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Histoire · Histoire de France

La crise d’Octobre

La crise d’Octobre est déclenchée au Québec en octobre 1970 par l’enlèvement du diplomate James Cross et du ministre Pierre Laporte par le FLQ. Ottawa applique la Loi sur les mesures de guerre.

Mis à jour le 4 min de lecture

La crise d’Octobre est la plus grave crise politique de l’histoire contemporaine du Québec. Le 5 octobre 1970, une cellule du Front de libération du Québec (FLQ) enlève à Montréal le délégué commercial britannique James Richard Cross ; le 10 octobre, une autre cellule enlève le ministre québécois du Travail Pierre Laporte. À la demande du gouvernement du Québec, le gouvernement fédéral de Pierre Elliott Trudeau proclame le 16 octobre la Loi sur les mesures de guerre, qui suspend les libertés civiles : près de 500 personnes sont arrêtées sans mandat. Pierre Laporte est retrouvé mort le 17 octobre. James Cross est libéré le 3 décembre en échange de l’exil de ses ravisseurs à Cuba.

Le FLQ

Le Front de libération du Québec est une organisation clandestine indépendantiste et révolutionnaire, d’inspiration marxiste et anticolonialiste, inspirée par les mouvements de libération nationale comme le FLN algérien (voir guerre d’Algérie) et la révolution cubaine. De 1963 à 1970, ses militants, organisés en petites cellules autonomes, commettent environ 200 attentats à la bombe et des vols, visant des symboles fédéraux et anglophones (boîtes aux lettres de Westmount, casernes, Bourse de Montréal en 1969). Ces actions font plusieurs morts. Le FLQ ne représente qu’une infime minorité du mouvement indépendantiste, porté démocratiquement par le Parti québécois fondé en 1968.

Chronologie

DateÉvénement
5 octobre 1970Enlèvement de James Cross par la cellule Libération
8 octobre 1970Lecture du manifeste du FLQ à la télévision de Radio-Canada
10 octobre 1970Enlèvement de Pierre Laporte par la cellule Chénier
13 octobre 1970Pierre Elliott Trudeau répond « Just watch me » à un journaliste
15 octobre 1970L’armée canadienne est déployée au Québec ; grand rassemblement étudiant de soutien au manifeste à Montréal
16 octobre 1970Proclamation de la Loi sur les mesures de guerre ; arrestations massives
17 octobre 1970Le corps de Pierre Laporte est retrouvé dans le coffre d’une voiture, près de l’aéroport de Saint-Hubert
3 décembre 1970Libération de James Cross ; ses ravisseurs partent pour Cuba
28 décembre 1970Arrestation des membres de la cellule Chénier à Saint-Luc
Janvier 1971Retrait de l’armée

Les revendications du FLQ

Les ravisseurs de James Cross exigent notamment :

  • la diffusion de leur manifeste dans les médias ;
  • la libération de 23 militants emprisonnés, qu’ils qualifient de prisonniers politiques ;
  • une rançon de 500 000 dollars en or ;
  • un avion pour les conduire à Cuba ou en Algérie.

Le gouvernement accepte la diffusion du manifeste, lu à la télévision le 8 octobre, qui dénonce en termes crus le pouvoir économique anglophone, les élites politiques et religieuses et la condition ouvrière. Il refuse les autres exigences, mais offre un sauf-conduit vers l’étranger aux ravisseurs.

La Loi sur les mesures de guerre

Le 16 octobre, au petit matin, le gouvernement fédéral proclame la Loi sur les mesures de guerre, à la demande écrite du premier ministre du Québec, Robert Bourassa, et du maire de Montréal, Jean Drapeau, qui invoquent une « insurrection appréhendée ». C’est la seule fois que cette loi est appliquée en temps de paix. Le FLQ est déclaré illégal ; la police peut arrêter et détenir sans mandat ni accusation pendant 21 jours.

Près de 500 personnes sont arrêtées : militants indépendantistes, syndicalistes, artistes, comme la chanteuse Pauline Julien et le poète Gaston Miron. La très grande majorité est relâchée sans accusation. Environ 7 500 soldats sont déployés au Québec. Le gouvernement remplace la loi en décembre par une loi temporaire sur l’ordre public.

Le dénouement

Pierre Laporte est tué le 17 octobre par ses ravisseurs ; les circonstances exactes de sa mort ont fait l’objet de témoignages contradictoires. Sa mort provoque une condamnation générale du FLQ. La police localise en novembre la maison où est détenu James Cross, à Montréal-Nord ; après négociation, il est libéré le 3 décembre et ses cinq ravisseurs s’envolent pour Cuba. Les membres de la cellule Chénier — Paul et Jacques Rose, Francis Simard et Bernard Lortie — sont arrêtés le 28 décembre, jugés et condamnés.

Les conséquences

  • La fin du terrorisme felquiste : la mort de Laporte discrédite définitivement la violence politique, et le FLQ disparaît.
  • Le renforcement de la voie démocratique : le Parti québécois, qui condamne la violence, prend le pouvoir le 15 novembre 1976.
  • Un débat sur les libertés civiles : le recours aux mesures de guerre et les arrestations arbitraires restent contestés. La Loi sur les mesures de guerre est abrogée en 1988 et remplacée par la Loi sur les mesures d’urgence.
  • Une mémoire vive : la crise d’Octobre a inspiré de nombreux films, comme Les Ordres de Michel Brault (1974) et Octobre de Pierre Falardeau (1994).

Questions fréquentes

Qui a tué Pierre Laporte ?

Les membres de la cellule Chénier du FLQ qui le détenaient. Paul Rose et Francis Simard ont été condamnés pour meurtre, Jacques Rose et Bernard Lortie pour d’autres chefs liés à l’enlèvement.

Pourquoi a-t-on appliqué la Loi sur les mesures de guerre ?

Les gouvernements de Québec et de Montréal ont invoqué une « insurrection appréhendée ». Ottawa a jugé nécessaire de donner des pouvoirs exceptionnels à la police pour démanteler le FLQ. L’existence réelle d’une menace insurrectionnelle a été largement contestée par la suite.

Que signifie « Just watch me » ?

« Regardez-moi bien faire » : c’est la réponse du premier ministre Pierre Elliott Trudeau, le 13 octobre 1970, à un journaliste qui lui demandait jusqu’où il irait pour rétablir l’ordre.

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