Histoire · XXe siècle
Les Khmers rouges et le génocide cambodgien
Les Khmers rouges sont le mouvement communiste de Pol Pot qui dirige le Cambodge d’avril 1975 à janvier 1979. Leur régime, le Kampuchéa démocratique, provoque la mort d’environ un quart de la population.
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Les Khmers rouges sont les membres du Parti communiste du Kampuchéa, dirigé par Saloth Sar, dit Pol Pot. Le 17 avril 1975, ils prennent Phnom Penh et instaurent au Cambodge un régime, le Kampuchéa démocratique, qui veut créer en quelques années une société entièrement nouvelle, agraire et collectiviste. Villes vidées, monnaie, écoles et religion abolies, travail forcé, famine et exécutions massives : en moins de quatre ans, environ 1,7 à 2 millions de personnes meurent, sur une population d’environ 7,8 millions. Le régime est renversé par l’armée vietnamienne en janvier 1979. Un tribunal international a jugé certains de ses dirigeants, notamment pour génocide et crimes contre l’humanité.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1953 | Indépendance du Cambodge, dirigé par le prince Norodom Sihanouk |
| 1969-1973 | Bombardements américains au Cambodge, dans le cadre de la guerre du Vietnam |
| 1970 | Sihanouk est renversé par le général Lon Nol ; guerre civile avec les Khmers rouges |
| 17 avril 1975 | Les Khmers rouges entrent dans Phnom Penh |
| 1975-1978 | Déportations, travail forcé, purges ; conflits frontaliers avec le Vietnam |
| 25 décembre 1978 | Offensive vietnamienne |
| 7 janvier 1979 | Prise de Phnom Penh par le Vietnam ; les Khmers rouges se replient vers la frontière thaïlandaise |
| 1998 | Mort de Pol Pot ; fin du mouvement l’année suivante |
| 2006-2022 | Tribunal spécial (CETC) |
L’idéologie
Formés en partie en France dans les années 1950, Pol Pot et ses proches s’inspirent d’un communisme radical, influencé par la Chine maoïste (voir Mao Zedong). Leur objectif est une société paysanne, autosuffisante et égalitaire, purifiée de toute influence étrangère et du passé :
- l'« Angkar » (« l’Organisation ») dirige tout, de façon anonyme ;
- 1975 est proclamée « année zéro » ;
- la population est divisée entre « peuple ancien » (paysans des zones contrôlées avant 1975) et « peuple nouveau » (citadins), suspect et maltraité ;
- l’individu, la famille, la propriété et l’argent doivent disparaître.
Les politiques du régime
| Mesure | Conséquences |
|---|---|
| Évacuation des villes | Dès avril 1975, Phnom Penh (environ 2 millions d’habitants) est vidée en quelques jours ; des milliers de morts sur les routes |
| Travail forcé collectif | Rizières, digues, canaux ; journées de travail épuisantes, rations de famine |
| Abolition de la monnaie, des marchés, des écoles, de la religion | Pagodes détruites ou transformées, moines défroqués ou tués |
| Séparation des familles | Repas collectifs, enfants enrôlés et endoctrinés |
| Élimination des « ennemis » | Anciens fonctionnaires et soldats, intellectuels, porteurs de lunettes ou parlant une langue étrangère, puis cadres du parti eux-mêmes |
| Persécution des minorités | Vietnamiens, Chinois, musulmans Chams, bouddhistes |
Le centre S-21 et les « champs de la mort »
Le lycée de Tuol Sleng, à Phnom Penh, devient le centre de détention et de torture S-21, dirigé par Kaing Guek Eav, dit Douch. Environ 15 000 à 18 000 personnes y passent ; seule une poignée survit. Les prisonniers, photographiés et forcés d’écrire des « aveux », sont exécutés à Choeung Ek, l’un des centaines de « champs de la mort » du pays. Tuol Sleng est aujourd’hui un musée du génocide.
Un génocide ?
La plupart des victimes sont des Khmers tués par d’autres Khmers, pour des raisons politiques et sociales ; certains historiens parlent d'« autogénocide ». Juridiquement, le crime de génocide suppose la volonté de détruire un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Le tribunal spécial a donc retenu le génocide pour l’extermination des Vietnamiens et des Chams, et les crimes contre l’humanité pour les autres victimes.
La chute et la justice
Les attaques khmères rouges contre le Vietnam provoquent l’invasion vietnamienne de décembre 1978. Les Khmers rouges poursuivent la guérilla depuis la frontière thaïlandaise et gardent, dans le contexte de la guerre froide, leur siège à l’ONU jusqu’au début des années 1990, avec le soutien de la Chine et la tolérance occidentale. Pol Pot meurt en 1998 sans avoir été jugé.
Créées en 2006 par le Cambodge et l’ONU, les Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC) condamnent :
- Douch (2010, peine confirmée en 2012 : perpétuité) ;
- Nuon Chea et Khieu Samphan, dirigeants du régime, à la perpétuité pour crimes contre l’humanité (2014) puis pour génocide (2018). La peine de Khieu Samphan est confirmée en appel en 2022.
Questions fréquentes
Combien de victimes ont fait les Khmers rouges ?
Les estimations les plus courantes vont de 1,7 à 2 millions de morts entre 1975 et 1979, par exécutions, famine, épuisement et maladies, soit environ un quart de la population.
Pourquoi les appelle-t-on Khmers rouges ?
L’expression a été donnée par le prince Sihanouk dans les années 1960 aux communistes cambodgiens : « Khmers » désigne le peuple majoritaire du Cambodge, « rouges » la couleur du communisme.
Qui a mis fin au régime des Khmers rouges ?
L’armée vietnamienne, accompagnée de Cambodgiens opposés à Pol Pot, qui prend Phnom Penh le 7 janvier 1979.