Histoire · XXe siècle
L’apartheid
L’apartheid (« séparation » en afrikaans) est le régime de ségrégation raciale appliqué en Afrique du Sud de 1948 au début des années 1990, qui réserve le pouvoir et les terres à la minorité blanche.
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Le mot apartheid signifie « séparation » ou « développement séparé » en afrikaans, la langue des Afrikaners, descendants des colons néerlandais, allemands et huguenots français. Le régime est mis en place par le Parti national après sa victoire électorale de 1948. Il s’appuie sur une série de lois qui organisent la séparation des groupes dans tous les domaines de la vie : résidence, mariage, travail, éducation, transports, loisirs. Il prend fin par des négociations entre 1990 et 1994, avec la libération de Nelson Mandela et les premières élections multiraciales. L’ONU l’a qualifié en 1973 de crime contre l’humanité.
Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 1652 | Fondation du Cap par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales |
| 1910 | Union sud-africaine, dominion britannique |
| 1912 | Fondation du South African Native National Congress, futur ANC |
| 1913 | Natives Land Act : les Noirs limités à environ 7 % des terres |
| 1948 | Victoire du Parti national de Daniel Malan |
| 1950 | Population Registration Act et Group Areas Act |
| 1955 | Charte de la liberté adoptée par le Congrès du peuple à Kliptown |
| 21 mars 1960 | Massacre de Sharpeville ; interdiction de l’ANC |
| 1961 | Sortie du Commonwealth ; proclamation de la République ; création de la branche armée de l’ANC |
| 1964 | Procès de Rivonia : Mandela condamné à la prison à vie |
| 16 juin 1976 | Soulèvement de Soweto |
| 1977 | Mort en détention de Steve Biko ; embargo de l’ONU sur les armes |
| 1983 | Création de l’United Democratic Front |
| 1985-1986 | État d’urgence ; sanctions internationales |
| 2 février 1990 | Discours de Frederik de Klerk : légalisation de l’ANC |
| 11 février 1990 | Libération de Nelson Mandela |
| Juin 1991 | Abrogation des dernières grandes lois d’apartheid |
| 27 avril 1994 | Premières élections au suffrage universel |
Avant 1948 : une ségrégation déjà ancienne
La domination blanche est bien antérieure à l’apartheid. Après la colonisation néerlandaise puis britannique, les guerres contre les royaumes africains et la découverte des diamants (1867) et de l’or (1886), l’économie repose sur une main-d’œuvre noire bon marché. L'Union sud-africaine (1910) réserve le droit de vote, pour l’essentiel, aux Blancs. Le Natives Land Act (1913) interdit aux Noirs d’acheter des terres hors des « réserves », soit environ 7 % du territoire, portées à environ 13 % en 1936. Des lois sur les laissez-passer contrôlent déjà les déplacements des Africains.
Les lois de l’apartheid
Après 1948, le Parti national, soutenu surtout par les Afrikaners, systématise cette ségrégation. Hendrik Verwoerd, ministre des Affaires indigènes puis Premier ministre (1958-1966), en est le principal théoricien.
| Loi | Année | Contenu |
|---|---|---|
| Prohibition of Mixed Marriages Act | 1949 | Interdit les mariages entre Blancs et non-Blancs |
| Immorality Amendment Act | 1950 | Interdit les relations sexuelles entre Blancs et non-Blancs |
| Population Registration Act | 1950 | Classe chaque habitant dans une catégorie : Blanc, Noir (Bantou), Métis (Coloured), Indien |
| Group Areas Act | 1950 | Assigne à chaque groupe des zones de résidence séparées ; expulsions massives |
| Suppression of Communism Act | 1950 | Permet d’interdire toute opposition qualifiée de « communiste » |
| Bantu Authorities Act | 1951 | Pose les bases des bantoustans |
| Pass Laws Act | 1952 | Oblige les Noirs à porter un livret (pass) en permanence |
| Reservation of Separate Amenities Act | 1953 | Sépare plages, bus, bancs publics, toilettes, hôpitaux |
| Bantu Education Act | 1953 | Crée un enseignement inférieur pour les Noirs |
| Promotion of Bantu Self-Government Act | 1959 | Organise les « foyers nationaux » noirs |
En 1980, sur environ 29 millions d’habitants, les Blancs représentent environ 16 % de la population mais détiennent le pouvoir politique et l’essentiel des richesses.
La résistance
L'African National Congress (ANC) mène dans les années 1950 une campagne de désobéissance non violente (Defiance Campaign, 1952) et adopte en 1955 la Charte de la liberté, qui proclame que « l’Afrique du Sud appartient à tous ceux qui y vivent, Noirs et Blancs ».
Le 21 mars 1960, à Sharpeville, la police ouvre le feu sur une manifestation contre les laissez-passer organisée par le Congrès panafricain (PAC) : 69 morts. Le gouvernement interdit l’ANC et le PAC. L’ANC passe à la lutte armée avec sa branche Umkhonto we Sizwe (« le fer de lance de la nation »), cofondée par Nelson Mandela en 1961, qui mène des sabotages. Arrêtés, Mandela et d’autres dirigeants sont condamnés à la prison à vie au procès de Rivonia (1964) et envoyés au bagne de Robben Island.
Dans les années 1970, le mouvement de la Conscience noire de Steve Biko mobilise la jeunesse. Le 16 juin 1976, à Soweto, des milliers d’élèves manifestent contre l’imposition de l’afrikaans dans l’enseignement ; la police tire. La photographie du jeune Hector Pieterson, mortellement blessé, fait le tour du monde. La révolte s’étend et fait plusieurs centaines de morts (176 selon le bilan officiel initial, beaucoup plus selon d’autres sources). Steve Biko meurt en détention en 1977, après avoir été battu par la police. Dans les années 1980, les townships se soulèvent et des militants blancs, des Églises (l’archevêque Desmond Tutu, prix Nobel de la paix 1984) et des syndicats rejoignent la contestation.
L’isolement international
L’Afrique du Sud est progressivement isolée : condamnations de l’Assemblée générale de l'ONU, embargo obligatoire sur les armes décidé par le Conseil de sécurité (1977), exclusion des Jeux olympiques de 1964 à 1988 et de nombreuses compétitions sportives, campagnes de boycott et de désinvestissement. En 1986, les États-Unis adoptent des sanctions économiques malgré le veto du président Reagan, outrepassé par le Congrès. La fin de la guerre froide prive le régime de l’argument de la lutte contre le communisme.
La fin de l’apartheid
Face à la crise économique et à l’impasse politique, le président Frederik de Klerk annonce le 2 février 1990 la légalisation de l’ANC et des autres organisations interdites. Nelson Mandela est libéré le 11 février 1990, après vingt-sept ans de détention. Les dernières grandes lois d’apartheid (Population Registration Act, Group Areas Act, Land Acts) sont abrogées en 1991. Les négociations, marquées par de graves violences, aboutissent aux premières élections multiraciales du 27 avril 1994, remportées par l’ANC. Mandela devient le premier président noir du pays. Mandela et de Klerk reçoivent ensemble le prix Nobel de la paix en 1993.
La Commission vérité et réconciliation, présidée par Desmond Tutu (1996-1998), recueille les témoignages des victimes et accorde l’amnistie à ceux qui avouent leurs crimes politiques. L’Afrique du Sud reste l’un des pays les plus inégalitaires du monde (voir Afrique du Sud).
Questions fréquentes
Que veut dire apartheid ?
« Séparation » en afrikaans. Le terme désigne la politique de ségrégation raciale officielle appliquée en Afrique du Sud de 1948 au début des années 1990.
Quand l’apartheid a-t-il pris fin ?
Les lois fondamentales ont été abrogées en 1991, et les premières élections au suffrage universel, le 27 avril 1994, marquent la fin politique du régime.
Quelle différence avec la ségrégation américaine ?
Les deux régimes séparaient les groupes et privaient les Noirs de droits. Mais aux États-Unis, la ségrégation était appliquée par les États du Sud contre une minorité, en contradiction avec la Constitution fédérale ; en Afrique du Sud, l’apartheid était la politique officielle de l’État, imposée par une minorité blanche à la majorité de la population. Voir mouvement des droits civiques.
L’apartheid est-il un crime contre l’humanité ?
Oui. La convention internationale sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid (1973) et le statut de la Cour pénale internationale (1998) le définissent comme un crime contre l’humanité.