Histoire · Époque moderne
Le premier empire colonial français
Le premier empire colonial français se forme du XVIe au XVIIIe siècle : Nouvelle-France en Amérique du Nord, Antilles sucrières, comptoirs en Afrique et en Inde. Il est en grande partie perdu en 1763 et après la Révolution.
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On appelle premier empire colonial français l’ensemble des territoires que la France acquiert outre-mer du XVIe au XVIIIe siècle, avant les conquêtes du XIXe siècle (le second empire colonial). Il comprend la Nouvelle-France (Canada, Acadie, Louisiane), les Antilles (Saint-Domingue, Martinique, Guadeloupe), la Guyane, des comptoirs en Afrique (Saint-Louis, Gorée) et dans l’océan Indien (île Bourbon, île de France, Pondichéry). Il repose largement sur l'esclavage et le commerce du sucre. Au traité de Paris de 1763, la France perd l’essentiel de ses possessions nord-américaines et indiennes ; la révolution haïtienne lui fait perdre Saint-Domingue en 1804.
Les grandes étapes
| Date | Événement |
|---|---|
| 1534 | Jacques Cartier explore le Saint-Laurent |
| 1604-1605 | Fondation de Port-Royal en Acadie |
| 1608 | Samuel de Champlain fonde Québec |
| 1626-1635 | Installation à Saint-Christophe, puis en Martinique et en Guadeloupe (1635) |
| 1659 | Fondation de Saint-Louis du Sénégal |
| 1663 | La Nouvelle-France devient colonie royale |
| 1664 | Compagnies des Indes orientales et occidentales (Colbert) ; occupation de la Guyane (Cayenne) |
| 1665 | Début du peuplement de l’île Bourbon (La Réunion) |
| 1674 | Fondation de Pondichéry en Inde |
| 1682 | Cavelier de La Salle prend possession de la Louisiane |
| 1685 | Code noir |
| 1697 | Traité de Ryswick : la partie ouest de Saint-Domingue devient française |
| 1713 | Traité d’Utrecht : perte de l’Acadie, de Terre-Neuve et de la baie d’Hudson |
| 1715 | Prise de possession de l’île de France (Maurice) |
| 1755 | Déportation des Acadiens par les Britanniques |
| 1759 | Bataille des plaines d’Abraham |
| 1763 | Traité de Paris : perte du Canada et de l’Inde (sauf cinq comptoirs) |
| 1794 | Première abolition de l’esclavage |
| 1803 | Vente de la Louisiane aux États-Unis |
| 1804 | Indépendance d'Haïti |
Les espaces de l’empire
| Espace | Territoires | Ressources |
|---|---|---|
| Amérique du Nord | Canada (vallée du Saint-Laurent), Acadie, Pays d’en Haut, Louisiane | Fourrures (castor), pêche à la morue |
| Antilles et Guyane | Saint-Domingue, Martinique, Guadeloupe, Guyane | Sucre, café, indigo, coton, cacao |
| Afrique | Saint-Louis, Gorée (Sénégal) | Comptoirs de traite |
| Océan Indien | Île Bourbon, île de France | Café, escale vers l’Asie |
| Inde | Pondichéry, Chandernagor, Karikal, Mahé, Yanaon | Cotonnades (indiennes), épices, thé |
Ces territoires sont très inégalement peuplés : la Nouvelle-France ne compte qu’environ 70 000 colons vers 1760, face à plus d’un million de colons dans les colonies britanniques voisines.
Une économie fondée sur l’esclavage
Les Antilles sont le cœur économique de l’empire. Au XVIIIe siècle, Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti) est la colonie la plus riche du monde : elle produit vers 1789 environ 40 % du sucre et plus de la moitié du café consommés en Europe. Cette richesse repose sur le travail forcé d’esclaves déportés d’Afrique par la traite négrière. Vers 1789, Saint-Domingue compte environ 500 000 esclaves pour environ 30 000 Blancs et 28 000 libres de couleur.
Le commerce triangulaire
Les navires partent des ports français (Nantes, premier port négrier, Bordeaux, La Rochelle, Le Havre) avec des marchandises (tissus, armes, alcool), achètent des captifs sur les côtes africaines, les vendent aux Antilles et rapportent du sucre et du café. Les ports atlantiques connaissent un âge d’or au XVIIIe siècle.
Le Code noir
Publié en 1685, le Code noir encadre l’esclavage dans les colonies françaises. Il fait de l’esclave un bien meuble, impose le baptême catholique, prévoit des châtiments très durs pour les fuites (marronnage) et des obligations rarement respectées pour les maîtres.
Rivalités et pertes
La France affronte l’Angleterre dans une série de guerres pour la domination coloniale et maritime. La plus décisive est la guerre de Sept Ans (1756-1763). Au traité de Paris (1763), la France cède :
- le Canada et la rive gauche du Mississippi à la Grande-Bretagne ;
- la Louisiane occidentale à l’Espagne ;
- ses possessions en Inde, sauf cinq comptoirs.
Elle conserve les îles à sucre, plus rentables, ainsi que Saint-Pierre-et-Miquelon. Voltaire avait écrit que l’on se battait pour « quelques arpents de neige » au Canada.
La France prend sa revanche en soutenant la révolution américaine (1778-1783), mais sans récupérer le Canada. Pendant la Révolution, la révolte des esclaves de Saint-Domingue (1791), menée notamment par Toussaint Louverture, aboutit à l'indépendance d’Haïti en 1804 (voir la révolution haïtienne). Napoléon vend la Louisiane aux États-Unis en 1803.
Ce qu’il en reste
Plusieurs territoires d’outre-mer actuels sont issus de ce premier empire : Martinique, Guadeloupe, Guyane, La Réunion, Saint-Pierre-et-Miquelon. Il a laissé une forte présence francophone au Québec, en Acadie et en Louisiane, et une mémoire douloureuse de l’esclavage, aboli définitivement en 1848 (voir abolition de l’esclavage).
Exercice corrigé
Pourquoi la France conserve-t-elle les Antilles et abandonne-t-elle le Canada en 1763 ?
- Parce que les îles à sucre, comme Saint-Domingue, rapportent beaucoup plus que le Canada, peu peuplé et surtout utile pour les fourrures. La France préfère garder ses colonies les plus rentables.
Questions fréquentes
Quelles étaient les colonies françaises au XVIIIe siècle ?
La Nouvelle-France (Canada, Acadie, Louisiane), les Antilles (Saint-Domingue, Martinique, Guadeloupe), la Guyane, des comptoirs au Sénégal et en Inde, les îles Bourbon et de France dans l’océan Indien.
Qu’est-ce que le traité de Paris de 1763 ?
C’est le traité qui met fin à la guerre de Sept Ans. La France y perd le Canada et l’essentiel de ses possessions en Inde au profit de la Grande-Bretagne.
Quelle était la colonie la plus riche de France ?
Saint-Domingue, l’actuelle Haïti, grâce à la production de sucre et de café fondée sur le travail de centaines de milliers d’esclaves.