Histoire · XXe siècle
Les guerres de Yougoslavie
Les guerres de Yougoslavie sont une série de conflits qui accompagnent l’éclatement de la Yougoslavie de 1991 à 2001. Elles font environ 130 000 à 140 000 morts et sont marquées par le nettoyage ethnique et le génocide de Srebrenica.
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Les guerres de Yougoslavie (ou guerres des Balkans des années 1990) désignent les conflits qui éclatent lorsque la République fédérative socialiste de Yougoslavie se désintègre après la fin de la guerre froide. De 1991 à 2001, se succèdent des guerres en Slovénie, en Croatie, en Bosnie-Herzégovine, au Kosovo et des affrontements en Macédoine. Elles opposent des nationalismes rivaux, serbe, croate, bosniaque, albanais, et sont les plus meurtrières en Europe depuis 1945. Le massacre de Srebrenica (juillet 1995), où plus de 8 000 hommes et garçons bosniaques sont tués, est qualifié de génocide par la justice internationale.
La Yougoslavie de Tito
Créé en 1918 sous le nom de royaume des Serbes, Croates et Slovènes, l’État prend le nom de Yougoslavie (« pays des Slaves du Sud ») en 1929. Après 1945, le maréchal Tito en fait une fédération communiste de six républiques (Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro, Macédoine) et deux provinces autonomes en Serbie (Kosovo, Voïvodine). Indépendant de Moscou depuis 1948, il tient les nationalismes en respect. Après sa mort en 1980, la crise économique et la fin du communisme réveillent les rivalités.
Les causes de l’éclatement
- la crise économique des années 1980 (dette, inflation, chômage) et les écarts entre républiques riches du nord et pauvres du sud ;
- la montée des nationalismes, notamment le nationalisme serbe de Slobodan Milošević, au pouvoir en Serbie à partir de 1987, qui supprime l’autonomie du Kosovo en 1989, et le nationalisme croate de Franjo Tuđman ;
- la fin du communisme en Europe en 1989-1990 et les premières élections libres, gagnées par des partis nationalistes ;
- la présence de minorités dans chaque république : Serbes de Croatie et de Bosnie, mosaïque bosnienne.
Chronologie
| Dates | Conflit | Principaux faits |
|---|---|---|
| 25 juin 1991 | Indépendances de la Slovénie et de la Croatie | |
| Juin-juillet 1991 | Guerre de Slovénie | « Guerre de dix jours », l’armée fédérale se retire |
| 1991-1995 | Guerre de Croatie | Siège et destruction de Vukovar (1991), bombardement de Dubrovnik ; reconquête croate en 1995 (opération Tempête), exode des Serbes de Croatie |
| 1992-1995 | Guerre de Bosnie-Herzégovine | Siège de Sarajevo (avril 1992 – février 1996), camps de détention, nettoyage ethnique, Srebrenica |
| Novembre-décembre 1995 | Accords de Dayton | Fin de la guerre de Bosnie |
| 1998-1999 | Guerre du Kosovo | Répression serbe contre les Albanais ; bombardements de l’OTAN (mars-juin 1999) |
| 2001 | Conflit en Macédoine | Affrontements avec une guérilla albanaise, accord d’Ohrid |
La guerre de Bosnie (1992-1995)
La Bosnie-Herzégovine est peuplée en 1991 d’environ 44 % de Bosniaques (musulmans), 31 % de Serbes et 17 % de Croates. Après le référendum d’indépendance (mars 1992), les Serbes de Bosnie, dirigés par Radovan Karadžić et le général Ratko Mladić, soutenus par la Serbie, prennent le contrôle de près de 70 % du territoire. Ils pratiquent le nettoyage ethnique : expulsions, massacres, camps, viols de masse. Des combats opposent aussi Croates et Bosniaques en 1993-1994.
Sarajevo subit le siège le plus long d’une capitale dans l’histoire moderne : environ 1 425 jours, plus de 11 000 morts. En juillet 1995, les forces de Mladić prennent l’enclave de Srebrenica, pourtant « zone de sécurité » de l’ONU protégée par des casques bleus néerlandais, et exécutent plus de 8 000 hommes et adolescents bosniaques.
Après de nouveaux massacres, l’OTAN bombarde les positions serbes (août-septembre 1995). Les accords de Dayton, négociés aux États-Unis et signés à Paris le 14 décembre 1995, maintiennent une Bosnie unique divisée en deux entités, la Fédération croato-bosniaque et la République serbe (Republika Srpska).
La guerre du Kosovo (1998-1999)
Au Kosovo, province peuplée à environ 90 % d’Albanais, la répression serbe contre l’Armée de libération du Kosovo (UÇK) et les civils provoque l’intervention de l'OTAN, qui bombarde la Serbie pendant 78 jours, de mars à juin 1999, sans mandat de l’ONU. Environ 800 000 Albanais sont expulsés ou fuient. Le Kosovo passe sous administration de l’ONU, puis proclame son indépendance en 2008, que la Serbie ne reconnaît pas.
Le bilan
- environ 130 000 à 140 000 morts, dont environ 100 000 en Bosnie ;
- plusieurs millions de réfugiés et déplacés ;
- sept États issus de l’ancienne Yougoslavie : Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro (indépendant en 2006), Macédoine du Nord, Kosovo (reconnaissance partielle).
La justice internationale
L’ONU crée en 1993 le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), à La Haye, premier tribunal pénal international depuis Nuremberg (voir procès de Nuremberg). Il inculpe 161 personnes. Milošević meurt en détention en 2006 avant la fin de son procès ; Karadžić et Mladić sont condamnés à la perpétuité, notamment pour le génocide de Srebrenica. Cette expérience a contribué à la création de la Cour pénale internationale.
Questions fréquentes
Pourquoi la Yougoslavie a-t-elle éclaté ?
À cause de la crise économique, de la fin du communisme qui tenait la fédération, et de la montée de nationalismes rivaux, surtout serbe et croate, dans un pays où les peuples étaient mêlés.
Qu’est-ce que le nettoyage ethnique ?
L’expulsion ou l’élimination par la force d’une population d’un territoire en raison de son origine ou de sa religion, pour rendre ce territoire « homogène ».
Que s’est-il passé à Srebrenica ?
En juillet 1995, les forces serbes de Bosnie ont pris cette enclave protégée par l’ONU et exécuté plus de 8 000 hommes et garçons bosniaques. Le TPIY et la Cour internationale de justice l’ont qualifié de génocide.