Économie · Grands économistes
Keynésianisme
Le keynésianisme est le courant de pensée économique issu des travaux de John Maynard Keynes. Il soutient que l’État doit agir sur la demande globale pour lutter contre le chômage et stabiliser l’économie.
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Le keynésianisme désigne à la fois une théorie économique et un ensemble de politiques. Né de la Théorie générale de Keynes (1936), il a dominé la pensée et la pratique économiques de l’après-guerre jusqu’aux années 1970, avant d’être contesté par le monétarisme puis de revenir sous de nouvelles formes. Il inspire chaque grand plan de relance face à une récession.
Les principes
- La demande commande l’activité : à court terme, la production et l’emploi dépendent de la demande globale (consommation, investissement, dépenses publiques, exportations nettes).
- Le chômage peut être involontaire et durable : l’économie peut rester en équilibre de sous-emploi.
- Les prix et les salaires sont rigides à court terme : ils ne s’ajustent pas assez vite pour rétablir l’équilibre.
- L’incertitude rend l’investissement instable.
- L’État doit stabiliser l’économie : relancer en période de crise, freiner en période de surchauffe (politique contracyclique).
Les outils
| Outil | Mécanisme |
|---|---|
| Dépenses publiques | Investissements, grands travaux, transferts : effet multiplicateur sur le revenu |
| Baisses d’impôts | Augmentation du revenu disponible des ménages |
| Stabilisateurs automatiques | Allocations chômage et recettes fiscales qui varient avec la conjoncture |
| Politique monétaire accommodante | Baisse des taux pour favoriser l’investissement |
| Politique des revenus | Hausse des salaires minimum ou des prestations pour soutenir la consommation |
Voir politique budgétaire et politique monétaire.
Les grandes étapes du keynésianisme
La synthèse néoclassique (1940-1960)
John Hicks propose dès 1937 le modèle IS-LM, qui traduit une partie des idées de Keynes en un cadre simple, compatible avec l’économie néoclassique ; il est développé par Alvin Hansen et Paul Samuelson. Dans cette synthèse, l’économie se comporte de façon keynésienne à court terme et classique à long terme. La courbe de Phillips (1958) ajoute une relation entre chômage et inflation, interprétée comme un arbitrage possible.
L’âge d’or (1945-1975)
Dans les pays occidentaux, la reconstruction, l’État-providence, les politiques de demande et la planification indicative (en France) accompagnent les Trente Glorieuses, expression de Jean Fourastié (1979). Aux États-Unis, les baisses d’impôts Kennedy-Johnson de 1964 sont un exemple de politique explicitement keynésienne. Le New Deal de Roosevelt (1933) est souvent rapproché de Keynes, mais il précède la Théorie générale et relève d’un pragmatisme politique plus que d’une application de sa théorie.
La crise des années 1970
Les chocs pétroliers provoquent une stagflation : chômage et inflation augmentent en même temps, ce que la courbe de Phillips ne prévoyait pas. Les politiques de relance alimentent l’inflation sans réduire le chômage. La relance française de 1981-1982, dans un contexte d’économies voisines en rigueur, creuse le déficit commercial et conduit au « tournant de la rigueur » de 1983.
Les critiques
- Le monétarisme de Milton Friedman : la relance n’a d’effet qu’à court terme ; à long terme, elle ne produit que de l’inflation, le chômage revenant à son « taux naturel ».
- Les anticipations rationnelles (Robert Lucas, Thomas Sargent) : des agents qui anticipent correctement les effets des politiques en annulent l’efficacité.
- L’économie de l’offre : il faut agir sur les incitations à produire (baisse des impôts, déréglementation) plutôt que sur la demande.
Les héritiers contemporains
| Courant | Idées | Auteurs |
|---|---|---|
| Nouveaux keynésiens (depuis les années 1980) | Donnent des fondements microéconomiques aux rigidités de prix et de salaires (coûts de menu, salaires d’efficience) ; acceptent les anticipations rationnelles | Gregory Mankiw, Olivier Blanchard, Joseph Stiglitz, George Akerlof |
| Post-keynésiens | Insistent sur l’incertitude radicale, la monnaie endogène, l’instabilité financière | Joan Robinson, Nicholas Kaldor, Hyman Minsky |
| Nouvelle synthèse | Modèles macroéconomiques des banques centrales combinant rigidités keynésiennes et agents optimisateurs |
Hyman Minsky, longtemps marginal, est redevenu célèbre après la crise de 2008 : son hypothèse d’instabilité financière décrit comment les périodes de stabilité encouragent la prise de risque jusqu’à la crise (le « moment Minsky »).
Le retour du keynésianisme
Face aux grandes crises, les politiques keynésiennes ont été largement mobilisées :
- 2008-2009 : plans de relance coordonnés au sein du G20 ;
- 2020 : soutien massif aux revenus et aux entreprises pendant la pandémie (chômage partiel, prêts garantis), en France comme au Canada.
Les débats portent désormais sur l'efficacité du multiplicateur, le niveau soutenable de dette publique et le risque d’inflation, comme l’a montré la poussée inflationniste de 2021-2023.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre keynésien et libéral ?
Le keynésien pense que l’État doit stabiliser une économie de marché instable ; le libéral, que le marché s’autorégule mieux que l’État. Voir libéralisme économique.
Une politique keynésienne implique-t-elle toujours des déficits ?
Non : elle implique des déficits en période de crise et, en principe, des excédents en période de croissance. Dans la pratique, ce second volet a souvent été négligé.
Le keynésianisme fonctionne-t-il dans une économie ouverte ?
Moins bien : une partie de la relance profite aux importations. C’est pourquoi les économistes keynésiens plaident pour des relances coordonnées entre pays.