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Histoire · Histoire de France

L’histoire de l’immigration en France

La France est un pays d’immigration depuis le milieu du XIXe siècle. Belges, Italiens, Polonais, Espagnols, Portugais, Maghrébins, Africains et Asiatiques se sont succédé, au rythme des besoins de main-d’œuvre et des crises.

Mis à jour le 4 min de lecture

La France est l’un des plus anciens pays d'immigration d’Europe. Dès le milieu du XIXe siècle, la faible natalité française et les besoins de l’industrie attirent des travailleurs étrangers. Au XXe siècle, l’immigration accompagne la reconstruction après les deux guerres mondiales et la croissance des Trente Glorieuses, puis elle se transforme avec la décolonisation, le regroupement familial et la mondialisation. Selon l’Insee, environ 7 millions d’immigrés vivent en France au début des années 2020, soit environ 10 % de la population, et une part importante de la population a au moins un parent ou un grand-parent immigré.

Les grandes vagues d’immigration

PériodePrincipales originesContexte
1850-1914Belges, Italiens, Allemands, Suisses, EspagnolsRévolution industrielle, mines du Nord, agriculture, faible natalité
1919-1931Italiens, Polonais, Espagnols, Belges, Arméniens, RussesReconstruction et pénurie d’hommes après 1914-1918 ; la France devient un pays d’immigration massive
1931-1945Réfugiés (Espagnols républicains, Juifs d’Europe centrale)Crise des années 1930, xénophobie, Vichy
1945-1974Italiens, Espagnols, Portugais, Algériens, Marocains, Tunisiens, Yougoslaves, TurcsTrente Glorieuses, besoin de main-d’œuvre
1974 à aujourd’huiMaghreb, Afrique subsaharienne, Asie, Europe de l’Est, TurquieRegroupement familial, études, asile, mobilité européenne

Avant 1914 : un pays d’immigration précoce

En 1851, le recensement compte environ 380 000 étrangers ; en 1881, plus d’un million, soit près de 3 % de la population. Les Belges travaillent dans le textile et les mines du Nord, les Italiens dans le bâtiment et le sud-est. Les tensions existent : en 1893, à Aigues-Mortes, des ouvriers italiens des salins sont massacrés par des ouvriers français (au moins 8 morts selon les bilans officiels, sans doute davantage). La loi de 1889 facilite l’accès à la nationalité par le droit du sol pour les enfants nés en France.

L’entre-deux-guerres

La saignée de 1914-1918 provoque une pénurie de main-d’œuvre. Patronat et État organisent le recrutement : en 1924, la Société générale d’immigration fait venir des mineurs polonais dans le Nord. En 1931, la France compte environ 2,7 millions d’étrangers, près de 7 % de la population, la plus forte proportion au monde à cette date selon certains historiens, devant les États-Unis.

La crise des années 1930 inverse la tendance : en 1932, une loi limite la part des étrangers dans les entreprises ; des milliers de Polonais sont renvoyés. En 1939, environ 450 000 réfugiés espagnols franchissent les Pyrénées lors de la Retirada et sont internés dans des camps (Argelès, Gurs). Sous le régime de Vichy, de nombreuses naturalisations sont retirées et les Juifs étrangers sont les premiers livrés aux nazis.

Les Trente Glorieuses (1945-1974)

En 1945, une ordonnance crée l'Office national d’immigration (ONI) et pose les bases du droit des étrangers. La reconstruction et la croissance font appel à des centaines de milliers de travailleurs, souvent recrutés directement par les entreprises (automobile, bâtiment, mines) :

  • Algériens : citoyens français jusqu’en 1962, ils circulent librement ; ils sont environ 350 000 en 1962 ;
  • Portugais : fuyant la dictature et la misère, souvent entrés clandestinement, ils deviennent la première nationalité étrangère au début des années 1970 ;
  • Marocains, Tunisiens, Yougoslaves, Turcs à la fin des années 1960.

Beaucoup vivent dans des conditions très difficiles : bidonvilles (Nanterre, Champigny), foyers de travailleurs, cités de transit. Le 17 octobre 1961, pendant la guerre d’Algérie, une manifestation d’Algériens à Paris est durement réprimée par la police ; des dizaines de manifestants sont tués.

Depuis 1974

En juillet 1974, après le premier choc pétrolier, le gouvernement suspend l’immigration de travail. L’immigration change de nature : le regroupement familial, reconnu en 1976 puis confirmé par le Conseil d’État en 1978, permet aux familles de rejoindre les travailleurs installés. Depuis, les principaux motifs d’entrée sont la famille, les études, l’asile et le travail qualifié.

RepèreÉvénement
1983Marche pour l’égalité et contre le racisme (« Marche des beurs »)
1993Lois Pasqua sur l’entrée et le séjour des étrangers et réforme du droit de la nationalité
1996Occupation de l’église Saint-Bernard par des « sans-papiers »
1998Retour à l’acquisition automatique de la nationalité à 18 ans pour les enfants nés en France
2007Ouverture de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (musée national de l’Histoire de l’immigration), à Paris

L’immigration est depuis les années 1980 un sujet politique majeur, entre débats sur l’intégration, la nationalité, l’asile et la lutte contre les discriminations.

Questions fréquentes

Depuis quand la France est-elle un pays d’immigration ?

Depuis le milieu du XIXe siècle. Avant même 1914, la France accueille plus d’un million d’étrangers, ce qui la distingue des autres pays européens, alors surtout pays d’émigration.

Quelle est la différence entre immigré et étranger ?

Un immigré est né étranger à l’étranger ; il peut devenir français. Un étranger n’a pas la nationalité française, même s’il est né en France.

Pourquoi la France a-t-elle fait appel à l’immigration après 1945 ?

Pour reconstruire le pays et répondre aux besoins de main-d’œuvre de l’industrie, du bâtiment et des mines pendant la forte croissance des Trente Glorieuses, alors que la population active française était insuffisante.

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