Histoire · Époque moderne
La monarchie absolue
La monarchie absolue est un régime politique dans lequel le roi, tenant son pouvoir de Dieu, concentre tous les pouvoirs sans être contrôlé par aucune assemblée. En France, elle culmine sous Louis XIV et prend fin en 1789.
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La monarchie absolue est la forme de gouvernement des principaux royaumes d’Europe aux XVIIe et XVIIIe siècles. Le roi y est souverain : il fait la loi, rend la justice, lève l’impôt, décide de la guerre et de la paix, sans partager son pouvoir avec une assemblée élue. Son autorité est réputée venir directement de Dieu (droit divin). En France, elle se construit du XVIe au XVIIe siècle, atteint son apogée sous Louis XIV et s’effondre avec la Révolution française en 1789.
Les principes de la monarchie absolue
Le droit divin
Le roi tient son pouvoir de Dieu, et non du peuple. Le sacre à Reims, avec l’onction de l’huile de la sainte Ampoule, en fait un personnage sacré, « lieutenant de Dieu sur terre ». On lui prête le pouvoir de guérir les malades des écrouelles par le toucher. Se révolter contre le roi revient à se révolter contre Dieu.
La souveraineté
Le roi est la source unique de la loi : « Si veut le roi, si veut la loi ». Il concentre les pouvoirs que Montesquieu proposera plus tard de séparer : législatif, exécutif et judiciaire. Il n’a pas à convoquer d’assemblée pour décider : les états généraux, réunis en 1614, ne le seront plus avant 1789.
Les théoriciens
| Auteur | Œuvre | Idée |
|---|---|---|
| Jean Bodin | Les Six Livres de la République (1576) | La souveraineté est « la puissance absolue et perpétuelle d’une République » ; elle est indivisible |
| Cardin Le Bret | De la souveraineté du roi (1632) | La souveraineté est aussi indivisible que le point en géométrie |
| Thomas Hobbes | Léviathan (1651) | Pour sortir de la guerre de tous contre tous, les hommes confient tout le pouvoir à un souverain (argument non religieux) |
| Bossuet | Politique tirée des propres paroles de l’Écriture sainte (publiée en 1709) | Le pouvoir royal est sacré, paternel et absolu, mais soumis à la raison et à Dieu |
Absolu ne veut pas dire tyrannique
Les théoriciens distinguent la monarchie absolue du despotisme ou de la tyrannie : le roi absolu doit gouverner selon la justice, pour le bien commun, et il est limité par :
- les lois de Dieu et la morale chrétienne ;
- les lois fondamentales du royaume, qu’il ne peut changer : succession au trône par ordre de primogéniture masculine, catholicité du roi, inaliénabilité du domaine royal ;
- les coutumes et les privilèges des provinces, des villes, des corps (clergé, noblesse, métiers), qu’il doit respecter ;
- les parlements, cours de justice qui enregistrent les lois et peuvent présenter des remontrances.
En pratique, le roi ne dispose ni d’une administration aussi nombreuse ni d’une police aussi efficace qu’un État moderne : il doit négocier avec les élites locales.
Comment la monarchie absolue s’est-elle construite en France ?
| Période | Roi ou ministre | Étape |
|---|---|---|
| XIIe – XVe siècle | Capétiens et Valois | Le roi s’impose aux seigneurs (voir féodalité) ; impôt et armée permanents à la fin de la guerre de Cent Ans |
| 1515 – 1547 | François Ier | Concordat de Bologne (1516) : le roi nomme les évêques ; ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) |
| 1562 – 1598 | — | Les guerres de religion montrent le danger d’un pouvoir faible |
| 1589 – 1610 | Henri IV | Restauration de l’autorité royale, édit de Nantes |
| 1624 – 1642 | Louis XIII et Richelieu | Développement des intendants ; soumission des protestants (La Rochelle, 1628) et des grands nobles ; interdiction des duels (1626) |
| 1648 – 1653 | Mazarin | Crise de la Fronde, dernier grand défi au pouvoir royal avant 1789 |
| 1661 – 1715 | Louis XIV | Apogée : gouvernement personnel, Versailles, domestication de la noblesse |
Les instruments du pouvoir absolu
- Les conseils du roi, où se prennent les décisions, et les ministres choisis par le roi.
- Les intendants de justice, police et finances, envoyés dans les provinces et révocables.
- L’armée permanente, considérablement renforcée sous Louis XIV.
- L’impôt : taille, capitation (1695), dixième (1710), gabelle sur le sel, aides, perçus en partie par des fermiers généraux.
- La cour de Versailles, qui attire et contrôle la noblesse.
- Le contrôle de l’opinion : censure des livres, gazette officielle, académies, mise en scène de la majesté royale.
La monarchie absolue en Europe
Le modèle s’impose dans l’Espagne des Habsbourg, l’Autriche, la Prusse, la Russie de Pierre le Grand, le Danemark. Au XVIIIe siècle, certains souverains se veulent des despotes éclairés, inspirés par le siècle des Lumières (Frédéric II de Prusse, Catherine II de Russie, Joseph II d’Autriche).
L'Angleterre fait exception : après deux révolutions, dont l’exécution du roi Charles Ier (1649), la Glorieuse Révolution (1688-1689) et le Bill of Rights (1689) y établissent une monarchie parlementaire où le roi ne peut lever l’impôt ni entretenir une armée sans l’accord du Parlement. Ce modèle est admiré par Voltaire et Montesquieu.
La fin de la monarchie absolue en France
Au XVIIIe siècle, les Lumières contestent le droit divin et défendent la séparation des pouvoirs et la souveraineté de la nation. Louis XV réaffirme pourtant son pouvoir absolu face au parlement de Paris lors de la séance de la Flagellation (3 mars 1766). Les conflits avec les parlements et la faillite financière, aggravée par la guerre d’indépendance américaine, obligent Louis XVI à convoquer les états généraux en 1789. Le 17 juin 1789, les députés du tiers état se proclament Assemblée nationale : la souveraineté passe du roi à la nation. La Constitution de 1791 établit une monarchie constitutionnelle, et la monarchie est abolie le 21 septembre 1792.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre monarchie absolue et monarchie constitutionnelle ?
Dans la monarchie absolue, le roi détient tous les pouvoirs sans contrôle. Dans la monarchie constitutionnelle, une constitution limite ses pouvoirs, et une assemblée élue vote les lois et l’impôt.
Quel roi incarne le mieux la monarchie absolue ?
Louis XIV, qui gouverne seul à partir de 1661, sans principal ministre, et fait de Versailles le symbole de la majesté royale.
La monarchie absolue est-elle une dictature ?
Non au sens moderne : le roi est en théorie limité par les lois divines, les lois fondamentales du royaume et les privilèges des corps, et son pouvoir repose sur une légitimité religieuse et dynastique acceptée, non sur la force seule.