Histoire · XXe siècle
La révolution chinoise et la Chine de Mao
La révolution chinoise mène de la chute de l’empire en 1911 à la victoire des communistes de Mao Zedong, qui proclament la République populaire de Chine le 1er octobre 1949.
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La révolution chinoise se déroule en deux temps. La révolution de 1911 renverse la dynastie Qing et fonde une République fragile, bientôt livrée aux seigneurs de la guerre. La révolution communiste, au terme de plus de vingt ans de guerre civile et de guerre contre le Japon, porte au pouvoir le Parti communiste chinois (PCC) et son chef Mao Zedong en 1949. La Chine populaire, sous Mao jusqu’en 1976, connaît des transformations considérables et des catastrophes humaines majeures.
Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 10 octobre 1911 | Soulèvement de Wuchang ; chute de l’empire |
| 1er janvier 1912 | Proclamation de la République de Chine ; Sun Yat-sen président provisoire |
| 1916-1928 | Époque des seigneurs de la guerre |
| 4 mai 1919 | Mouvement du 4-Mai contre le traité de Versailles |
| Juillet 1921 | Fondation du Parti communiste chinois à Shanghai |
| 1924-1927 | Premier front uni entre Kuomintang et communistes |
| Avril 1927 | Massacre des communistes à Shanghai par Tchang Kaï-chek |
| 1931 | Le Japon envahit la Mandchourie ; République soviétique chinoise du Jiangxi |
| 1934-1935 | Longue Marche |
| 1937-1945 | Guerre sino-japonaise ; massacre de Nankin (décembre 1937) |
| 1946-1949 | Guerre civile entre communistes et nationalistes |
| 1er octobre 1949 | Mao proclame la République populaire de Chine |
| Décembre 1949 | Tchang Kaï-chek se replie à Taïwan |
| 1958-1962 | Grand Bond en avant et grande famine |
| 1966-1976 | Révolution culturelle |
| 9 septembre 1976 | Mort de Mao |
1911 : la fin de l’empire
Humiliée par les puissances étrangères depuis les guerres de l’opium, affaiblie par les révoltes, la dynastie mandchoue s’effondre après le soulèvement de Wuchang (10 octobre 1911). Sun Yat-sen, fondateur de la Ligue jurée puis du Kuomintang (Parti nationaliste), défend les « Trois Principes du peuple » : nationalisme, démocratie, bien-être du peuple. Mais le pouvoir passe vite au général Yuan Shikai, qui tente de se faire proclamer empereur. À sa mort en 1916, la Chine se morcelle entre des seigneurs de la guerre.
Le mouvement du 4-Mai 1919, né de la colère étudiante contre la cession aux Japonais des droits allemands du Shandong par le traité de Versailles, marque l’éveil d’un nationalisme moderne et la diffusion du marxisme.
Communistes et nationalistes
Le PCC est fondé à Shanghai en juillet 1921, avec l’appui du Komintern ; Mao Zedong, fils de paysans aisés du Hunan, figure parmi les délégués. Sur le conseil de Moscou, les communistes s’allient au Kuomintang (premier front uni). Après la mort de Sun Yat-sen (1925), Tchang Kaï-chek (Jiang Jieshi) prend la tête du Kuomintang, lance l’Expédition du Nord pour réunifier le pays, puis se retourne contre ses alliés : en avril 1927, les communistes sont massacrés à Shanghai.
Les survivants se replient dans les campagnes. Contre la ligne orthodoxe qui mise sur les ouvriers des villes, Mao développe une stratégie fondée sur la paysannerie et la guérilla, dans des « bases rouges » comme celle du Jiangxi.
La Longue Marche
Encerclés par l’armée nationaliste, les communistes quittent le Jiangxi en octobre 1934. La Longue Marche dure un an et couvre, selon la tradition du PCC, environ 12 000 km à travers des montagnes, des marais et des fleuves jusqu’au Shaanxi, au nord-ouest. Sur environ 86 000 hommes partis du Jiangxi, quelques milliers seulement arrivent. Pendant la marche, lors de la conférence de Zunyi (janvier 1935), Mao s’impose comme un dirigeant principal du parti. La marche devient le grand mythe fondateur du régime, et Yan’an sa capitale.
Guerre contre le Japon et guerre civile
L’invasion japonaise, en Mandchourie (1931) puis dans toute la Chine (1937), contraint nationalistes et communistes à un second front uni. Le massacre de Nankin (décembre 1937-janvier 1938) fait, selon les estimations, plusieurs dizaines de milliers à plus de 200 000 victimes ; la Chine retient le chiffre de 300 000. La guerre, intégrée à la Seconde Guerre mondiale, coûte la vie à plus de 14 millions de Chinois selon des estimations courantes. Le Kuomintang supporte l’essentiel des grandes batailles, tandis que les communistes étendent leur influence dans les campagnes du Nord par la guérilla et la réforme agraire.
Après la capitulation japonaise, la guerre civile reprend (1946-1949). L'Armée populaire de libération, mieux organisée et soutenue par une partie de la paysannerie, l’emporte sur des nationalistes minés par la corruption et l’inflation. Le 1er octobre 1949, place Tian’anmen à Pékin, Mao proclame la République populaire de Chine. Tchang Kaï-chek se replie à Taïwan, où subsiste la République de Chine.
La Chine de Mao (1949-1976)
| Période | Politique | Conséquences |
|---|---|---|
| 1949-1952 | Réforme agraire, campagnes contre les « contre-révolutionnaires » | Des centaines de milliers à plus d’un million d’exécutions de propriétaires et d’opposants selon les estimations |
| 1950-1953 | Intervention dans la guerre de Corée | Alliance renforcée avec l’URSS |
| 1953-1957 | Premier plan quinquennal sur le modèle soviétique ; collectivisation | Industrialisation rapide |
| 1956-1957 | Campagne des Cent Fleurs puis campagne antidroitière | Plus de 500 000 intellectuels persécutés |
| 1958-1962 | Grand Bond en avant : communes populaires, hauts-fourneaux de village | Grande famine : de 15 à 45 millions de morts selon les estimations |
| 1960 | Rupture sino-soviétique | La Chine fait cavalier seul |
| 1966-1976 | Révolution culturelle : Gardes rouges, culte de Mao, Petit Livre rouge | Persécutions, destructions, centaines de milliers à plus d’un million de morts selon les estimations |
| 1972 | Visite du président américain Nixon à Pékin | Rapprochement sino-américain |
L’héritage de Mao
Mao meurt le 9 septembre 1976. Son successeur désigné, Hua Guofeng, fait arrêter la « Bande des Quatre », dont la veuve de Mao, Jiang Qing. À partir de 1978, Deng Xiaoping lance les réformes d’ouverture économique. Deng résume le bilan de Mao par la formule « 70 % de mérites, 30 % d’erreurs » ; la résolution historique du PCC de 1981 préserve sa place de fondateur tout en qualifiant la Révolution culturelle de grave erreur ayant causé une catastrophe au pays. Le portrait de Mao domine toujours la porte de Tian’anmen.
Questions fréquentes
Quand a eu lieu la révolution chinoise ?
On parle de révolution chinoise pour la révolution de 1911, qui met fin à l’empire, et pour la victoire communiste du 1er octobre 1949, qui fonde la République populaire de Chine.
Qu’est-ce que la Longue Marche ?
La retraite de l’armée communiste de 1934-1935, environ 12 000 km selon la version officielle, du Jiangxi au Shaanxi, pour échapper à l’armée nationaliste. Elle a permis à Mao de prendre la direction du parti et est devenue un mythe fondateur.
Pourquoi Taïwan est-elle séparée de la Chine ?
En 1949, les nationalistes vaincus de Tchang Kaï-chek se sont réfugiés à Taïwan et y ont maintenu la République de Chine. Pékin considère l’île comme une province chinoise ; la question reste l’un des grands enjeux internationaux.
Combien de morts sont attribuées au régime de Mao ?
Les estimations varient beaucoup selon les sources et les méthodes. La famine du Grand Bond en avant à elle seule a fait des dizaines de millions de morts, auxquelles s’ajoutent les victimes des campagnes politiques, des camps (laogai) et de la Révolution culturelle.