Histoire · Histoire de France
Les rébellions des Patriotes
Les rébellions des Patriotes sont les soulèvements de 1837 et 1838 au Bas-Canada contre le pouvoir colonial britannique. Écrasées, elles se soldent par 12 pendaisons et 58 déportations.
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Les rébellions des Patriotes sont deux insurrections armées survenues au Bas-Canada en novembre-décembre 1837 et en novembre 1838. Elles opposent les partisans du Parti patriote de Louis-Joseph Papineau, qui réclament un gouvernement responsable devant les élus, puis l’indépendance, aux autorités coloniales britanniques. Après une victoire à Saint-Denis, les Patriotes sont battus à Saint-Charles et Saint-Eustache en 1837, puis de nouveau en 1838. La répression fait des centaines de prisonniers ; 12 Patriotes sont pendus et 58 déportés en Australie. Le rapport Durham et l'Acte d’Union de 1840 en découlent. Une rébellion parallèle éclate au Haut-Canada.
Les causes
Depuis l'Acte constitutionnel de 1791, le Bas-Canada dispose d’une Chambre d’assemblée élue, dominée par les Canadiens français, mais le pouvoir réel appartient au gouverneur et à des conseils nommés (législatif et exécutif), dominés par une oligarchie britannique, la « clique du Château ». L’Assemblée ne contrôle pas l’ensemble des dépenses publiques.
À ce conflit politique s’ajoutent :
- des tensions nationales entre la majorité canadienne-française et la minorité marchande anglophone ;
- une crise agricole et des épidémies de choléra (1832, 1834) ;
- l’influence des idées libérales et républicaines venues des États-Unis et d’Europe.
Les 92 Résolutions et les résolutions Russell
En 1834, l’Assemblée adopte les 92 Résolutions, rédigées sous l’influence de Papineau, président de l’Assemblée : elles réclament notamment l’élection du Conseil législatif, le contrôle des finances par l’Assemblée et la responsabilité des ministres devant les élus. Londres répond en mars 1837 par les 10 résolutions de Lord John Russell, qui rejettent ces demandes et autorisent le gouverneur à puiser dans le trésor sans le vote de l’Assemblée. Les Patriotes organisent alors des assemblées populaires, appellent au boycott des produits britanniques et se dotent d’organisations comme les Fils de la Liberté.
La rébellion de 1837
| Date | Événement |
|---|---|
| 23 octobre 1837 | Assemblée des six comtés à Saint-Charles |
| 6 novembre 1837 | Affrontement à Montréal entre Fils de la Liberté et loyalistes du Doric Club |
| 16 novembre 1837 | Mandats d’arrêt contre les chefs patriotes ; Papineau quitte Montréal |
| 23 novembre 1837 | Victoire des Patriotes de Wolfred Nelson à Saint-Denis-sur-Richelieu |
| 25 novembre 1837 | Défaite des Patriotes à Saint-Charles-sur-Richelieu |
| 14 décembre 1837 | Défaite à Saint-Eustache ; mort de Jean-Olivier Chénier, l’église incendiée |
| Décembre 1837 | Insurrection de William Lyon Mackenzie au Haut-Canada, vite écrasée |
Mal armés, peu organisés, les Patriotes sont vaincus par les troupes britanniques du général John Colborne, qui fait incendier des villages, ce qui lui vaut le surnom de « Vieux Brûlot ». L’évêque de Montréal, Mgr Lartigue, avait condamné la rébellion. Papineau se réfugie aux États-Unis, puis en France.
La rébellion de 1838
Réfugiés aux États-Unis, des Patriotes menés par Robert Nelson proclament le 28 février 1838 l’indépendance du Bas-Canada ; leur déclaration prévoit la séparation de l’Église et de l’État, l’abolition du régime seigneurial et l’égalité des droits pour les Autochtones. Une société secrète, les Frères chasseurs, prépare un soulèvement qui éclate début novembre 1838 dans la région de Montréal (Beauharnois, Châteauguay, Napierville, Lacolle, Odelltown). Il est rapidement écrasé.
La répression
| Mesure | Bilan |
|---|---|
| Arrestations (1837-1838) | Plusieurs centaines de personnes emprisonnées |
| Cours martiales (1838-1839) | 99 condamnations à mort |
| Pendaisons | 12, à la prison du Pied-du-Courant à Montréal |
| Déportations | 58 Patriotes déportés en Australie, à Sydney ; la plupart reviendront à partir de 1845 |
Parmi les pendus figure le notaire François-Marie-Thomas Chevalier de Lorimier, exécuté le 15 février 1839, dont la lettre d’adieu est devenue un texte célèbre au Québec. Le Haut-Canada pend aussi des rebelles et en déporte en Tasmanie.
Le rapport Durham et l’Acte d’Union
Envoyé enquêter, Lord Durham publie en 1839 un rapport qui recommande deux mesures : accorder un gouvernement responsable, et unir les deux Canadas pour assimiler à terme les Canadiens français, qu’il décrit comme un peuple « sans histoire et sans littérature ». L'Acte d’Union (1840, en vigueur en 1841) crée la province du Canada-Uni, avec l’anglais comme seule langue officielle et une représentation égale des deux anciennes provinces, alors que le Bas-Canada était plus peuplé. Le gouvernement responsable est obtenu en 1848 par l’alliance de Louis-Hippolyte La Fontaine et Robert Baldwin, et le français retrouve un statut officiel la même année. Voir Confédération canadienne.
La mémoire des Patriotes
Depuis 2002, le Québec célèbre la Journée nationale des patriotes le lundi précédant le 25 mai, jour férié qui correspond à la fête de la Reine dans le reste du Canada. Le drapeau vert, blanc et rouge des Patriotes et la figure du « vieux de 1837 » à la tuque, dessinée par Henri Julien, sont des symboles du nationalisme québécois. Le monument aux Patriotes se dresse à l’emplacement de la prison du Pied-du-Courant, à Montréal.
Questions fréquentes
Que réclamaient les Patriotes ?
D’abord un gouvernement responsable devant l’Assemblée élue, le contrôle des finances publiques et l’élection du Conseil législatif. En 1838, une partie d’entre eux réclame l’indépendance et une république du Bas-Canada.
Qui était Louis-Joseph Papineau ?
Le chef du Parti patriote (1786-1871), avocat et seigneur de la Petite-Nation, président de la Chambre d’assemblée du Bas-Canada pendant près de trente ans. Il ne participe pas aux combats et s’exile aux États-Unis puis en France ; il revient en 1845.
Combien de Patriotes ont été pendus ?
Douze, exécutés en décembre 1838 et en février 1839 à la prison du Pied-du-Courant, à Montréal, après avoir été condamnés par des cours martiales.