Histoire · XXe siècle
Plan Marshall
Le plan Marshall est le programme d’aide des États-Unis à la reconstruction de l’Europe, annoncé le 5 juin 1947. De 1948 à 1952, il verse environ 13 milliards de dollars à 16 pays d’Europe de l’Ouest.
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Le plan Marshall, officiellement European Recovery Program (programme de relèvement européen), est un vaste programme d’aide économique accordé par les États-Unis aux pays d’Europe ruinés par la Seconde Guerre mondiale. Proposé le 5 juin 1947 par le secrétaire d’État George C. Marshall, il fonctionne d'avril 1948 à 1952 et représente environ 13 milliards de dollars de l’époque, surtout sous forme de dons. Instrument de reconstruction, c’est aussi un acte fondateur de la guerre froide : refusé par l’URSS, il contribue à diviser l’Europe en deux blocs.
L’essentiel en bref
| Repère | Donnée |
|---|---|
| Annonce | 5 juin 1947, discours de George Marshall à l’université Harvard |
| Loi américaine | Economic Cooperation Act, signée le 3 avril 1948 |
| Durée | 1948 – 1952 |
| Montant | environ 13 milliards de dollars (plus de 150 milliards de dollars actuels selon les estimations courantes) |
| Forme | environ 90 % de dons, le reste en prêts |
| Pays bénéficiaires | 16 pays d’Europe occidentale, plus l’Allemagne de l’Ouest |
| Organisme européen | OECE, Organisation européenne de coopération économique (16 avril 1948) |
Pourquoi un plan d’aide ?
En 1947, deux ans après la fin de la guerre, l’Europe ne se relève pas :
- infrastructures détruites (ponts, voies ferrées, ports, usines) ;
- hiver 1946–1947 exceptionnellement rigoureux, pénuries de charbon et de nourriture, rationnement ;
- pénurie de dollars : l’Europe ne peut plus payer les importations américaines indispensables ;
- montée des partis communistes, notamment en France et en Italie, où ils obtiennent environ un quart à un tiers des voix.
Pour Washington, une Europe pauvre risque de basculer dans le camp soviétique et de priver l’économie américaine de débouchés. En mars 1947, la doctrine Truman a déjà promis l’aide des États-Unis aux pays menacés par le communisme, comme la Grèce et la Turquie. Le plan Marshall en est le volet économique : c’est la politique d'endiguement (containment).
Le refus soviétique et la division de l’Europe
L’offre est faite à toute l’Europe, URSS comprise. Lors de la conférence de Paris, en juillet 1947, le ministre soviétique Molotov quitte la réunion : Moscou refuse le contrôle américain sur l’usage des fonds et la coordination des économies. La Pologne et la Tchécoslovaquie, d’abord intéressées, doivent renoncer sous la pression soviétique.
Qui a reçu quoi ?
| Pays | Aide reçue (approx., en milliards de dollars de l’époque) |
|---|---|
| Royaume-Uni | 3,2 |
| France | 2,7 |
| Italie | 1,5 |
| Allemagne de l’Ouest | 1,4 |
| Pays-Bas | 1,1 |
| Autres pays (Autriche, Belgique-Luxembourg, Danemark, Grèce, Norvège, Suède, Irlande, Portugal, Turquie, Islande, Suisse, Trieste) | le reste |
Le Royaume-Uni et la France reçoivent à eux deux près de la moitié du total. L’Espagne de Franco est exclue.
Comment fonctionnait le plan ?
- Les pays européens établissent ensemble leurs besoins au sein de l'OECE, à Paris, qui répartit l’aide.
- Les États-Unis fournissent des marchandises : nourriture, carburant, matières premières, machines, souvent achetées aux entreprises américaines.
- Les gouvernements européens vendent ces biens à leurs entreprises et à leurs habitants en monnaie nationale.
- Ces sommes alimentent des fonds de contrepartie, utilisés, avec l’accord américain, pour financer des investissements : centrales, barrages, mines, routes, modernisation industrielle.
En France, ces fonds financent en grande partie le plan Monnet de modernisation (électricité, charbon, acier, transports).
Bilan et débats
- Un rôle de déclencheur : l’aide représente en moyenne quelques points du PIB des pays bénéficiaires par an. Elle n’explique pas seule la reprise, mais elle a levé le goulot d’étranglement des dollars et permis d’importer les biens indispensables.
- Une forte croissance : dès 1950–1951, la production industrielle de l’Europe de l’Ouest dépasse nettement son niveau d’avant-guerre ; c’est le début des Trente Glorieuses.
- La coopération européenne : l’OECE oblige les Européens à travailler ensemble, à libéraliser leurs échanges et à créer l’Union européenne des paiements (1950). Elle prépare la construction européenne et devient l'OCDE en 1961.
- L’influence américaine : le plan diffuse les méthodes de production, de gestion et la culture de consommation des États-Unis.
George Marshall reçoit le prix Nobel de la paix en 1953.
Questions fréquentes
Combien a coûté le plan Marshall ?
Environ 13 milliards de dollars entre 1948 et 1952, soit à l’époque un peu plus de 1 % du PIB américain annuel en moyenne.
Pourquoi l’URSS a-t-elle refusé le plan Marshall ?
Elle y voyait un instrument de domination américaine et refusait de soumettre l’usage de l’aide à un contrôle commun. Elle a imposé le même refus aux pays d’Europe de l’Est.
Le plan Marshall devait-il être remboursé ?
Pour l’essentiel, non : environ 90 % de l’aide a pris la forme de dons, le reste de prêts.
Combien la France a-t-elle reçu ?
Environ 2,7 milliards de dollars, ce qui en fait le deuxième bénéficiaire après le Royaume-Uni.