenêtre ouverte sur l’Europe ».
La victoire décisive a lieu à Poltava, en Ukraine, le 8 juillet 1709 (27 juin julien) : l’armée de Charles XII est anéantie ; le roi se réfugie chez les Ottomans. Par la paix de Nystad (1721), la Suède cède à la Russie l’Ingrie, l’Estonie, la Livonie et une partie de la Carélie. La Russie remplace la Suède comme puissance dominante du Nord de l’Europe.
La face sombre du règne
- Les réformes sont financées par une pression fiscale et des réquisitions énormes qui pèsent sur les paysans ; le servage se renforce.
- Les révoltes, comme celle des Cosaques du Don de Kondrati Boulavine (1707-1708) ou celle d’Astrakhan (1705), sont écrasées.
- Le tsarévitch Alexis, son fils aîné, hostile à ses réformes, s’enfuit à Vienne ; ramené en Russie, il est condamné pour trahison et meurt en 1718 en prison après avoir été torturé.
L’héritage
Pierre meurt en 1725 sans avoir désigné clairement de successeur, après avoir établi par un oukase de 1722 que le souverain choisirait son héritier. Son épouse, Catherine Ire, ancienne servante d’origine lituano-livonienne, lui succède. Le débat sur son œuvre traverse toute l’histoire intellectuelle russe : les « occidentalistes » du XIXe siècle y voient le fondateur de la Russie moderne, les « slavophiles » une rupture avec l’identité nationale. Son œuvre est poursuivie par Catherine II, qui lui fait ériger à Saint-Pétersbourg la célèbre statue équestre du Cavalier de bronze (1782).
Questions fréquentes
Pourquoi Pierre est-il appelé « le Grand » ?
Le Sénat lui décerne en 1721, après la victoire sur la Suède, les titres de « Père de la patrie », « Empereur de toute la Russie » et « le Grand », en reconnaissance de ses conquêtes et de ses réformes.
Pourquoi a-t-il fondé Saint-Pétersbourg ?
Pour donner à la Russie un port sur la Baltique, une base pour sa flotte et une capitale tournée vers l’Europe, loin de Moscou et de ses traditions.
Pierre le Grand a-t-il visité la France ?
Oui, en 1717. Il séjourna à Paris, rencontra le jeune Louis XV, visita la Sorbonne, les Gobelins, l’Observatoire et Versailles, et assista à une séance de l’Académie des sciences, dont il fut élu membre.
Qui lui a succédé ?
Sa seconde épouse, Catherine Ire, de 1725 à 1727. Elle ne doit pas être confondue avec Catherine II la Grande, qui régna de 1762 à 1796.