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Histoire · Époque moderne

Le siècle des Lumières

Le siècle des Lumières est le mouvement intellectuel européen du XVIIIe siècle qui veut éclairer les hommes par la raison, combattre l’obscurantisme et l’arbitraire, et défendre la liberté et la tolérance.

Mis à jour le 6 min de lecture

Le siècle des Lumières désigne le grand mouvement intellectuel, philosophique et scientifique qui traverse l’Europe au XVIIIe siècle, en gros de la fin du règne de Louis XIV (1715) à la Révolution française (1789). Ses penseurs, les « philosophes », veulent soumettre toutes les questions — religion, politique, science, morale — à l’examen de la raison, et lutter contre les préjugés, la superstition, l’intolérance et le pouvoir arbitraire.

Repères essentiels

RepèreDonnée
Périodevers 1715 – 1789 (racines dès la fin du XVIIe siècle)
FoyersFrance, Angleterre, Écosse, Prusse, Italie
Valeursraison, liberté, tolérance, bonheur, progrès
Œuvre emblématiquel'Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1751-1772)
Héritage politiqueDéclaration d’indépendance américaine (1776), Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789)

« Qu’est-ce que les Lumières ? »

En 1784, le philosophe allemand Kant répond à cette question dans un article célèbre : les Lumières sont la sortie de l’homme de l’état de minorité dont il est lui-même responsable, c’est-à-dire de son incapacité à se servir de son propre entendement sans la direction d’autrui. Il leur donne pour devise la formule latine Sapere aude : « Ose savoir », ou « Aie le courage de te servir de ton propre entendement ».

L’image de la lumière s’oppose aux « ténèbres » de l’ignorance, du fanatisme et de la superstition.

D’où viennent les Lumières ?

  • La révolution scientifique du XVIIe siècle : Galilée, Descartes, puis surtout Newton (Principia, 1687) montrent que la nature obéit à des lois mathématiques accessibles à la raison.
  • La philosophie anglaise : John Locke défend la tolérance (Lettre sur la tolérance, 1689) et le gouvernement fondé sur le consentement (Second traité du gouvernement civil, 1690) ; son empirisme fait de l’expérience la source des connaissances.
  • Le modèle anglais : la Glorieuse Révolution de 1688-1689 et le Bill of Rights instaurent une monarchie limitée par le Parlement.
  • Les critiques de la fin du règne de Louis XIV : révocation de l’édit de Nantes (1685), guerres coûteuses, absolutisme. Pierre Bayle et Fontenelle diffusent déjà l’esprit critique.

Les grandes idées des Lumières

La raison et l’esprit critique

Les philosophes refusent l’argument d’autorité : une idée n’est pas vraie parce que l’Église, la tradition ou le roi l’affirment. Ils prônent l’observation, l’expérience et le doute méthodique.

La tolérance religieuse

Les Lumières combattent le fanatisme. Beaucoup sont déistes (ils croient en un Dieu créateur sans adhérer à une religion révélée), quelques-uns athées (d’Holbach, Diderot dans ses derniers écrits). Voltaire mène campagne pour réhabiliter Jean Calas, protestant toulousain exécuté en 1762 : c’est l’occasion du Traité sur la tolérance (1763).

La liberté et les droits naturels

Tous les hommes naissent avec des droits naturels (liberté, sûreté, propriété) que le pouvoir doit garantir. Les philosophes réclament la liberté d’expression, la liberté de la presse, l’égalité devant la loi, et critiquent la torture et l’esclavage.

La séparation des pouvoirs

Dans De l’esprit des lois (1748), Montesquieu affirme que pour éviter le despotisme, « il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir » : les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire doivent être séparés.

La souveraineté du peuple

Dans Du contrat social (1762), Rousseau fonde la légitimité politique sur un pacte par lequel chacun se soumet à la volonté générale : le peuple est souverain.

Le progrès et le bonheur

Les Lumières croient au progrès possible de l’humanité grâce aux sciences, aux techniques et à l’éducation. Le bonheur ici-bas devient un objectif légitime.

Les principaux philosophes des Lumières

PhilosopheDatesŒuvres majeuresIdée clé
Montesquieu1689-1755Lettres persanes (1721), De l’esprit des lois (1748)Séparation des pouvoirs
Voltaire1694-1778Lettres philosophiques (1734), Candide (1759), Traité sur la tolérance (1763)Tolérance, lutte contre le fanatisme
Diderot1713-1784Encyclopédie, Jacques le FatalisteDiffusion du savoir, matérialisme
Rousseau1712-1778Discours sur l’origine de l’inégalité (1755), Du contrat social et Émile (1762)Souveraineté du peuple, éducation
D’Alembert1717-1783Discours préliminaire de l’Encyclopédie (1751)Classement rationnel des savoirs
Condorcet1743-1794Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain (posth. 1795)Progrès, instruction publique
David Hume1711-1776Enquête sur l’entendement humain (1748)Empirisme, scepticisme
Adam Smith1723-1790Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776)Libéralisme économique
Cesare Beccaria1738-1794Des délits et des peines (1764)Contre la torture et la peine de mort
Kant1724-1804Critique de la raison pure (1781), Qu’est-ce que les Lumières ? (1784)Autonomie de la raison

L’Encyclopédie, symbole des Lumières

L'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, dirigée par Diderot et d’Alembert, paraît de 1751 à 1772 : 17 volumes de texte et 11 volumes de planches, soit plus de 70 000 articles rédigés par plus de 150 contributeurs (Voltaire, Rousseau, Montesquieu, le chevalier de Jaucourt…). Elle veut rassembler toutes les connaissances de son temps, y compris les techniques artisanales, et diffuser l’esprit critique. Condamnée par le pape et interdite par le Conseil du roi en 1759, elle continue de paraître grâce à la protection de Malesherbes, directeur de la Librairie.

Comment les idées se diffusent-elles ?

  • Les salons, tenus par des femmes cultivées (Mme Geoffrin, Mme du Deffand, Julie de Lespinasse), où se rencontrent écrivains, savants et aristocrates.
  • Les cafés (le Procope à Paris), les académies de province, les loges maçonniques, les cabinets de lecture.
  • Les livres et la presse, souvent imprimés à l’étranger (Hollande, Suisse) pour échapper à la censure.
  • La correspondance entre savants de toute l’Europe, la « République des lettres ». Le français est alors la langue de l’élite européenne.

Les femmes y jouent un rôle notable : Émilie du Châtelet traduit les Principia de Newton en français ; Olympe de Gouges publie la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en 1791.

Le despotisme éclairé

Certains souverains s’inspirent des philosophes tout en conservant un pouvoir absolu : Frédéric II de Prusse (1740-1786), ami de Voltaire ; Catherine II de Russie (1762-1796), qui correspond avec Diderot ; Joseph II d’Autriche (seul souverain de 1780 à 1790), qui abolit le servage personnel et proclame la tolérance religieuse. Leurs réformes (tolérance, modernisation de l’administration, éducation) restent limitées par leur refus de partager le pouvoir.

Lumières et révolutions

Les Lumières n’appellent pas directement à la révolution, mais elles sapent les fondements de la monarchie absolue de droit divin et de la société d’ordres. Leurs idées inspirent :

  • la Déclaration d’indépendance des États-Unis (4 juillet 1776), qui proclame que tous les hommes sont créés égaux et dotés de droits inaliénables (voir révolution américaine) ;
  • la Constitution américaine (1787), fondée sur la séparation des pouvoirs ;
  • la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, au début de la Révolution française.

Les limites des Lumières

Les philosophes restent pour la plupart favorables à une monarchie réformée plutôt qu’à la démocratie. Si beaucoup dénoncent l’esclavage (article « Traite des nègres » de Jaucourt dans l'Encyclopédie), la traite négrière atteint justement son apogée au XVIIIe siècle. Les femmes restent largement exclues des droits revendiqués. Enfin, la confiance dans la raison et le progrès sera critiquée dès le XIXe siècle par le romantisme.

Chronologie

DateÉvénement
1687Newton publie les Principia
1690Locke, Essai sur l’entendement humain
1715Mort de Louis XIV
1721Montesquieu, Lettres persanes
1734Voltaire, Lettres philosophiques
1748Montesquieu, De l’esprit des lois
1751Premier volume de l'Encyclopédie
1759Voltaire, Candide
1762Rousseau, Du contrat social et Émile ; affaire Calas
1764Beccaria, Des délits et des peines
1772Derniers volumes de l'Encyclopédie
1776Déclaration d’indépendance américaine
1784Kant, Qu’est-ce que les Lumières ?
1789Déclaration des droits de l’homme et du citoyen

Questions fréquentes

Quelles sont les dates du siècle des Lumières ?

On le fait généralement commencer en 1715 (mort de Louis XIV) et finir en 1789 (Révolution française). Ses racines remontent aux années 1680 (Newton, Locke, Bayle).

Quels sont les quatre grands philosophes des Lumières en France ?

Montesquieu, Voltaire, Rousseau et Diderot. On y ajoute souvent d’Alembert et Condorcet.

Les philosophes des Lumières étaient-ils athées ?

La plupart non. Voltaire, Montesquieu et Rousseau sont déistes. Diderot et le baron d’Holbach défendent en revanche un matérialisme athée. Tous critiquent l’intolérance et le pouvoir du clergé.

Pourquoi parle-t-on de « Lumières » ?

Parce que la raison est comparée à une lumière qui dissipe les ténèbres de l’ignorance, de la superstition et du fanatisme.

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