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Histoire · Époque moderne

Frédéric II de Prusse

Frédéric II le Grand (1712–1786), roi de Prusse de 1740 à 1786, est à la fois un chef de guerre qui fait de la Prusse une grande puissance et le modèle du despote éclairé, ami de Voltaire.

Mis à jour le 4 min de lecture

Frédéric II, dit Frédéric le Grand, né le 24 janvier 1712 à Berlin et mort le 17 août 1786 à Potsdam, règne sur la Prusse pendant 46 ans. Il hérite d’un État pauvre et dispersé, doté d’une armée remarquable, et en fait l’une des cinq grandes puissances européennes au prix de guerres acharnées. Lecteur des philosophes, écrivain de langue française, flûtiste et compositeur, il incarne avec Catherine II le despotisme éclairé du siècle des Lumières.

Fiche d’identité

RepèreDonnée
DynastieHohenzollern
PèreFrédéric-Guillaume Ier, le « Roi-Sergent »
Règne31 mai 1740 – 17 août 1786
Résidencechâteau de Sanssouci, à Potsdam
Langue d’usagele français, pour ses écrits et sa correspondance
ÉpouseÉlisabeth-Christine de Brunswick, dont il vit séparé ; sans enfant
Successeurson neveu Frédéric-Guillaume II

Une jeunesse brisée

Son père, roi austère et brutal, ne pense qu’à son armée et méprise les goûts de son fils pour la musique, la poésie et les livres français. En 1730, le prince de 18 ans tente de s’enfuir avec son ami le lieutenant Hans Hermann von Katte. Arrêtés, ils sont jugés ; Katte est décapité sous les yeux de Frédéric, emprisonné dans la forteresse de Küstrin. Le prince se soumet, apprend l’administration et la guerre, tout en continuant de lire et d’écrire. En 1740, il publie l'Anti-Machiavel, revu par Voltaire, critique du Prince de Machiavel.

La conquête de la Silésie

Devenu roi en mai 1740, il agit aussitôt à l’inverse de ses principes affichés : en décembre 1740, il envahit sans déclaration de guerre la Silésie, riche province autrichienne, profitant de l’accession contestée de Marie-Thérèse au trône d’Autriche. C’est le début de la guerre de Succession d’Autriche (1740–1748). Frédéric conserve la Silésie, qui accroît la population prussienne d’environ la moitié.

La guerre de Sept Ans (1756 – 1763)

Marie-Thérèse veut reprendre la Silésie. Par le renversement des alliances, la Prusse se trouve face à une coalition de l'Autriche, de la France de Louis XV et de la Russie, avec le seul soutien financier de la Grande-Bretagne.

DateBatailleRésultat
5 novembre 1757RossbachVictoire éclair sur une armée franco-impériale deux fois plus nombreuse
5 décembre 1757LeuthenVictoire sur les Autrichiens par l'« ordre oblique »
12 août 1759KunersdorfDésastre face aux Russes et aux Autrichiens ; Frédéric songe au suicide
1760Berlin brièvement occupéeLa Prusse est au bord de l’effondrement
Janvier 1762Mort de la tsarine ÉlisabethSon successeur Pierre III, admirateur de Frédéric, fait la paix

Le despote éclairé

Frédéric se définit comme le « premier serviteur de l’État ». Il gouverne seul, depuis son cabinet, en contrôlant tout par écrit, sans ministre principal.

  • Justice : abolition de la torture judiciaire en grande partie dès 1740 ; projet de code unifié, publié après sa mort (Code général de 1794).
  • Religion : tolérance des cultes ; accueil de huguenots français et de catholiques, tout en restant sceptique lui-même.
  • Économie : assèchement des marais de l’Oder, colonisation de terres, encouragement de la culture de la pomme de terre après les famines, manufactures protégées.
  • Instruction : règlement sur les écoles rurales (1763), peu appliqué faute de moyens.

Sa réforme a des limites : le servage des paysans demeure, la noblesse des Junkers garde le monopole des grades d’officier, et l’armée absorbe l’essentiel des ressources.

Sanssouci et Voltaire

À Potsdam, Frédéric fait construire Sanssouci (« sans souci » en français), palais d’été rococo où il réunit savants et écrivains. Il y joue de la flûte et compose des sonates et concertos. Il correspond depuis 1736 avec Voltaire, qui séjourne à sa cour de 1750 à 1753 ; leur amitié se termine par une brouille retentissante, puis reprend par lettres. Il préside l’Académie de Berlin, où il fait venir des savants comme Maupertuis et Euler.

Le partage de la Pologne et la fin du règne

En 1772, avec la Russie et l’Autriche, il procède au premier partage de la Pologne, qui lui donne la Prusse occidentale et relie ses territoires. Il prend alors le titre de roi de Prusse, et non plus « roi en Prusse ». En 1778–1779, il empêche l’Autriche d’annexer la Bavière. Le « vieux Fritz » meurt en 1786, solitaire, à Sanssouci.

Il souhaitait être enterré près de ses lévriers sur la terrasse du palais ; ce vœu n’est réalisé qu’en 1991, après la réunification allemande.

Questions fréquentes

Pourquoi Frédéric II est-il appelé « le Grand » ?

Pour ses victoires, qui ont fait de la Prusse une grande puissance, et pour son action de souverain réformateur.

Frédéric II parlait-il français ?

Oui, c’était sa langue de culture : il écrivait ses œuvres, ses poèmes et sa correspondance en français, et jugeait l’allemand peu raffiné.

Qu’est-ce que le despotisme éclairé ?

Une forme de monarchie absolue où le souverain s’inspire des idées des Lumières pour réformer l’État, sans partager le pouvoir.

Frédéric II et Voltaire étaient-ils amis ?

Oui, ils ont correspondu pendant plus de quarante ans. Le séjour de Voltaire à Potsdam (1750–1753) s’est toutefois mal terminé.

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