Histoire · Histoire de France
Les Trente Glorieuses
Les Trente Glorieuses désignent les trois décennies de forte croissance économique qu’a connues la France, comme la plupart des pays développés, de la fin de la Seconde Guerre mondiale au milieu des années 1970.
Mis à jour le 3 min de lecture
L’expression Trente Glorieuses vient du titre d’un livre de l’économiste Jean Fourastié, Les Trente Glorieuses ou la révolution invisible de 1946 à 1975, publié en 1979. Elle désigne la période d’environ trente ans, de 1945 à 1975, pendant laquelle la France connaît une croissance économique exceptionnelle, d’environ 5 % par an en moyenne, le plein emploi et une transformation profonde des modes de vie. Le titre fait écho aux « Trois Glorieuses », les journées révolutionnaires de juillet 1830. La période s’achève avec le premier choc pétrolier de 1973 et la crise qui suit.
Les chiffres clés
| Indicateur | Vers 1950 | Vers 1975 |
|---|---|---|
| Croissance annuelle moyenne du PIB | environ 5 % par an sur la période | |
| Population | environ 42 millions | environ 53 millions |
| Part des agriculteurs dans l’emploi | environ 30 % | moins de 10 % |
| Ménages possédant une voiture | environ 1 sur 5 (1953) | près de 2 sur 3 |
| Ménages possédant un réfrigérateur | moins de 10 % (1954) | près de 90 % |
| Ménages possédant une télévision | 1 % (1954) | plus de 80 % |
| Chômage | très faible (moins de 2 %) | environ 3 à 4 % |
Le pouvoir d’achat moyen est environ multiplié par trois sur la période.
Les causes de la croissance
- La reconstruction après 1945 et l’aide américaine du plan Marshall.
- Le rôle de l’État : nationalisations (Renault, houillères, électricité et gaz avec EDF-GDF, grandes banques) et planification indicative avec le Commissariat général au Plan dirigé par Jean Monnet à partir de 1946.
- Le baby-boom : forte natalité de 1946 au milieu des années 1960, qui stimule la demande.
- Les gains de productivité grâce à la mécanisation, à l’organisation scientifique du travail et à la modernisation de l’agriculture.
- L’ouverture des échanges : marché commun européen à partir de 1958 (voir traité de Rome).
- Une énergie bon marché, surtout le pétrole.
- L’appel à la main-d’œuvre immigrée (Italiens, Espagnols, Portugais, Algériens, Marocains) pour l’industrie et le bâtiment (voir histoire de l’immigration en France).
Une société transformée
- L’exode rural : les campagnes se vident, les villes et banlieues grandissent ; on construit des grands ensembles pour remédier à la crise du logement, que l’abbé Pierre dénonce en 1954.
- La tertiarisation : les emplois de bureau, de commerce et de services progressent ; les cadres et employés deviennent nombreux.
- La société de consommation : équipement des ménages, premiers hypermarchés (Carrefour, 1963), crédit, publicité.
- L’État-providence : Sécurité sociale (1945), allocations familiales, salaire minimum (SMIG en 1950, SMIC en 1970), quatrième semaine de congés payés (1969).
- La jeunesse et la culture de masse : radio, télévision, disques, « yé-yé » ; la contestation de mai 68 révèle aussi les tensions de cette société.
Les limites des Trente Glorieuses
L’expression donne une image trop heureuse si l’on oublie :
- la pénurie et le rationnement jusqu’en 1949, et la crise du logement des années 1950 ;
- les bidonvilles où vivent de nombreux travailleurs immigrés, comme à Nanterre ;
- des inégalités fortes et des métiers pénibles (travail à la chaîne, mines) ;
- les guerres coloniales (Indochine, Algérie) ;
- l'inflation et plusieurs dévaluations du franc ;
- les débuts des atteintes à l'environnement : bétonisation, pollution, remembrement agricole.
La fin de la période
Dès la fin des années 1960, la productivité ralentit et le chômage augmente légèrement. Le premier choc pétrolier (1973) précipite la crise : hausse des prix, chômage de masse, désindustrialisation. Certains auteurs parlent ensuite des « Trente Piteuses » pour la période suivante.
Exercice corrigé
Question : citez trois signes de la transformation de la vie quotidienne pendant les Trente Glorieuses.
Réponse : l’équipement des ménages (voiture, réfrigérateur, machine à laver, télévision) ; l’exode rural et l’urbanisation (grands ensembles, banlieues) ; les nouveaux loisirs et la consommation de masse (supermarchés, vacances, culture jeune).
Questions fréquentes
Qui a inventé l’expression « Trente Glorieuses » ?
L’économiste Jean Fourastié, dans un livre publié en 1979, en référence aux Trois Glorieuses de 1830.
Quelles sont les dates des Trente Glorieuses ?
On retient généralement 1945 à 1973 ou 1975, soit environ trois décennies de forte croissance.
Les Trente Glorieuses ne concernent-elles que la France ?
Non. L’Europe de l’Ouest, l’Amérique du Nord et le Japon connaissent la même croissance ; l’Allemagne parle de « miracle économique » (Wirtschaftswunder), l’Italie de « miracle italien ».