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Histoire · Histoire de France

La Grande Noirceur

La Grande Noirceur est le nom donné à la période où Maurice Duplessis et l’Union nationale gouvernent le Québec, de 1944 à 1959. Elle évoque un régime conservateur, proche de l’Église et hostile aux syndicats.

Mis à jour le 3 min de lecture

L’expression Grande Noirceur désigne la période pendant laquelle Maurice Duplessis, chef de l'Union nationale, est premier ministre du Québec, de 1944 à sa mort en septembre 1959 (il l’avait déjà été de 1936 à 1939). Elle a été popularisée après 1960 par les artisans de la Révolution tranquille, qui opposaient leur modernisation à un passé jugé obscurantiste : autoritarisme, influence de l’Église catholique, répression syndicale, corruption électorale, retard de l’éducation. Les historiens nuancent aujourd’hui cette image, en montrant que le Québec de l’après-guerre se modernise aussi, et rapidement.

Maurice Duplessis et l’Union nationale

Avocat de Trois-Rivières, Maurice Duplessis (1890-1959) fonde l’Union nationale en 1935 en s’alliant à des libéraux dissidents. Il gagne les élections de 1936, perd en 1939, puis revient au pouvoir en 1944 et gagne quatre élections de suite (1944, 1948, 1952, 1956). Son pouvoir repose sur les campagnes, surreprésentées dans la carte électorale, sur le soutien d’une grande partie du clergé et sur un système de patronage : routes, ponts et contrats distribués aux comtés qui votent « du bon bord ».

Les grandes orientations du régime

DomainePolitique
Relations avec OttawaAutonomie provinciale : refus des programmes fédéraux jugés envahissants ; création d’un impôt provincial sur le revenu (1954)
SymbolesAdoption du fleurdelisé comme drapeau du Québec le 21 janvier 1948
ÉconomieLibéralisme, faibles impôts, ouverture aux capitaux américains, notamment dans les mines de fer de la Côte-Nord et l’amiante
AgricultureÉlectrification rurale (Office de l’électrification rurale, 1945), crédit agricole
SociétéDéfense des valeurs traditionnelles : religion, famille, terre
Éducation et santéLaissées en grande partie à l’Église catholique, qui gère écoles, collèges, hôpitaux et œuvres sociales
Ordre publicAnticommunisme : la « loi du cadenas » (1937) permet de fermer tout local soupçonné de propagande communiste ; persécution des Témoins de Jéhovah
TravailHostilité aux syndicats, intervention de la police provinciale dans les grèves

Les grandes grèves

  • La grève de l’amiante (1949) : à Asbestos et Thetford Mines, environ 5 000 mineurs font grève pendant près de cinq mois. Duplessis la déclare illégale, la police intervient durement. L’archevêque de Montréal, Mgr Joseph Charbonneau, soutient les grévistes ; il démissionne peu après. Le jeune Pierre Elliott Trudeau en fera une référence.
  • La grève de Louiseville (1952-1953) et la grève de Murdochville (1957), en Gaspésie, réprimées elles aussi.

Des contestations

Malgré le conservatisme officiel, la société change et la contestation grandit :

  • Le Refus global (1948) : manifeste du peintre Paul-Émile Borduas et de quinze autres artistes automatistes, qui dénonce l’emprise de la religion et la peur ; Borduas perd son poste d’enseignant.
  • La revue Cité libre (1950), fondée par Gérard Pelletier et Pierre Elliott Trudeau.
  • Le Devoir, dirigé par Gérard Filion, et son journaliste André Laurendeau, qui dénoncent la corruption.
  • La télévision de Radio-Canada (1952), qui ouvre le Québec sur le monde.
  • Les syndicats catholiques (CTCC), qui se radicalisent.
  • La commission Tremblay (1953-1956), créée par Duplessis lui-même, qui réfléchit sur les problèmes constitutionnels et prépare des idées reprises ensuite.

Un tableau à nuancer

Depuis les années 1970-1980, des historiens contestent l’idée d’un Québec immobile :

  • l’urbanisation et l’industrialisation sont déjà très avancées : la majorité des Québécois vit en ville dès les années 1920 ;
  • la croissance économique est forte dans l’après-guerre, avec la société de consommation, la radio, la télévision, l’automobile ;
  • les idées nouvelles circulent dans les universités, les mouvements d’action catholique, les arts.

L’expression « Grande Noirceur » reste donc à manier avec prudence : elle décrit bien le régime politique et le poids de l’Église, mais pas toute la société québécoise de l’époque.

La fin du régime

Duplessis meurt le 7 septembre 1959 à Schefferville. Son successeur Paul Sauvé annonce des changements (« Désormais ») mais meurt en janvier 1960. En juin 1960, le Parti libéral de Jean Lesage gagne les élections avec le slogan « C’est le temps que ça change » : c’est le début de la Révolution tranquille.

Questions fréquentes

Pourquoi parle-t-on de Grande Noirceur ?

L’expression, née après 1960, oppose les années Duplessis, jugées sombres, à la modernisation et à l’ouverture de la Révolution tranquille.

Quelles sont les réalisations de Duplessis ?

L’adoption du drapeau fleurdelisé (1948), l’électrification rurale, la création de l’impôt provincial sur le revenu (1954) et la défense de l’autonomie du Québec face à Ottawa.

Qu’est-ce que le Refus global ?

Un manifeste publié en 1948 par Paul-Émile Borduas et quinze autres signataires, qui rejette le conservatisme religieux et réclame la liberté de création. Il annonce les bouleversements des années 1960.

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