Économie · Notions fondamentales
Libéralisme économique
Le libéralisme économique est une doctrine selon laquelle la liberté d’entreprendre, d’échanger et la concurrence produisent la meilleure allocation des ressources, l’État devant limiter son intervention.
Mis à jour le 4 min de lecture
Le libéralisme économique est né au XVIIIe siècle, en réaction au mercantilisme et aux réglementations de l’Ancien Régime. Il est lié au libéralisme politique (Locke, Montesquieu), qui défend les libertés individuelles face au pouvoir. Il a connu plusieurs âges : le libéralisme classique, le néoclassicisme, puis le « néolibéralisme » de la fin du XXe siècle.
Les principes
- La liberté d’entreprendre et d’échanger : chacun peut produire, vendre, acheter, embaucher.
- La propriété privée : condition de l’incitation à produire et à investir.
- La concurrence : elle pousse à l’efficacité et protège le consommateur.
- Le marché comme mécanisme de coordination : les prix transmettent l’information sur la rareté (voir offre et demande).
- Le libre-échange entre les nations (voir commerce international).
- Un État limité : l’État « gendarme » assure la justice, la police, la défense, et certains travaux publics.
La formule « laissez faire, laissez passer », attribuée à Vincent de Gournay (XVIIIe siècle), en résume l’esprit.
Les grands auteurs
| Auteur | Période | Apport |
|---|---|---|
| Physiocrates (Quesnay, Turgot) | XVIIIe s. | Ordre naturel, liberté du commerce des grains |
| Adam Smith | 1776 | Division du travail, « main invisible », critique des monopoles |
| Jean-Baptiste Say | 1803 | « Loi des débouchés » : l’offre crée ses propres débouchés |
| David Ricardo | 1817 | Avantages comparatifs, défense du libre-échange |
| Frédéric Bastiat | 1840-1850 | Critique du protectionnisme (Pétition des marchands de chandelles) |
| Friedrich Hayek | 1944 | La Route de la servitude ; le marché comme processus de découverte de l’information |
| Milton Friedman | 1962 | Capitalisme et liberté ; monétarisme, critique de l’interventionnisme |
Ce que les libéraux classiques admettent pour l’État
Le libéralisme classique n’est pas l’absence d’État. Adam Smith reconnaissait trois devoirs au souverain : la défense, la justice et certains ouvrages et institutions publics (routes, ponts, éducation de base) qu’aucun particulier n’aurait intérêt à financer. Les libéraux contemporains admettent souvent aussi une politique de la concurrence, une monnaie stable et un filet de sécurité minimal.
Le néolibéralisme
Le mot néolibéralisme apparaît au colloque Walter Lippmann (Paris, 1938), où des intellectuels cherchent à refonder un libéralisme capable de répondre à la crise des années 1930. La Société du Mont-Pèlerin, fondée en 1947 par Hayek, en devient un foyer.
Dans le débat public, le mot désigne surtout les politiques menées à partir de la fin des années 1970 :
- au Royaume-Uni sous Margaret Thatcher (1979-1990) et aux États-Unis sous Ronald Reagan (1981-1989) ;
- privatisations, déréglementation, baisse des impôts sur les hauts revenus, lutte prioritaire contre l'inflation, affaiblissement des syndicats ;
- le « consensus de Washington » (1989), ensemble de recommandations appliquées par le FMI et la Banque mondiale aux pays en développement.
Le terme est rarement revendiqué par ceux qu’il désigne et sert souvent d’étiquette critique.
L’ordolibéralisme allemand
Développé à Fribourg dans les années 1930-1940 (Walter Eucken), il défend un État fort qui fixe un cadre à la concurrence : lutte contre les cartels, stabilité monétaire, règles budgétaires. Il a inspiré l'économie sociale de marché allemande et une partie de la construction monétaire européenne.
Les critiques
- Les crises et le chômage de masse : Keynes montre en 1936 que le marché ne garantit pas le plein emploi et que l’État doit soutenir la demande (voir keynésianisme).
- Les inégalités : la concurrence peut accroître les écarts de revenus et de patrimoine.
- Les défaillances de marché : externalités (pollution), biens publics, asymétries d’information, monopoles naturels.
- L’instabilité financière : la déréglementation financière a été mise en cause dans la crise de 2008.
- La critique marxiste : le marché masque des rapports de domination entre détenteurs du capital et salariés (voir Marx).
Libéral : un mot qui change de sens
En France, « libéral » désigne en général un partisan du marché et de l’État limité. En Amérique du Nord, et notamment aux États-Unis, liberal désigne au contraire plutôt la gauche modérée, favorable à l’intervention sociale de l’État. Au Canada, le Parti libéral se situe au centre ou au centre gauche.
Questions fréquentes
Le libéralisme économique est-il de droite ?
Il est historiquement lié aux droites libérales en Europe, mais ses origines sont progressistes (contre les privilèges de l’Ancien Régime), et certains courants de gauche défendent le marché et la concurrence.
Quelle différence entre libéralisme et capitalisme ?
Le capitalisme est un système économique ; le libéralisme est une doctrine qui justifie et promeut la liberté des marchés.
Qu’est-ce que le libertarianisme ?
Un courant qui pousse le libéralisme plus loin et réduit l’État au minimum (Robert Nozick, Anarchie, État et utopie, 1974), voire propose de le supprimer (anarcho-capitalisme).