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Histoire · Histoire de France

Les pensionnats autochtones

Les pensionnats autochtones sont des internats fédéraux tenus par des Églises, où environ 150 000 enfants autochtones ont été placés des années 1880 à 1996 pour être assimilés.

Mis à jour le 4 min de lecture

Les pensionnats autochtones (en anglais residential schools) sont un système d’internats mis en place par le gouvernement du Canada, en collaboration avec les Églises catholique, anglicane, méthodiste puis unie et presbytérienne. Des années 1880 jusqu’en 1996, date de fermeture du dernier établissement fédéral, environ 150 000 enfants des Premières Nations, inuit et métis y ont été placés, souvent de force, loin de leur famille. L’objectif déclaré était de les assimiler à la société euro-canadienne. La Commission de vérité et réconciliation (CVR) a qualifié en 2015 cette politique de « génocide culturel ». C’est l’un des aspects les plus sombres de l’histoire du Canada (voir peuples autochtones du Canada).

Les origines

Après la Confédération (1867), le gouvernement fédéral prend en charge les « Indiens » et leurs terres. La Loi sur les Indiens de 1876 encadre leur vie. En 1879, le rapport Davin, commandé par le gouvernement de John A. Macdonald, recommande des écoles industrielles sur le modèle américain, pour séparer les enfants de l’influence de leurs parents. Le système se développe à partir de 1883 dans l’Ouest canadien, puis dans tout le pays.

En 1920, une modification de la Loi sur les Indiens rend la fréquentation scolaire obligatoire pour les enfants autochtones de 7 à 15 ans, et des agents peuvent les retirer à leur famille. Un haut fonctionnaire du ministère, Duncan Campbell Scott, affirme alors vouloir régler la « question indienne » par l’assimilation.

Chronologie

DateÉtape
1876Loi sur les Indiens
1879Rapport Davin
1883Ouverture des premières écoles industrielles financées par Ottawa dans l’Ouest
1920Fréquentation obligatoire
Années 1930Apogée : environ 80 établissements en activité
1951Révision de la Loi sur les Indiens ; début de l’intégration progressive dans les écoles publiques
1969Fin de la gestion par les Églises ; le gouvernement fédéral prend le contrôle direct
1996Fermeture du dernier pensionnat fédéral, en Saskatchewan
2006Convention de règlement relative aux pensionnats indiens
11 juin 2008Excuses officielles du gouvernement du Canada
2015Rapport final de la Commission de vérité et réconciliation
2021Détection de tombes anonymes présumées près de l’ancien pensionnat de Kamloops ; création de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation (30 septembre)
2022Le pape François présente des excuses au Canada, notamment à Maskwacis (Alberta)

Au total, environ 140 pensionnats ont été reconnus par la convention de 2006. Au Québec, les pensionnats ont été ouverts plus tard, surtout entre les années 1930 et 1960 (Fort George, Amos, Pointe-Bleue, Sept-Îles, La Tuque), et le dernier a fermé dans les années 1990.

La vie dans les pensionnats

  • Séparation : les enfants sont retirés à leur famille, parfois dès 4 ou 5 ans, et ne rentrent chez eux que l’été, voire jamais ; frères et sœurs sont séparés.
  • Interdiction des langues et des cultures : il est interdit de parler sa langue, sous peine de punitions ; les cheveux sont coupés, les vêtements traditionnels remplacés, les noms parfois changés.
  • Conditions de vie : surpeuplement, sous-alimentation, maladies, notamment la tuberculose ; un travail manuel important remplace souvent l’enseignement.
  • Violences : nombreux cas de sévices physiques, psychologiques et sexuels.
  • Décès : la CVR a documenté plus de 3 200 décès d’enfants, en estimant que le chiffre réel est plus élevé ; le Centre national pour la vérité et la réconciliation en recense aujourd’hui plus de 4 000. Beaucoup d’enfants ont été enterrés sur place, sans que leur famille soit informée.

Des effets sur plusieurs générations

Les historiens et la CVR parlent de traumatismes intergénérationnels : perte des langues et des savoirs, liens familiaux brisés, difficultés à transmettre l’éducation parentale, dépendances, problèmes de santé mentale. Ces séquelles se mesurent encore dans les communautés autochtones aujourd’hui. Dans les années 1960, la « rafle des années 1960 » (Sixties Scoop), placement massif d’enfants autochtones dans des familles non autochtones, prolonge cette rupture.

Reconnaissance et réconciliation

À partir des années 1980-1990, les témoignages se multiplient. En 1990, Phil Fontaine, chef de l’Assemblée des chefs du Manitoba, parle publiquement des abus qu’il a subis. La Commission royale sur les peuples autochtones (1996) consacre une large place aux pensionnats.

La Convention de règlement de 2006, la plus grande action collective de l’histoire canadienne, prévoit des indemnisations pour les anciens élèves et crée la Commission de vérité et réconciliation, présidée par le juge Murray Sinclair. Son rapport final, en 2015, formule 94 appels à l’action touchant l’éducation, la langue, la santé, la justice et la mémoire.

Questions fréquentes

Combien d’enfants sont passés par les pensionnats autochtones ?

Environ 150 000 enfants des Premières Nations, inuit et métis, entre les années 1880 et 1996.

Pourquoi parle-t-on de génocide culturel ?

Parce que l’objectif était de faire disparaître les cultures, les langues et les identités autochtones en séparant les enfants de leur famille. La CVR a employé cette expression en 2015.

Qu’est-ce que la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation ?

Une journée fédérale fixée au 30 septembre depuis 2021 pour honorer les survivants et les enfants disparus. On y porte souvent un chandail orange, en souvenir du vêtement confisqué à une enfant, Phyllis Webstad, à son arrivée au pensionnat.

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