Histoire · XXe siècle
Le printemps de Prague
Le printemps de Prague désigne la période de libéralisation de la Tchécoslovaquie communiste, de janvier à août 1968, sous Alexander Dubček. Elle est brisée par l’invasion des armées du pacte de Varsovie dans la nuit du 20 au 21 août 1968.
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Le printemps de Prague est le nom donné aux réformes engagées en Tchécoslovaquie à partir de janvier 1968, lorsque Alexander Dubček devient premier secrétaire du Parti communiste. Son programme, le « socialisme à visage humain », supprime la censure, autorise le débat et prépare une démocratisation du régime, sans quitter le bloc soviétique. Inquiète de la contagion, l'URSS fait envahir le pays par les troupes du pacte de Varsovie dans la nuit du 20 au 21 août 1968. Les réformes sont abandonnées ; c’est la « normalisation ».
La Tchécoslovaquie avant 1968
Depuis le « coup de Prague » de février 1948, les communistes détiennent tout le pouvoir en Tchécoslovaquie. Le régime reste longtemps l’un des plus staliniens d’Europe de l’Est, sous Antonín Novotný. Au milieu des années 1960, l’économie stagne, les Slovaques réclament plus d’égalité avec les Tchèques, et les écrivains, étudiants et économistes réformateurs critiquent ouvertement le régime.
Les réformes de 1968
| Date | Étape |
|---|---|
| 5 janvier 1968 | Alexander Dubček, Slovaque, remplace Novotný à la tête du parti |
| Mars 1968 | Fin de fait de la censure ; Ludvík Svoboda devient président |
| Avril 1968 | Le parti adopte un « programme d’action » : libertés, réformes économiques, fédéralisation |
| 27 juin 1968 | Manifeste des « Deux mille mots » de l’écrivain Ludvík Vaculík, qui appelle à aller plus loin |
| Juillet-août 1968 | Rencontres tendues avec les dirigeants soviétiques (Čierna nad Tisou, Bratislava) |
| Nuit du 20 au 21 août | Invasion |
Le programme prévoit la liberté de la presse, de réunion et de voyage, la réhabilitation des victimes des procès staliniens, une réforme économique laissant une part au marché et une fédéralisation du pays entre Tchèques et Slovaques. Mais Dubček ne veut ni quitter le pacte de Varsovie ni renoncer au rôle dirigeant du parti communiste : c’est une réforme du communisme, pas sa fin.
L’invasion
Dans la nuit du 20 au 21 août, environ 250 000 soldats, nombre qui atteint plusieurs centaines de milliers dans les jours suivants, et des milliers de chars de l'URSS, de la Pologne, de la Hongrie et de la Bulgarie entrent en Tchécoslovaquie ; l’armée est-allemande, prête à intervenir, reste à la frontière. La Roumanie de Ceaușescu refuse de participer et condamne l’intervention.
Le gouvernement demande à l’armée tchécoslovaque de ne pas résister. La population oppose une résistance non violente : on débat avec les soldats, on retire les panneaux indicateurs, des radios clandestines émettent. Environ 100 à 140 civils sont tués dans les semaines suivant l’invasion. Dubček et d’autres dirigeants sont arrêtés et emmenés à Moscou, où ils doivent signer un protocole qui annule une grande partie des réformes.
La doctrine Brejnev
Pour justifier l’invasion, le dirigeant soviétique Leonid Brejnev affirme en novembre 1968 que lorsque le socialisme est menacé dans un pays du bloc, c’est l’affaire de tous les pays socialistes. C’est la doctrine de la souveraineté limitée. Elle ne sera abandonnée qu’à la fin des années 1980 par Gorbatchev.
La normalisation
En avril 1969, Dubček est remplacé par Gustáv Husák. La « normalisation » rétablit la censure ; des centaines de milliers de membres du parti sont exclus, de nombreux intellectuels perdent leur emploi, environ 70 000 à 100 000 personnes émigrent dans les premières années. Seule la fédéralisation est maintenue (1969).
Les conséquences
- En Europe de l’Est : la preuve que l’URSS n’accepte aucune réforme profonde, comme en Hongrie en 1956 (voir insurrection de Budapest).
- À l’Ouest : de nombreux communistes prennent leurs distances avec Moscou ; les partis communistes français et italien désapprouvent l’intervention, le premier seulement de façon passagère.
- Pour l’avenir : la dissidence se poursuit, avec la Charte 77 de Václav Havel. En novembre 1989, la « révolution de velours » renverse pacifiquement le régime ; Dubček devient président de l’Assemblée fédérale, Havel président de la République.
Questions fréquentes
Pourquoi parle-t-on de « printemps » de Prague ?
Parce que les réformes, commencées en janvier, s’épanouissent au printemps 1968, image d’un réveil après l’hiver stalinien.
Quelle différence avec mai 68 en France ?
Les deux mouvements datent de 1968 mais n’ont pas le même sens : à Prague, on réclame les libertés fondamentales dans un régime communiste ; en France, mai 68 est une contestation sociale et culturelle dans une démocratie.
Qui a envahi la Tchécoslovaquie en 1968 ?
L’URSS, la Pologne, la Hongrie et la Bulgarie. L’armée de la RDA s’est tenue prête mais n’a pas franchi la frontière en nombre ; la Roumanie a refusé d’y participer.