Nature et animaux · Mammifères
La loutre d’Europe
La loutre d’Europe (Lutra lutra) est un mustélidé semi-aquatique qui vit le long des rivières et chasse surtout des poissons. Presque disparue de France dans les années 1980, elle recolonise peu à peu ses cours d’eau.
Mis à jour le 4 min de lecture
La loutre d’Europe possède l’une des aires de répartition les plus vastes de tous les mammifères d’Eurasie : de l’Irlande au Japon, de la Scandinavie à l’Afrique du Nord et à l’Indonésie. Elle fréquente rivières, lacs, marais et côtes rocheuses. En France, elle a failli disparaître au XXe siècle, victime du piégeage pour sa fourrure, de la pollution des rivières et de la destruction des berges. Protégée depuis 1972 (interdiction de la chasse) puis 1981, elle reconquiert aujourd’hui une grande partie du pays.
Fiche d’identité
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Nom scientifique | Lutra lutra |
| Classe / famille | Mammifères / Mustélidés |
| Taille | 60 à 90 cm de corps ; queue épaisse de 30 à 45 cm |
| Poids | 5 à 10 kg (mâle plus grand que la femelle) |
| Longévité | 3 à 5 ans en moyenne dans la nature ; jusqu’à 15 ans en captivité |
| Habitat | Rivières, lacs, étangs, marais, estuaires, côtes rocheuses |
| Régime | Piscivore surtout : poissons, écrevisses, amphibiens, parfois oiseaux d’eau |
| Statut UICN | Quasi menacée (NT), évaluation mondiale de 2021 |
Description
La loutre a un corps long et fuselé, des pattes courtes aux doigts palmés et une queue épaisse à la base qui lui sert de gouvernail. Sa fourrure brune, la plus dense des mammifères européens (de l’ordre de 50 000 à 80 000 poils par cm² selon les sources), emprisonne de l’air et la protège du froid : contrairement aux mammifères marins, elle n’a pas de couche de graisse épaisse. En plongée, elle ferme ses narines et ses oreilles et détecte ses proies grâce à ses longues vibrisses (moustaches), sensibles aux mouvements de l’eau.
Mode de vie
La loutre est solitaire et surtout nocturne en Europe de l’Ouest. Chaque individu occupe un long tronçon de rivière, souvent 10 à 20 km pour un mâle, qu’il parcourt en partie chaque nuit. Elle se repose le jour dans des catiches, terriers ou cavités entre les racines des arbres des berges, dont l’entrée est souvent sous l’eau.
Elle marque son territoire par des épreintes, crottes noirâtres déposées sur des rochers, des souches ou des ponts, à l’odeur caractéristique de miel et de poisson. Ces épreintes, contenant des arêtes et des écailles, sont le principal indice utilisé par les naturalistes pour suivre l’espèce.
Alimentation
La loutre mange surtout des poissons, de préférence lents ou de taille moyenne (anguilles, chabots, truites, cyprinidés), à raison d’environ 1 kg par jour. Elle complète avec des écrevisses, des grenouilles, des oiseaux d’eau et quelques petits mammifères. Elle chasse en plongées brèves de moins d’une minute.
Reproduction
| Étape | Période ou durée |
|---|---|
| Accouplement | possible toute l’année, dans l’eau |
| Gestation | environ 60 à 63 jours |
| Mise bas | dans une catiche bien abritée |
| Portée | 1 à 3 loutrons, le plus souvent 2 |
| Premier bain | vers 3 mois |
| Indépendance | vers 10 à 12 mois |
| Maturité sexuelle | vers 2 ans |
La femelle élève seule ses petits, auxquels elle apprend à nager et à chasser pendant près d’un an.
Retour de la loutre en France
Au milieu du XXe siècle, la loutre était encore présente dans presque tous les départements. Dans les années 1980, elle ne subsistait plus que sur la façade atlantique (Bretagne, marais de l’Ouest, Limousin) et dans le Massif central. Depuis, grâce à sa protection, à l’amélioration de la qualité des rivières et à l’interdiction de polluants comme les PCB et certains pesticides organochlorés, elle a recolonisé naturellement une grande partie de l’ouest, du centre et du sud de la France, et réapparaît dans des régions comme les Alpes, le Rhône ou la Normandie.
Menaces
- Collisions routières aux endroits où les routes franchissent les cours d’eau : principale cause de mortalité connue en France. Des passages sous les ponts (banquettes) réduisent ce risque.
- Pollution de l’eau (pesticides, métaux lourds, PCB), qui s’accumule dans ses proies.
- Destruction des berges et des ripisylves qui la privent d’abris.
- Pièges et noyades accidentelles dans les nasses de pêche.
Faits marquants
- La loutre est un indicateur de la bonne santé des cours d’eau : sa présence témoigne d’une rivière riche en poissons et peu polluée.
- Il existe 13 espèces de loutres dans le monde, dont la loutre géante d’Amazonie, qui peut dépasser 1,7 m de long queue comprise.
- La loutre joue volontiers, glissant sur des berges boueuses ou enneigées, surtout chez les jeunes.
Questions fréquentes
Où voir une loutre en France ?
Elle est présente notamment en Bretagne, dans le Marais poitevin, le Limousin, le Massif central et les Pyrénées. Très discrète et nocturne, elle s’observe rarement ; on repère plutôt ses épreintes et ses empreintes palmées dans la vase.
Quelle différence entre une loutre et un castor ?
Le castor est un rongeur herbivore à la queue plate et écailleuse qui ronge les arbres. La loutre est un carnivore mangeur de poissons, au corps fin et à la queue ronde et effilée.
La loutre mange-t-elle beaucoup de poissons ?
Environ 1 kg par jour, soit 10 à 15 % de son poids. Elle prélève surtout des poissons faciles à capturer et ne vide pas une rivière en bonne santé.
La loutre est-elle menacée ?
Elle est classée quasi menacée au niveau mondial. En France, son retour est encourageant, mais elle reste protégée et absente d’une partie du nord-est du pays.