Histoire · Histoire de France
La déportation des Acadiens
Le Grand Dérangement est la déportation des Acadiens par les autorités britanniques de Nouvelle-Écosse, de 1755 à 1763. Environ 10 000 Acadiens sont dispersés ; des milliers meurent.
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La déportation des Acadiens, ou Grand Dérangement, est l’expulsion massive des Acadiens, colons d’origine française installés dans l’actuelle Nouvelle-Écosse, ordonnée par le gouverneur britannique Charles Lawrence et son conseil à partir de l’été 1755. Leurs terres sont confisquées, leurs villages brûlés, et environ 10 000 personnes sont embarquées de force vers les colonies britanniques d’Amérique, l’Angleterre puis la France, jusqu’en 1763. Plusieurs milliers meurent. Une partie des exilés gagnera plus tard la Louisiane, où leurs descendants sont les Cadiens (Cajuns). Le Canada a reconnu officiellement ces torts en 2003.
L’Acadie avant 1755
L'Acadie est fondée en 1604 par Pierre Dugua de Mons et Samuel de Champlain sur l’île Sainte-Croix, puis à Port-Royal (1605). Peuplés à partir des années 1630 par quelques familles venues surtout du Centre-Ouest de la France, les Acadiens développent une société originale de paysans établis sur les marais de la baie Française (baie de Fundy), qu’ils assèchent grâce à des digues munies d'aboiteaux (clapets). Ils entretiennent de bonnes relations avec les Micmacs.
La colonie change plusieurs fois de mains entre France et Angleterre. Par le traité d’Utrecht (1713), elle devient la province britannique de Nouvelle-Écosse. Les Acadiens restent sur leurs terres, mais refusent de prêter un serment d’allégeance inconditionnel qui pourrait les obliger à combattre la France et leurs alliés autochtones. Ils se veulent « Français neutres ». Vers 1750, ils sont entre 12 000 et 15 000 environ dans la région, selon les estimations.
Pourquoi la déportation ?
Au milieu du XVIIIe siècle, la rivalité franco-britannique s’intensifie (voir Nouvelle-France). Les Britanniques fondent Halifax en 1749 pour contrebalancer la forteresse française de Louisbourg. Ils jugent les Acadiens peu sûrs, d’autant que certains ont été impliqués dans des combats aux côtés des Français. En juin 1755, ils s’emparent du fort français de Beauséjour, où se trouvaient des Acadiens armés. Le 28 juillet 1755, le conseil de Nouvelle-Écosse décide la déportation de tous les Acadiens qui refusent le serment. Les terres fertiles libérées seront distribuées à des colons de Nouvelle-Angleterre.
Le déroulement
| Date | Événement |
|---|---|
| 28 juillet 1755 | Décision de déporter les Acadiens |
| 5 septembre 1755 | À Grand-Pré, le lieutenant-colonel Winslow lit l’ordre de déportation aux hommes réunis dans l’église |
| Octobre-décembre 1755 | Premières déportations : environ 6 000 à 7 000 personnes |
| 1756-1757 | Résistance et fuite de nombreux Acadiens vers le Canada, l’île Saint-Jean et la Miramichi |
| 1758 | Après la prise de Louisbourg, déportation des Acadiens de l’île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard) et de l’île Royale vers la France ; naufrages meurtriers |
| 1759-1763 | Nouvelles rafles ; prisonniers détenus à Halifax |
| 1763 | Traité de Paris ; fin de la guerre |
| À partir de 1764-1765 | Autorisation de revenir dans la région sous conditions ; arrivées en Louisiane |
| 1785 | Sept navires transportent environ 1 600 Acadiens de France vers la Louisiane |
À Grand-Pré, les hommes convoqués dans l’église sont faits prisonniers ; les familles sont embarquées sur des navires, souvent séparées. Les villages sont incendiés pour empêcher le retour.
Les destinations
- Les colonies britanniques d’Amérique (Massachusetts, Connecticut, Pennsylvanie, Maryland, Caroline du Sud, Géorgie…), où les Acadiens, catholiques et francophones, sont mal accueillis, parfois réduits à l’indigence ou placés comme serviteurs ; la Virginie refuse ceux qu’on lui envoie, expédiés en Angleterre.
- L’Angleterre, où plusieurs centaines sont détenus jusqu’en 1763, avant d’être envoyés en France.
- La France, surtout les ports de l’Ouest (Saint-Malo, Cherbourg, Nantes) ; une tentative d’installation dans le Poitou échoue.
- Le Canada (Québec), où de nombreux réfugiés trouvent asile.
- La Louisiane, alors espagnole, où les Acadiens s’installent à partir de 1765, notamment dans la région des bayous.
Le bilan humain est lourd : plusieurs milliers d’Acadiens meurent de maladie (variole, typhus), de faim, de froid ou dans les naufrages, comme celui du Duke William en 1758. Les estimations varient, mais on considère souvent qu’un tiers à la moitié des déportés ont péri.
Une nouvelle Acadie
Après 1764, des Acadiens reviennent dans les Maritimes, mais leurs anciennes terres sont occupées : ils s’installent sur les côtes du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et de l’Île-du-Prince-Édouard. Au XIXe siècle, une renaissance acadienne s’organise : les conventions nationales acadiennes choisissent une fête nationale, le 15 août (1881), et un drapeau, le tricolore français frappé d’une étoile dorée (1884). Le poème Évangéline de l’Américain Longfellow (1847), qui raconte la séparation de deux fiancés, devient un symbole de cette mémoire. Le Nouveau-Brunswick est aujourd’hui la seule province officiellement bilingue du Canada, et environ un tiers de sa population est francophone.
La reconnaissance
Le 9 décembre 2003, une proclamation royale, signée au nom de la reine Élisabeth II, reconnaît les torts causés aux Acadiens par la déportation, sans présenter d’excuses ni ouvrir de droit à réparation. Elle désigne le 28 juillet, à partir de 2005, comme « Journée de commémoration du Grand Dérangement ». Le paysage de Grand-Pré est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2012. Depuis 1994, le Congrès mondial acadien réunit tous les cinq ans les Acadiens du monde entier.
Questions fréquentes
Pourquoi les Acadiens ont-ils été déportés ?
Parce que les autorités britanniques de Nouvelle-Écosse les considéraient comme une menace en cas de guerre contre la France, en raison de leur refus de prêter un serment d’allégeance inconditionnel, et parce que leurs terres fertiles étaient convoitées par des colons de Nouvelle-Angleterre.
Qui sont les Cajuns ?
Les Cadiens, ou Cajuns, sont les descendants des Acadiens installés en Louisiane après la déportation, mêlés à d’autres populations. Le mot Cajun est une déformation anglaise d'« Acadien ».
Combien d’Acadiens ont été déportés ?
Environ 10 000 personnes de 1755 à 1763, selon les estimations les plus courantes, dont 6 000 à 7 000 dès la fin de 1755. Plusieurs milliers sont morts pendant ou après la déportation.