Aller au contenu
connaissance.org

Histoire · Civilisations du monde

La route de la soie

La route de la soie désigne le réseau de routes terrestres et maritimes reliant la Chine à la Méditerranée jusqu’au XVe siècle. On y échange soie et épices, mais aussi techniques, religions et maladies.

Mis à jour le 4 min de lecture

L’expression route de la soie (Seidenstraße) a été inventée en 1877 par le géographe allemand Ferdinand von Richthofen. Elle ne désigne pas une route unique mais un faisceau de pistes caravanières et de voies maritimes, sur plus de 8 000 km, entre la Chine, l’Asie centrale, l’Inde, la Perse, le monde arabe et l’Europe. Très peu de marchands faisaient le trajet entier : les marchandises passaient de main en main, d’oasis en oasis. L’Unesco a inscrit en 2014 au patrimoine mondial un tronçon de 5 000 km, le « corridor Chang’an-Tian-shan ».

Les grandes phases

PériodeContexte
IIe siècle av. J.-C.Mission de Zhang Qian (139-126 av. J.-C.) ; les Han contrôlent le corridor du Gansu
Ier-IIe siècleQuatre grands empires sur la route : Han, Kouchans, Parthes, Rome
IIIe-VIe siècleDivisions politiques ; essor des marchands sogdiens ; diffusion du bouddhisme
VIIe-IXe siècleApogée sous les Tang en Chine et le califat abbasside
751Bataille de Talas entre Abbassides et Tang
XIIIe-XIVe sièclePax mongolica : l'Empire mongol unifie l’Eurasie
1271-1295Voyage de Marco Polo
XVe siècleMorcellement politique, essor des routes maritimes européennes

Les itinéraires

Le point de départ traditionnel est Chang’an (Xi’an), capitale des Han et des Tang. Les caravanes empruntent le corridor du Gansu jusqu’à Dunhuang, puis contournent le redoutable désert du Taklamakan par le nord ou par le sud, d’oasis en oasis (Turfan, Kucha, Khotan, Kachgar). Elles franchissent ensuite le Pamir pour gagner l’Asie centrale : Samarcande, Boukhara, Merv, puis la Perse, Bagdad et les ports de la Méditerranée orientale (Antioche, Tyr) ou la mer Noire.

Une route maritime relie parallèlement les ports chinois (Canton, puis Quanzhou) à l’Asie du Sud-Est, à l’Inde, au golfe Persique et à la mer Rouge, au rythme des moussons. Elle prend une importance croissante à partir du VIIIe siècle.

Qu’échangeait-on ?

De l’Est vers l’OuestDe l’Ouest vers l’Est
Soie, porcelaine, laque, thé (plus tard), papierChevaux d’Asie centrale, or, argent
Fer, bronze, rhubarbeVerre romain et syrien, laine, tapis
Épices et pierres précieuses d’Inde et d’Asie du Sud-EstVin, raisin, luzerne, grenade, ivoire

À Rome, la soie est un luxe si coûteux que le Sénat tente à plusieurs reprises d’en limiter le port. Les Romains ignoraient comment elle était fabriquée. Le secret de l’élevage du ver à soie sort de Chine au VIe siècle : selon l’historien byzantin Procope, des moines auraient rapporté des œufs à Constantinople vers 552, sous Justinien (voir Empire byzantin).

Des échanges bien plus que commerciaux

Les religions

  • Le bouddhisme gagne la Chine depuis l’Inde par l’Asie centrale à partir du Ier siècle ; les grottes de Mogao, à Dunhuang, en conservent un trésor de peintures et de manuscrits.
  • Le manichéisme et le christianisme nestorien s’implantent jusqu’en Chine ; la stèle nestorienne de Xi’an (781) en témoigne.
  • L'islam se diffuse en Asie centrale à partir du VIIIe siècle.

Les techniques et les savoirs

Selon une tradition rapportée par des auteurs arabes, des prisonniers chinois capturés à Talas en 751 auraient introduit la fabrication du papier à Samarcande ; le papier était en fait déjà connu en Asie centrale, mais sa production s’y développe à cette époque, puis gagne Bagdad et le monde musulman (voir âge d’or islamique). La boussole, la poudre et l’imprimerie chinoises ont aussi circulé vers l’Ouest, par des voies et à des dates encore discutées.

Les marchands sogdiens

Du IVe au VIIIe siècle, les Sogdiens, peuple iranien de la région de Samarcande, dominent le commerce caravanier. Leur langue sert de langue commerciale et leurs communautés s’installent jusqu’en Chine.

Marco Polo et la Pax mongolica

Au XIIIe siècle, l’Empire mongol, qui s’étend de la Corée à la Hongrie, assure la sécurité des routes et favorise les échanges. Des missionnaires (Jean de Plan Carpin, Guillaume de Rubrouck) et des marchands européens gagnent alors la Chine. Le Vénitien Marco Polo part en 1271 avec son père et son oncle, séjourne à la cour de Kubilai Khan et ne rentre à Venise qu’en 1295. Son récit, Le Devisement du monde, dicté en prison en 1298 à Rustichello de Pise, fait rêver l’Europe et inspire plus tard Christophe Colomb.

Le déclin

Au XIVe siècle, plusieurs facteurs affaiblissent les routes terrestres :

  • la peste noire se diffuse le long des routes commerciales et atteint la mer Noire, puis l’Europe en 1347 (voir peste noire) ;
  • l’éclatement de l’Empire mongol et l’insécurité qui en résulte ;
  • la fermeture relative de la Chine des Ming après les grandes expéditions de Zheng He (voir dynastie Ming) ;
  • surtout, à la fin du XVe siècle, l’ouverture par les Portugais de la route maritime du Cap vers l’Inde (Vasco de Gama, 1498), qui fait passer le commerce par l’océan (voir grandes découvertes).

L’expression a été reprise en 2013 par la Chine pour son programme d’infrastructures appelé « nouvelles routes de la soie ».

Questions fréquentes

Pourquoi l’appelle-t-on « route de la soie » ?

Parce que la soie chinoise était le produit le plus emblématique de ces échanges. Le nom date pourtant de 1877 ; les marchands de l’époque ne l’employaient pas.

Où commence et où se termine la route de la soie ?

On la fait traditionnellement commencer à Chang’an (Xi’an), en Chine, et aboutir aux ports de la Méditerranée orientale ou de la mer Noire, d’où les produits gagnaient Rome, Constantinople ou Venise.

Marco Polo est-il vraiment allé en Chine ?

La grande majorité des historiens le pensent, car son récit contient des détails précis sur l’administration mongole et la Chine du Sud, confirmés par d’autres sources. Certains silences (la Grande Muraille, le thé) ont nourri des doutes, jugés peu convaincants.

Combien de temps durait le voyage ?

Un trajet complet de Chang’an à la Méditerranée pouvait prendre plusieurs mois, voire plus d’un an. Marco Polo mit environ trois ans et demi pour atteindre la cour de Kubilai Khan.

À lire aussi

Civilisations du monde : toutes les fiches